F1
Publié le 22 octobre 2026 • 01:00 par Oléna Champlain

F1 – Hadjar en a assez des sprints : Monaco 2027, la goutte de trop ?

Isack Hadjar critique les sprints après son week-end cauchemardesque à Singapour, alors que Monaco accueillera le format en 2027.

Isack Hadjar n’a pas seulement quitté Singapour avec une Red Bull à réparer et un week-end à oublier. Il en est aussi reparti avec une question pour la Formule 1 : à quoi bon ajouter un sprint à Monaco ? Alors que le format passera de six à dix rendez-vous en 2027, le Français affiche une lassitude qui tombe au moment où la discipline choisit, justement, d’en rajouter.

Après Singapour, Hadjar s’interroge sur le format.

« L’an dernier, j’aimais bien. Mais avec l’âge… je n’aime plus les sprints », résume-t-il dans les propos relayés après le Grand Prix de Singapour. Et à propos du sprint monégasque prévu en 2027 : « Pourquoi faire ça ? ».

La formule est directe, mais le contexte l’est encore davantage : à Marina Bay, son sprint s’est arrêté après trois tours, sa qualification a été ruinée par une quatrième vitesse cassée et sa Red Bull a multiplié les soucis mécaniques.

Il faut toutefois distinguer deux choses. Hadjar n’a pas été éliminé par le format sprint : c’est d’abord la fiabilité de sa RB22 qui a transformé son week-end en parcours d’obstacles. Dès les qualifications sprint, il signalait des problèmes moteur. Le samedi, il a dû abandonner au troisième tour après une nouvelle défaillance de l’unité de puissance. Puis, lors des qualifications du Grand Prix, une panne de boîte de vitesses l’a privé de quatrième rapport et de tout temps chronométré. Un menu complet, avec supplément panne.

Après ces incidents, Red Bull a dû modifier la voiture et installer de nouveaux éléments. Hadjar a finalement pris le départ depuis la voie des stands. Il a réussi à remonter jusqu’à la dixième place, sauvant un point dans une course où il a longtemps roulé dans le trafic. Laurent Mekies a reconnu que l’équipe n’avait pas donné à son pilote les moyens de montrer son niveau et a résumé la dette de Red Bull en quatre mots : « Nous lui en devons une. »

Cette frustration ne se limite pourtant pas aux pannes. Le format sprint réduit le temps disponible pour comprendre et régler la voiture : une seule séance d’essais libres avant les qualifications sprint, là où un week-end classique en offre trois. Pour un pilote confronté à une monoplace difficile à exploiter, la marge de correction devient mince. Hadjar avait déjà décrit sa Red Bull comme délicate à conduire à Singapour. Avec si peu de roulage, l’occasion de trouver des solutions disparaît presque avant même que les ingénieurs aient fini de sortir les tableaux de données.

L’ironie du calendrier, c’est que la F1 ne ralentit pas. La FIA et Formula One Management ont confirmé le passage de six à dix sprints en 2027. Monaco fera partie des nouveaux circuits concernés, avec deux séances de qualifications prévues sur le week-end. Les promoteurs défendent l’idée d’un rendez-vous plus dense et plus spectaculaire. Mais densifier un programme ne garantit pas que les voitures puissent se dépasser sur un circuit où chaque mètre compte et où les rues étroites punissent la moindre erreur.

Hadjar n’est d’ailleurs pas seul à questionner l’intérêt des sprints sur les circuits urbains. Après l’épreuve de Singapour, Max Verstappen a estimé qu’il ne fallait pas organiser un sprint là où les dépassements sont impossibles. Lewis Hamilton a lui aussi pointé le manque d’occasions de passer, tandis que Charles Leclerc a jugé que les sprints n’apportaient pas grand-chose aux courses en ville. Leurs critiques portent sur le spectacle en piste ; celle d’Hadjar touche aussi au temps de préparation dont disposent les pilotes.

Le résultat singapourien rend l’affaire plus piquante. Verstappen, dans l’autre Red Bull, a remporté le sprint et le Grand Prix. Hadjar, lui, a passé le week-end à tenter de faire fonctionner une voiture qui ne lui laissait presque aucune séance propre. La différence ne prouve évidemment pas que le format est injuste : elle souligne plutôt à quel point un sprint peut amplifier les conséquences d’un problème technique. Quand une séance unique tourne mal, il n’y a pas trois jours pour rattraper le coup.

La F1 vend les sprints comme une dose supplémentaire d’action. Hadjar rappelle qu’ils peuvent aussi réduire le temps laissé aux équipes pour comprendre leurs voitures, surtout quand la fiabilité s’en mêle. Et Monaco, où dépasser relève déjà de l’opération délicate, héritera du format en 2027. La question mérite donc d’être posée : ajouter une course suffit-il à créer du spectacle, ou la F1 risque-t-elle simplement de multiplier les séances où les pilotes n’ont nulle part où passer ?

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