F1
Publié le 9 octobre 2026 • 00:00 par Oléna Champlain

F1 – Meilleur moteur, zéro cadeau : Red Bull boude le verdict de la FIA

Red Bull conteste l’évaluation ADUO de la FIA malgré son statut de référence moteur. Mekies réclame une méthode revue pour 2027.

Red Bull

Chez Red Bull, on a choisi la formule « moins de bruit, plus de course ». Mais quand la FIA vous désigne comme référence moteur de la Formule 1, tandis que vos rivaux reçoivent des marges de développement supplémentaires, le silence devient un sport d’endurance. Laurent Mekies a remis l’ADUO sur la table : l’écurie travaille avec la FIA à revoir sa méthode pour 2027, tout en répétant qu’elle préfère gagner avec un moteur performant plutôt que réclamer des aides. Une position assez confortable à défendre depuis le sommet du classement… sur le papier.

Red Bull

 Red Bull veut revoir la méthode de la FIA pour 2027.

Le mécanisme ADUO, inscrit au règlement technique 2026, doit aider les motoristes distancés. Si leur moteur thermique accuse au moins 2 % de retard sur la référence, ils peuvent obtenir des homologations supplémentaires, davantage de temps au banc et une marge financière accrue. La FIA a mené trois évaluations cette saison ; les premiers résultats ont créé un drôle de podium.

Mercedes a obtenu une évolution supplémentaire pour 2026 et une autre pour 2027. Ferrari, Audi et Honda en ont reçu deux pour chacune de ces saisons, après avoir été mesurés à plus de 4 % de la référence. Au deuxième examen, après le Grand Prix de Hongrie, aucun motoriste n’a gagné de nouvelle homologation. La FIA n’a pas nommé publiquement le constructeur en tête, en raison de la confidentialité des données. Mais Motorsport.com rapporte que Red Bull-Ford est évalué comme le meilleur moteur thermique. Il ne reçoit donc aucune aide ADUO. La récompense de la référence, en somme, consiste à regarder les autres ouvrir leur boîte à outils.

Mekies ne conteste pas le principe d’aider les motoristes en retard. Il s’interroge sur la photographie produite par la première évaluation. Selon lui, les conclusions de la FIA ont surpris Red Bull, qui a présenté ses arguments pour expliquer pourquoi elles ne reflétaient pas, à ses yeux, la réalité. Des discussions portent désormais sur les améliorations possibles de la méthode en 2027. Une conversation technique, évidemment : en Formule 1, même une contestation arrive avec des tableaux, des capteurs et des graphiques peu décoratifs.

La nuance essentielle tient à ce que l’ADUO mesure. Il évalue la puissance du moteur à combustion interne, pas l’ensemble du groupe propulseur hybride. La performance globale dépend aussi du système électrique, de la récupération et du déploiement d’énergie, ainsi que de l’intégration dans la voiture. Être premier dans cette mesure ne signifie donc pas disposer de la meilleure monoplace. C’est là que le verdict paraît paradoxal : Mercedes a démarré l’année en force, tandis que Red Bull a peiné avant de retrouver de la compétitivité. Les deux constats peuvent coexister, puisqu’ils ne décrivent pas la même chose.

Mekies résume la ligne de son équipe sans réclamer la charité :

« Nous préférons avoir un moteur puissant sans ADUO plutôt qu’un moteur faible et devoir le réclamer. 

Le message est clair : Red Bull veut être jugé sur la piste, pas obtenir un avantage administratif. Le petit astérisque porte sur la façon dont la FIA décide qui mérite cet avantage. Refuser le cadeau tout en demandant de revoir les règles du cadeau, c’est une position subtile — et un moyen d’éviter que le débat se referme.

L’actualité sportive donne du relief à cette discussion. Après un début de saison difficile, Verstappen a signé à Sepang la première victoire de Red Bull en 2026. Les progrès de la RB22 ne se résument pas au moteur : les évolutions du châssis, l’équilibre, la vitesse en ligne droite et la gestion des pneus ont aussi compté. Mekies souligne que de nombreux domaines restent développables, même lorsque le matériel moteur est verrouillé. Red Bull peut donc progresser sans homologation supplémentaire, en travaillant sur l’exploitation et l’intégration du groupe propulseur. La victoire malaisienne ne prouve pas que l’évaluation de la FIA était juste ou fausse ; elle montre surtout que le tableau de performance ne tient pas dans une seule colonne.

Reste à savoir ce que la FIA acceptera de modifier pour 2027. Son directeur des monoplaces, Nikolas Tombazis, a reconnu que le dispositif pourrait évoluer après cette première saison. Pour l’instant, l’instance juge ses analyses robustes, tout en discutant avec les motoristes. Red Bull plaide sa cause sans réclamer de passe-droit, du moins dans ses mots. Si son moteur est bien le meilleur selon le critère retenu, la réponse la plus convaincante sera peut-être de le démontrer sur la piste. Mais si une mesure censée rééquilibrer la compétition ne raconte pas la même histoire que les chronos, qui doit corriger sa copie : les équipes, ou le thermomètre ?

 

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