Ducati vient de rejoindre Aprilia au sommet du championnat des constructeurs et Marc Marquez n’est plus qu’à deux points de Jorge Martin. Pourtant, Massimo Rivola refuse presque de présenter la fin de saison comme un duel entre les deux marques italiennes. Après avoir vu Martin et Marco Bezzecchi encadrer Marquez sur le podium de Motegi, le patron d’Aprilia livre une lecture beaucoup plus provocante : « Je pense que c’est surtout un duel entre Aprilia et Marc. » Derrière la formule apparaît une question essentielle : Ducati possède-t-elle encore la meilleure moto ou surtout le meilleur pilote du moment ?
Massimo Rivola aurait pu quitter Motegi inquiet. Marquez venait de remporter le Sprint puis le Grand Prix, de ramener son retard sur Martin de douze à deux points et de permettre à Ducati de rejoindre Aprilia chez les constructeurs.
Le patron de Noale préfère regarder ce qui s’est passé derrière lui. Martin termine deuxième. Bezzecchi troisième. Et les autres Ducati sont beaucoup plus loin. D’où cette formule : « Je pense que c’est surtout un duel entre Aprilia et Marc, car les autres Ducati ont terminé à près de vingt secondes de lui. »
Puis Rivola insiste : « On le savait. Comme l’an dernier, la bataille se joue avec Marc. » Une manière assez claire de distinguer les performances de Marquez de celles de sa machine.
Motegi donne du poids à sa théorie
Il serait évidemment excessif d’en conclure que Ducati est devenue une moto moyenne sauvée par son pilote. La Desmosedici reste au sommet du championnat des constructeurs et les résultats d’une seule course ne suffisent pas à établir une hiérarchie technique définitive.
Mais Motegi offre à Rivola un argument difficile à ignorer. Aprilia a placé deux motos d’usine immédiatement derrière Marquez, sur un circuit où la marque n’avait historiquement jamais obtenu de tels résultats. Ai Ogura avait également montré de la vitesse pendant le week-end avant de confirmer la progression générale de la RS-GP.
Rivola y voit précisément la différence avec 2025. « L’an dernier, nous n’étions pas encore aussi performants. Ogura était encore rookie, Raul revenait de blessure et Jorge était absent. » Aprilia ne possède plus seulement une moto rapide sur certains terrains favorables. Elle revendique désormais une machine capable de fonctionner presque partout.
Bezzecchi a construit l’Aprilia que Martin utilise pour défendre son titre
Rivola attribue sur Moto.it une partie importante de cette évolution à Marco Bezzecchi. « Je tiens à féliciter Marco pour avoir mené l’équipe de Fabiano dans le développement de la moto, et Noale pour avoir conçu une moto compétitive sur différents types de circuits. »
La remarque est particulièrement intéressante dans le contexte du championnat. Martin possède l’expérience d’un titre gagné et d’un autre perdu. Bezzecchi a davantage contribué au développement récent de la RS-GP. Et Aprilia peut désormais réunir les deux forces dans le même garage.
C’est précisément ce que Rivola oppose implicitement à Ducati : une performance distribuée entre plusieurs pilotes plutôt qu’une domination concentrée autour d’un seul.
Mais attention au piège « Marquez gagne malgré la Ducati »
Il serait tentant d’aller plus loin et d’en déduire que Marquez compense désormais les faiblesses de sa Ducati. Les résultats disponibles ne permettent pas de l’affirmer. D’abord parce qu’une moto peut convenir différemment à plusieurs pilotes. Ensuite parce que Marquez est précisément réputé capable de créer des écarts considérables avec un matériel identique ou comparable.
Rivola parle donc en concurrent. Mais son observation soulève une vraie question technique : l’écart observé entre Marquez et les autres Ducati provient-il davantage de la supériorité actuelle du pilote ou d’une RS-GP devenue globalement plus homogène que la Desmosedici ? Les prochaines courses aideront à répondre.
L’Indonésie devait favoriser Aprilia … Rivola se méfie déjà
Sur le papier, Mandalika pourrait constituer une excellente occasion de vérifier sa théorie. Aprilia y a historiquement montré de belles qualités tandis que Marquez n’y a encore jamais terminé un Grand Prix MotoGP.
Rivola refuse pourtant de transformer cette statistique en pronostic. « Sur le papier, le prochain devrait être plus favorable pour nous que pour Ducati, mais il faut rester prudent. » Il rappelle notamment que Barcelone avait longtemps été considéré comme un territoire particulièrement favorable à Aprilia avant que les résultats récents viennent relativiser cette certitude.
Ce qui l’intéresse davantage est la capacité de son équipe à progresser entre vendredi et dimanche. Et c’est peut-être là que se situe réellement son optimisme. Aprilia n’attend plus le circuit idéal pour espérer battre Ducati. Elle considère avoir construit une moto suffisamment polyvalente pour jouer devant presque partout.
Seulement, il reste un problème. Ce problème porte le numéro 93. À Motegi, Aprilia avait deux motos sur le podium. Ducati n’en avait qu’une devant elles. Mais tant que cette Ducati sera celle de Marc Marquez, Massimo Rivola semble considérer que cela suffit à définir tout le rapport de forces.








