Il paraît que le MotoGP est un sport de liberté, d’audace et de dépassements. Cette semaine, on a surtout découvert des pilotes qui se laissent dépasser pour respecter une pression de pneu, d’autres qui risquent 5 000 € pour une absence promotionnelle et un championnat où ceux qui prennent les risques n’ont toujours pas appris à parler d’une seule voix. Bienvenue dans la semaine du benêt atypique.
Post-it n° 1 de benêt atypique — Aprilia gagne partout, Marquez ne perd presque rien
Quatre Aprilia aux quatre premières places du Grand Prix d’Indonésie : Bezzecchi, Fernandez, Martin et Ogura. À ce niveau, ce n’est plus une démonstration, c’est une réunion de famille organisée sur le podium.
Ducati, de son côté, a passé un dimanche nettement moins agréable. Bagnaia est tombé et Marquez a terminé sixième. Résultat au championnat ? Jorge Martin compte 355 points, Marc Marquez 353. Deux petits points.
Samedi, Marquez avait même repris les commandes grâce à sa victoire en Sprint. La leçon ? Aprilia peut monopoliser les premières places, Ducati peut connaître un week-end compliqué, et Marquez reste pratiquement à égalité.
Pour l’instant, Noale possède la force collective. Mais son principal adversaire possède une qualité autrement contrariante : il sait limiter les dégâts.

Post-it n° 2 — Dépasser son adversaire ? Surtout pas, malheureux !
Pedro Acosta a résumé le spectacle indonésien en quatre mots : « On a l’air bêtes. » Il parlait de son duel avec Marc Marquez, au cours duquel chacun a temporairement laissé passer l’autre pour gérer la pression minimale de son pneu avant.
Une bataille qui n’en était donc pas vraiment une. Pendant que les deux Espagnols s’appliquaient à respecter les valeurs réglementaires, Ai Ogura en a profité pour leur passer devant.
La veille, Jorge Martin avait déjà rencontré un problème comparable en Sprint. Voilà donc un sport où l’on peut perdre une position en cherchant à respecter le règlement plutôt qu’en étant moins rapide.
Acosta suggère un contrôle de pression avant le départ. La proposition soulève des questions techniques et de sécurité, certes. Mais elle possède au moins un mérite : rappeler qu’une course devrait idéalement se décider entre les pilotes, et pas entre deux seuils de pression.

Post-it n° 3 — Cinq mille euros pour apprendre à dire oui
Autre sujet de contrariété : l’amende de 5 000 € évoquée pour certaines absences aux activités promotionnelles du MotoGP.
Pedro Acosta s’y oppose, notamment lorsque des circonstances médicales ou personnelles justifient une absence. Mais sa déclaration la plus intéressante concerne l’impossibilité d’une mobilisation collective. « Nous sommes égoïstes. » Tout est dit.
Les équipes défendent leurs marques. Le promoteur défend son championnat. Les pilotes défendent leurs contrats. Et personne ne semble véritablement représenter leurs intérêts communs.
C’est d’autant plus remarquable que les exigences sportives et commerciales s’accumulent, tandis que la réforme de 2027 promet de nouvelles séquences de qualification.
À défaut d’une association indépendante, chacun continuera donc à protester dans son coin. Un magnifique exercice de solidarité individuelle.

Post-it n° 4 — Bagnaia regarde dans le rétroviseur
Pecco Bagnaia, lui, a proposé une lecture moins réjouissante de la situation technique chez Ducati.
Selon l’Italien, certaines qualités de la Desmosedici ont reculé depuis deux saisons, particulièrement en matière d’adhérence et de contrôle à l’accélération. Mandalika aurait simplement rendu ces faiblesses plus visibles.
Cela ne signifie pas que toutes les Ducati souffrent des mêmes difficultés. Marquez vient encore de gagner le Sprint. Mais l’écart entre les performances des deux pilotes officiels pose une question : Ducati a-t-elle rendu sa machine plus difficile à exploiter, ou Bagnaia rencontre-t-il un problème plus spécifique ?
Le benêt attendra des éléments supplémentaires avant de condamner la moto. Il se contentera d’observer que, lorsque le pilote qui connaissait si bien la Desmosedici commence à regretter ses anciennes qualités, le sujet mérite mieux qu’un haussement d’épaules.

Les trois questions du benêt atypique
Le benêt atypique vous laisse donc avec trois questions…
- Aprilia peut-elle transformer sa domination technique en titre mondial si Marc Marquez continue de sauver autant de points les mauvais jours ?
- Combien de dépassements artificiels faudra-t-il encore avant de revoir la réglementation sur la pression des pneus ?
- Et surtout, les pilotes finiront-ils par créer une véritable association indépendante, ou leur individualisme restera-t-il le meilleur allié des organisateurs ?
À la semaine prochaine. Le benêt range ses Post-it, mais garde son casque : dans ce championnat, même le bon sens semble devoir passer les vérifications techniques.









