Dans un paddock MotoGP où la domination européenne ne cesse de s’affirmer, une voix historique vient de jeter un pavé dans la mare. Celle de Giacomo Agostini. L’Italien, légende absolue de la discipline, observe avec une certaine stupéfaction la chute prolongée de Yamaha Motor Company, un constructeur pourtant gigantesque sur le plan industriel et technologique.
Car le constat est brutal : Yamaha semble se diriger vers une deuxième dernière place consécutive au championnat des constructeurs. Une situation presque inconcevable pour une marque qui dominait encore la catégorie reine il y a peu.
Il suffit de remonter à 2021 pour mesurer l’ampleur de la chute. Cette année-là, Fabio Quartararo offrait à Yamaha le titre mondial. Depuis, la courbe n’a cessé de plonger. La dernière victoire de la marque remonte au Grand Prix d’Allemagne 2022, et depuis le début de la saison 2023, l’équipe d’usine n’a décroché que trois podiums en 63 départs. Une statistique qui résume à elle seule la crise.
Face à cette impasse technique, Yamaha a décidé de bouleverser sa philosophie en abandonnant son historique quatre cylindres en ligne pour se tourner vers un moteur V4, admettant implicitement un retard technologique sur l’architecture estimé à quinze ans sur ses rivaux. Malgré ce virage stratégique, l’usine d’Iwata ne s’attend pas à redevenir compétitive avant la seconde moitié de la saison 2026.

Agostini : « Le MotoGP a besoin d’une Yamaha forte »
Pour Agostini, la situation dépasse le simple cadre sportif. Elle touche à l’équilibre même du championnat.
Dans une interview accordée à Moto.it, il rappelle d’abord l’immense potentiel du champion français : « Quartararo pourrait de nouveau se battre pour le titre mondial avec une meilleure moto. »
Malgré les limites évidentes de la M1, Quartararo a tout de même réussi à signer cinq pole positions la saison dernière, preuve selon lui que le problème n’est pas le pilote.
Agostini ne cache pas son incompréhension face aux difficultés d’un géant industriel comme Yamaha.
« Je suis surpris qu’une entreprise aussi importante et technologiquement si puissante ne parvienne pas à produire une moto compétitive. Quartararo est, à mon avis, un très bon pilote ; il pourrait se battre pour le titre mondial, mais actuellement, la moto ne le lui permet pas. »
Mais la légende italienne refuse de croire à une crise durable.
« Ils travaillent d’arrache-pied, et je suis confiant car c’est une très grande entreprise – je ne sais pas exactement, mais je crois que Yamaha produit 20 000 motos par jour. La technologie et la puissance économique sont donc bien présentes. J’espère qu’ils reviendront, ne serait-ce que pour le spectacle. »
Car pour lui, l’intérêt du championnat dépend aussi de la présence d’un constructeur Yamaha compétitif.
Le constat d’Agostini ne s’arrête pas à Yamaha. L’autre géant japonais, Honda Racing Corporation, traverse, lui aussi une période délicate.
Bien que la marque ait récemment progressé dans le système de concessions, Honda n’a plus remporté de course sur le sec depuis le Grand Prix d’Émilie-Romagne 2021.
« C’est le plus grand constructeur de motos au monde, et il est en difficulté », rappelle Agostini.
Avant d’ajouter, non sans une pointe de fierté italienne :
« Cela prouve l’excellence de nos techniciens italiens. C’est bien de voir Ducati, Aprilia, KTM, Yamaha et Honda tous compétitifs : c’est ce qui fait la grandeur de ce championnat. »
Car aujourd’hui, la réalité est claire : la technologie et l’innovation semblent avoir migré vers l’Europe, avec des marques comme Ducati Corse, Aprilia Racing et KTM Factory Racing.
La légende italienne s’est également exprimée sur la grande révolution réglementaire prévue en MotoGP pour 2027, qui doit réduire l’influence de l’aérodynamique et interdire les dispositifs de correction d’assiette.
Pour Agostini, ces mesures vont dans la bonne direction.
« Je milite pour un changement depuis un certain temps. Il y a trop de technologie aujourd’hui. J’aimerais que le pilote ait plus de pouvoir et que la victoire dépende davantage du pilote que de la technologie. »
Il regrette une époque où le contrôle de la moto dépendait uniquement du talent du pilote.
« Aujourd’hui, on appuie sur un bouton et tout s’arrête. Autrefois, c’était le poignet qui contrôlait la moto. J’accorderais plus d’importance au pilote, et j’espère qu’avec la nouvelle réglementation, nous y reviendrons. »
La complexité technologique actuelle l’inquiète particulièrement, notamment avec certaines innovations récentes comme le système F-Duct introduit par Aprilia.
Et sa conclusion est aussi imagée que tranchante :
« Les avions ont des ailes, pas les motos. Ils ne devraient pas se retrouver sur des motos de course. »
Une phrase qui résume parfaitement le débat actuel du MotoGP : la technologie doit-elle dominer, ou laisser à nouveau la place au talent brut des pilotes ?
Et pour Agostini, la réponse est claire. Le futur du championnat passe par un retour à l’essentiel : le pilote, la moto… et rien d’autre.

























