Pendant des décennies, le casque a surtout appris à mieux absorber les chocs. Une nouvelle bataille porte désormais sur ce qu’il se passe lorsque la tête ne frappe pas perpendiculairement le sol mais est brutalement mise en rotation. Avec le Release Layer System, ou RLS, des panneaux extérieurs peuvent glisser puis se détacher sur de minuscules billes afin de détourner une partie de cette énergie. Après le vélo, la technologie arrive désormais sur le nouveau casque AGV Pista GP R3 destiné au MotoGP. Les premiers résultats de laboratoire sont spectaculaires, même s’ils doivent être interprétés avec précaution.
Le cerveau ne souffre pas seulement du choc. Lorsqu’un casque frappe l’asphalte, deux phénomènes peuvent se produire simultanément. Le premier est intuitif : la décélération provoquée par l’impact. C’est historiquement contre elle que les casques ont été développés, avec des coques capables de répartir les forces et des matériaux internes destinés à absorber de l’énergie.
Mais les accidents réels sont rarement parfaitement perpendiculaires. Lors d’un impact oblique, le casque peut accrocher la surface et provoquer une rotation extrêmement rapide de la tête. Or ces accélérations angulaires sont associées notamment aux commotions cérébrales et aux lésions axonales diffuses. C’est pourquoi différentes technologies ont déjà été développées pour permettre un mouvement relatif entre la tête et certaines parties du casque. RLS aborde le problème différemment.
Des billes minuscules sous une coque qui peut partir
Le principe est étonnamment mécanique. Le système est installé à l’extérieur du casque. Des panneaux en polycarbonate reposent sur une couche comprenant de minuscules éléments sphériques, eux aussi en polycarbonate. Lors d’un impact oblique, le panneau extérieur peut se déplacer sur ces micro-roulements dans la direction de la force. Et si l’impact l’exige, il peut ensuite se détacher du casque.
Le but est que ce soit cette couche extérieure qui se déplace plutôt que de transmettre directement l’intégralité du mouvement de rotation au casque, puis à la tête. En quelque sorte, le casque accepte de sacrifier une partie de sa surface pour protéger ce qui se trouve dessous.
Les essais scientifiques ont déjà donné un signal
La technologie n’arrive pas de nulle part. Une étude scientifique publiée en 2026 a comparé plusieurs casques de vélo conventionnels à leurs équivalents équipés du RLS lors d’impacts obliques.
Selon les configurations testées, les casques RLS ont réduit la vitesse angulaire maximale de 57 à 66 % en moyenne. Les chercheurs ont calculé une diminution de 68 à 86 % de la probabilité d’une lésion cérébrale AIS2+ selon le modèle utilisé.
Attention cependant : ce sont des essais biomécaniques et des probabilités calculées, pas des statistiques recueillies auprès de milliers de motocyclistes accidentés. Et ces travaux concernaient initialement des casques de vélo.

AGV vient de faire passer le RLS à la moto
Le système apparaît désormais sur le nouvel AGV Pista GP R3 MotoGP, sous le nom AGV Sphera.
AGV explique avoir adapté le principe à son casque de compétition : les panneaux extérieurs peuvent se déplacer sur les micro-roulements puis se libérer afin de dissiper une partie de l’énergie rotationnelle.
Les essais effectués à l’Aragón Institute for Engineering Research de l’Université de Saragosse ont comparé les probabilités de commotion calculées à partir des mesures recueillies lors d’impacts.
AGV en tire un résultat spectaculaire : une réduction moyenne par six du risque estimé de commotion cérébrale avec son système.
Le mot « estimé » est essentiel. Personne ne peut promettre qu’un casque divisera réellement par six le nombre de commotions dans tous les accidents. Mais l’écart mesuré en laboratoire est suffisamment important pour que cette technologie mérite une attention particulière.
Et si le casque de demain travaillait d’abord à l’extérieur ?
Les systèmes destinés à limiter les rotations de la tête existent déjà. MIPS, WaveCel, Koroyd, KinetiCore ou Rheon ont notamment exploré différentes solutions. Mais beaucoup travaillent à l’intérieur de la structure.
RLS choisit l’autre extrémité : intervenir dès le premier contact entre le casque et l’obstacle. Le système n’appartient par ailleurs pas à AGV. RLS se présente comme un fournisseur de technologie pouvant travailler avec différents fabricants, et cite déjà des partenariats avec AGV, Canyon et HEXR.
Le MotoGP redevient le laboratoire du casque
Son arrivée chez AGV rend l’histoire intéressante pour la moto. Car le système va désormais être confronté aux exigences d’un univers où les vitesses, l’aérodynamisme, le poids et les contraintes d’homologation sont considérables.
Et le nouveau Pista GP R3 est annoncé conforme au standard FIM FRHPhe-02. Le casque du futur pourrait donc fonctionner selon une logique presque paradoxale. Pendant longtemps, on a cherché une coque suffisamment résistante pour ne pas céder. Avec RLS, une partie extérieure est au contraire conçue pour bouger et, lorsque cela devient nécessaire, se libérer. Non pas parce que le casque aurait échoué. Mais précisément parce que cette séparation ferait partie de son fonctionnement.
Après avoir appris au casque à encaisser le choc, les ingénieurs cherchent désormais à lui apprendre quand il vaut mieux lâcher prise.









