C’est un paradoxe qui donne le vertige : Ducati, le constructeur qui a défini les standards du MotoGP moderne, ne sait plus quelle machine mettre entre les mains de ses champions. Entre une GP24 légendaire, une GP25 décevante et une GP26 radicale, l’incertitude plane. Pour la légende espagnole Alex Criville, Ducati traverse une véritable crise d’identité mécanique.
Ducati est en crise. Les années de domination sans partage semblent révolues. La GP24 était une merveille, la GP25 un faux pas, la GP26 un mystère. Résultat : l’équipe officielle n’a plus aucune régularité, les pilotes se plaignent, et Aprilia a pris les devants au championnat. Pour Alex Criville, ancien champion du monde 500cc, le mal est profond. « Ducati ne sait plus quelle est la meilleure version de sa moto », lâche-t-il. Une équation à plusieurs inconnues que les ingénieurs italiens peinent à résoudre. Pendant ce temps, Marc Marquez, blessé, rame. Et Pecco Bagnaia, perdu, regrette presque la GP24.
La chute de l’empire Ducati n’est pas encore consommée, mais les signes de faiblesse s’accumulent. Après des années de domination, la marque italienne a perdu son cap. La GP24, considérée par beaucoup comme la meilleure MotoGP jamais construite (16 victoires en 20 courses en 2024), a été suivie d’une GP25 décevante, et d’une GP26 qui laisse les pilotes perplexes.
Interrogé par Mundo Deportivo, Alex Criville a planté le décor. « Marc Marquez est en difficulté, à cause de son physique et de sa moto » L’ancien champion catalan ne mâche pas ses mots. Pour lui, les problèmes de Marc Marquez (aucun podium le dimanche en 2026) sont liés à deux facteurs.
« Marc Marquez est en difficulté. Il est clair qu’il souffre d’une limitation physique qui l’empêche d’être totalement à l’aise. » Son épaule, toujours douloureuse, le handicape.

GP24, GP25, GP26 : le casse-tête Ducati
Mais Criville ajoute une seconde cause, toute aussi importante. « Ajoutez à cela le fait qu’il n’a pratiquement pas eu d’essais de présaison, que la Ducati n’a plus la même régularité qu’auparavant et que des doutes apparaissent quant à la meilleure version de la moto. » Voilà le cœur du problème. Ducati ne sait plus quelle moto développer.
La GP24 reste la référence. Beaucoup de pilotes (dont ceux de l’écurie satellite) la préfèrent encore. Mais elle n’est plus produite, et ne bénéficie plus d’évolutions.
La GP25 a été un échec. Trop nerveuse, trop difficile à dompter. Seul Marc Marquez, avec son génie, a réussi à en tirer quelque chose.
La GP26, engagée cette année, montre des progrès sur certains circuits (Jerez, avec la victoire d’Alex Marquez), mais des faiblesses sur d’autres. Les pilotes se plaignent notamment du comportement à l’entrée des virages.
Résultat : l’équipe officielle (Marquez, Bagnaia) patine. Tandis que les satellites (Gresini, VR46) parfois brillent, parfois sombrent. Pas de régularité, donc pas de championnat.
L’aveu de Pecco Bagnaia est éloquent. Le double champion du monde a récemment déclaré qu’il serait plus compétitif sur une GP24 que sur sa GP26.
Une phrase qui en dit long sur le manque de confiance dans la nouvelle machine. Et qui a dû faire grincer des dents à Borgo Panigale.
Mais revenir en arrière n’est pas simple. Le règlement technique, les contrats avec les sponsors, l’image de marque… Ducati ne peut pas avouer qu’elle a régressé.
Interrogé sur la possibilité de revenir à la GP24, Marc Marquez a été catégorique. Il veut progresser, pas régresser.
« Alex a été sept secondes plus rapide cette année qu’en 2024 sur la même moto. La GP26 est supérieure à la GP24. Nous devons avancer, ne pas reculer. »
Alex Marquez a en effet dominé Jerez avec une avance confortable. Preuve que le potentiel est là. Mais pour l’instant, ce n’est qu’un éclair dans un ciel très nuageux.
Pour Criville, l’urgence est de clarifier la hiérarchie technique. Quelle moto développer ? Quels réglages privilégier ? Quelle philosophie adopter ? « Des doutes apparaissent quant à la meilleure version de la moto », répète-t-il.
Tant que Ducati n’aura pas tranché, ses pilotes continueront à patauger. Et Aprilia, en tête du championnat, en profitera pour creuser l’écart.
Le passage au règlement 2027 (850 cc, aéro réduite, pneus Pirelli) va encore compliquer la tâche. Les équipes vont devoir tout réapprendre, tout réinventer. Si Ducati est déjà perdue avec ses 1000 cc, qu’en sera-t-il l’an prochain ? La question est sérieuse.
D’autant que le championnat est déjà bien entamé (4 courses sur 20). Pour défendre son titre, Ducati doit vite réagir.
Alex Criville a mis le doigt sur la plaie. Ducati ne sait plus quelle moto est la meilleure. GP24, GP25, GP26, les versions s’accumulent, les performances stagnent, les pilotes doutent. Pendant ce temps, Aprilia file vers un titre qui serait une première. Marc Marquez et Pecco Bagnaia sont dos au mur. Si l’usine italienne ne réagit pas, la saison 2026 pourrait être celle de la chute. Et le mandat de Gigi Dall’Igna, le génial ingénieur, serait sérieusement écorné.
La pression est immense. À Borgo Panigale, on ne plaisante plus avec les résultats. Le chemin est long, mais la marge d’erreur, elle, s’amenuise jour après jour.
Ducati est dans une impasse technique. Choisir la performance pure (GP26) au détriment de la facilité de pilotage (GP24) est un pari risqué qui, pour l’instant, profite davantage à la concurrence qu’à leurs propres pilotes d’usine.
































