Depuis plusieurs années, Marc Marquez tire la sonnette d’alarme. Pour le pilote Ducati, le MotoGP risquait de s’engager sur la même voie que la Formule 1 : celle où la machine finit par peser davantage que le talent du pilote. À l’approche de la révolution technique de 2027, les premiers retours en provenance de Ducati laissent penser que cette dérive pourrait finalement être évitée. Le pilote d’essai Michele Pirro estime en effet que les futures MotoGP de 850 cc redonneront une place beaucoup plus importante au pilote.
Bien avant l’annonce du nouveau règlement, Marc Marquez avait déjà mis en garde les instances du MotoGP. À ses yeux, l’accumulation des dispositifs aérodynamiques, des systèmes d’abaissement de la moto et de l’assistance électronique réduisait progressivement la marge d’expression des pilotes.
En 2022, alors qu’il évoluait encore chez Honda, l’Espagnol résumait ainsi sa préoccupation : « Nous devons faire attention, car pour finir, les pilotes doivent rester plus importants que les motos. » Une réflexion qui prenait tout son sens alors que les dépassements devenaient de plus en plus difficiles et que l’aérodynamique transformait progressivement les courses.
La future réglementation 2027 repose sur plusieurs évolutions majeures : moteurs ramenés de 1 000 à 850 cc ; suppression des dispositifs d’abaissement de la moto ; disparition des systèmes de départ (« holeshot devices ») ; aérodynamique fortement réduite ; arrivée des pneus Pirelli.
Les pilotes titulaires ont découvert ces nouvelles machines lors des essais organisés à Brno. Les chronos étaient naturellement plus lents mais les premières sensations semblent unanimement positives.
Pour Michele Pirro, qui participe au développement de la future Ducati depuis plusieurs mois, l’objectif fixé par le règlement est déjà perceptible. « La réglementation a été conçue pour offrir aux pilotes une plus grande marge de performance et de confort » dit-il sur MOW.

Des essais encourageants, la crainte de Marc Marquez apaisée ?
Le pilote d’essai italien estime surtout que les nouvelles motos permettront de rééquilibrer la hiérarchie entre le talent du pilote et la performance de la machine. « Les pilotes auront un peu plus de latitude pour faire la différence. » Une déclaration loin d’être anodine lorsqu’elle provient du principal pilote de développement de Ducati.
Le MotoGP ne cherche d’ailleurs plus à battre des records de vitesse. Depuis plusieurs années, les performances atteignaient des niveaux qui commençaient à poser des problèmes de sécurité sur certains circuits, tout en rendant les dépassements toujours plus compliqués. En réduisant la puissance, l’aérodynamique et les aides mécaniques, les promoteurs espèrent retrouver des motos moins parfaites… mais des courses plus imprévisibles. Plusieurs pilotes ayant essayé les prototypes 850 cc ont déjà indiqué avoir retrouvé davantage de sensations et de liberté au guidon.
La révolution de 2027 ne concernera pas uniquement les motos. L’arrivée de Pirelli comme manufacturier unique ajoute une inconnue supplémentaire. Comme le rappelle Michele Pirro : « Les pneus auront aussi une grande influence. L’équipe qui s’adaptera le mieux aura un avantage considérable en début de saison. »
Autrement dit, les cartes pourraient être totalement rebattues lors des premiers Grands Prix de la nouvelle réglementation.
Depuis plusieurs mois, Marc Marquez critique ouvertement l’influence grandissante de l’aérodynamique sur le spectacle. Il a même récemment expliqué que les motos actuelles rendaient les dépassements beaucoup plus difficiles qu’en 2017, au point de comparer certaines courses à un rallye où prendre le dessus sur un adversaire plus lent en pleine spéciale devient presque impossible sans sa bonne volonté.
Les premiers retours de Ducati laissent penser que le MotoGP a entendu ce message. Il faudra évidemment attendre les premiers Grands Prix de 2027 pour en avoir la confirmation, mais la philosophie semble désormais claire : accepter des motos légèrement moins rapides pour permettre aux meilleurs pilotes d’exprimer davantage leur talent.
Une évolution qui pourrait bien redonner au MotoGP ce qui a toujours fait sa singularité : la capacité d’un pilote exceptionnel à faire la différence, même face à une concurrence techniquement très proche.





























