Cet hiver, à l’occasion d’un format court pour les réseaux sociaux, Marc Marquez s’est livré à un exercice un peu particulier : deviner à quoi ressemblera la grille 2027. Et, ô, surprise, il s’est lui-même exclu de la partie, en plaçant délibérément son frère Alex chez Ducati aux côtés de Pedro Acosta. Le connaissant, il plaisantait peut-être, ou ne voulait tout simplement pas révéler d’indices concernant son futur. Mais j’en suis venu à me poser une question : ne serait-il pas préférable qu’il prenne sa retraite à la fin de l’année en cas de victoire ? Je crois que oui !
Une théorie qui tient la route
Pour réaliser cet article, je ne me base pas uniquement sur sa probable boutade, mais sur un autre élément ; à l’heure où ces lignes sont écrites, toujours aucune rumeur n’annonce sa prolongation. Pourtant, Davide Tardozzi affirmait que sa signature était une priorité, et j’imaginais, personnellement, voir une prolongation officialisée avant même le début de saison, comme c’était le cas pour Marco Bezzecchi. Honnêtement, je ne vois pas pourquoi Marquez ne continuerait pas avec Borgo Panigale : Ducati, en présence du sorcier Dall’Igna, est assurément la meilleure équipe actuelle. Certes, Aprilia s’est rapprochée, mais, de toute évidence, la firme de Noale s’oriente vers d’autres pilotes, et puis il ne faut pas oublier que la Desmosedici stagne aussi à cause des concessions. Si l’on donnait des moyens de développements illimités à toutes les marques, je crois que les rouges l’emporteraient.

Peut-être réfléchit-il à une alternative… la retraite ? Photo : Michelin Motorsport
Du coup, pour 2027, avoir l’opportunité de signer chez Ducati me semble être la meilleure option, car qui sait ce que Dall’Igna et ses hommes ont concocté pour la prochaine ère. N’est-ce pas bizarre que les tractations durent depuis si longtemps ? Est-ce uniquement dû à des questions de salaire et de contrats avec d’autres sponsors ? Je ne sais pas, mais cette attente me paraît étrange.
Du déjà vu
Même s’il signe un contrat et officialise entre le moment où j’écris ces quelques paragraphes et la sortie de cet article, ça n’aurait pas beaucoup d’importance. En effet, par le passé, nous avons déjà assisté à des retraites surprises à la fin de saison, et, parfois, les pilotes en question avaient déjà un contrat. Bien sûr, je pense ici à l’exemple le plus connu de l’histoire récente, celui de Nico Rosberg en F1. À la fin de la saison 2016, l’Allemand avait brusquement annoncé son départ après avoir remporté le titre de champion du monde face à son coéquipier Lewis Hamilton. Et pourtant, il était bel et bien engagé avec Mercedes-AMG pour les deux années suivantes. Ça ne veut rien dire, Marc Marquez et Ducati peuvent parfaitement nous duper.
Marquez aurait de bonnes raisons
Maintenant, passons au cœur du propos, à savoir, les raisons qui pourraient pousser Marc Marquez à s’arrêter à la fin de cet exercice. J’en identifie trois majeures, je vais donc vous les énumérer. Premièrement, la plus importante, la préservation de son corps. Depuis 2020, l’Espagnol essuie des blessures aussi graves les unes que les autres, mais revient toujours avec la même intensité. Et il a beau être un champion, Marc n’est pas un surhomme pour autant. Chaque blessure peut être la dernière, celle qui le contraint à se retirer définitivement. On a vu, en octobre 2025, qu’une simple percussion d’un concurrent – fait commun à notre époque – pouvait se traduire en véritable cauchemar pour lui. Alors qu’il fêtera ses 34 ans en 2027, pourquoi n’aurait-il pas envie de se préserver et d’arrêter à cet âge déjà respectable pour un pilote de Grands Prix ? Je suis sûr que cela trotte dans un petit coin de sa tête depuis six ans.

Il faut bien comprendre que les blessures s’accumulent, elles ne disparaissent pas au fur et à mesure.
Deuxièmement, il n’a plus rien à prouver. S’il vient à remporter ce championnat comme je l’imagine, pourquoi prendrait-il le risque de se sacrifier afin d’en décrocher un onzième, puis un douzième, et ainsi de suite ? Personne n’est arrivé à dix dans l’ère moderne. Avec ce total, il ferait mieux que son rival Valentino Rossi, et serait, sans doute, unanimement considéré comme le meilleur pilote de tous les temps. La surenchère en vaut-elle la chandelle ? J’ai conscience qu’il est un compétiteur dans l’âme, un véritable tueur, mais un grand champion doit aussi savoir dire stop au bon moment.
C’est là l’essence de mon troisième point. Sur un plan un peu plus large, persister en MotoGP, dans son cas précis, pourrait ternir son héritage. Voyez-vous, c’est une constante qui se vérifie à travers les âges. La naturelle période de vieillissement des athlètes les dessert. Et, forcément, vu qu’ils prennent leur retraite en pleine redescente, la plupart du temps, c’est le dernier souvenir qu’on garde d’eux. J’ai des dizaines d’exemples sous le coude : le plus évocateur n’est autre que mon pilote favori, Jorge Lorenzo. « Por Fuera » était encore excellent jusqu’en 2018, mais aux deux tiers de la saison, une terrible blessure l’a vraiment mis en bas. Il l’a traîné pendant une bonne partie de l’année 2019, avant de se faire encore plus mal. Puis, c’était le néant. Si je demande à dix fans de Grands Prix, beaucoup mettront Casey Stoner devant lui dans un classement, alors que les deux carrières n’ont rien à voir ; celle de Lorenzo est bien plus complète, de la 250cc à la catégorie reine.
Le truc, c’est que nous n’avons pas pu assister aux heures moins glorieuses de Casey Stoner. Ainsi, cela joue en faveur de son héritage. C’est pour cette raison qu’historiquement, les pilotes qui meurent au sommet de leur gloire, comme Ayrton Senna ou Jim Clark sont si respectés, car on a l’impression qu’ils ont été, toute leur vie, invincibles, intouchables. J’ai toujours dit que, si Valentino Rossi avait pris sa retraite en 2009-2010, alors, il serait toujours considéré comme le plus grand de tous les temps, et largement.
Un peu de la même manière, Marquez pourrait mal vieillir s’il pousse trop. D’abord, son style le ferait chuter encore davantage, et se comporter de manière plus sale sur la piste, étant donné qu’il donnerait tout pour rattraper un niveau qu’il ne lui est plus possible d’avoir. Beaucoup d’athlètes regrettent d’avoir pris leur retraite trop tard. Personne n’a expliqué ce phénomène plus honnêtement que le MVP de NBA 1993 « Sir » Charles Barkley : « J’ai détesté la manière dont j’ai pris ma retraite, parce que je n’étais plus bon. L’égo dit qu’on peut encore le faire, mais on ne peut pas aller contre le temps ».
Par le fait, je préférerais voir Marquez s’arrêter au bon moment et dans de bonnes conditions plutôt qu’il quitte le sport sur blessure en plein milieu d’une FP2 en Hongrie après avoir forcé son talent une saison et demie.
Que pensez-vous de cette théorie ? Dites-le-moi en commentaires !
Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

Des dizaines de pilotes MotoGP n’ont pas su s’arrêter à temps. Je pense notamment à Kenny Roberts Jr, ou pire encore, Freddie Spencer. Photo : Michelin Motorsport
Photo de couverture : Michelin Motorsport
























