Andrea Dovizioso n’apprécie guère la direction prise par le MotoGP. Alors que le championnat prépare une profonde transformation pour 2027, avec des motos de 850 cc, des pneus Pirelli et un nouveau format de week-end, l’ancien vice-champion du monde estime que les intérêts des pilotes passent progressivement au second plan. Sa critique va au-delà des questions de sécurité : à force de multiplier les moments de tension pour séduire le public, le MotoGP risquerait de priver ses protagonistes des conditions nécessaires pour exprimer pleinement leur talent.
Dovizioso : « On pousse de plus en plus l’athlète à ses limites »
Le MotoGP 2027 promet une transformation majeure. Outre les nouvelles machines, le championnat introduira deux qualifications distinctes : une le vendredi pour déterminer la grille du Sprint, une autre le samedi pour celle du Grand Prix.
Tous les pilotes participeront à la qualification Sprint, puis à la Q1 du samedi, dont les douze plus rapides accéderont à la Q2. Le Warm Up dominical disparaîtra également. Une réorganisation destinée à renforcer le spectacle et à mieux répartir les enjeux sportifs sur le week-end.
Mais Andrea Dovizioso y voit une tendance beaucoup plus générale. « Du point de vue de l’athlète, on le pousse de plus en plus à ses limites. » Sur sa chaîne YouTube, l’ancien pilote Ducati explique que cette évolution dépasse largement le motocyclisme.
« Les athlètes d’aujourd’hui sont très peu pris en compte dans tous les sports. Le football, le tennis, le basketball… » Pour lui, les exigences commerciales prennent progressivement le dessus sur les besoins de ceux qui doivent produire la performance.
Le spectacle devient-il plus important que la performance ?
Dovizioso développe une critique particulièrement sévère. « On cherche à maximiser l’adrénaline, à mettre tout le monde sous pression, à créer plus de spectacle. » Il ne conteste pas que le MotoGP doive attirer les spectateurs.
Mais il considère que cette recherche permanente d’intensité finit par modifier la nature même de la compétition. Chaque séance doit désormais produire un enjeu immédiat. Chaque sortie en piste doit devenir décisive. Chaque erreur risque de compromettre une qualification ou une course.
Pour le spectateur, la tension augmente. Pour le pilote, les occasions de travailler sereinement diminuent. Et c’est précisément ce déséquilibre que dénonce Dovizioso.

Dovizioso : « Tout ce qu’on ajoute le détruit »
L’Italien emploie alors une formule particulièrement forte. « Mais pour le pilote, la situation ne cesse d’empirer. Tout ce qu’on ajoute de cette manière le détruit. » Avant de préciser : « On ne lui donne pas la moindre chance de créer les conditions nécessaires à sa performance. »
C’est le cœur de son raisonnement. Une performance MotoGP ne repose pas uniquement sur le courage ou la capacité à réaliser un tour rapide. Elle exige du temps pour comprendre les pneus, ajuster les réglages, analyser le comportement de la moto et construire progressivement sa confiance.
Or le nouveau format introduira des enjeux chronométriques dès le vendredi, tandis que le dimanche débutera sans Warm Up. Francesco Bagnaia a déjà exprimé ses inquiétudes concernant cette suppression. Matt Oxley a également souligné les risques de trafic liés à la présence simultanée de 22 pilotes dans les séances qualificatives.
Dovizioso ajoute donc une troisième dimension : la qualité de la préparation sportive elle-même.
Les constructeurs économisent des kilomètres, les pilotes perdent du temps
La contradiction apparaît plus nettement encore à la lumière des explications de Carlos Ezpeleta. Le directeur général adjoint du MotoGP a confirmé que la réforme provenait des équipes. Il a également précisé que le temps de piste serait réduit de 35 minutes, notamment pour limiter l’usure des composants des nouvelles motos.
L’objectif industriel est compréhensible. Mais il soulève une interrogation : pourquoi la réduction du kilométrage devrait-elle nécessairement se traduire par une concentration accrue des enjeux sportifs ?
Dovizioso ne prétend pas que davantage d’essais garantiraient automatiquement une meilleure sécurité. Il estime cependant qu’un pilote doit pouvoir construire sa performance plutôt que subir une succession d’épreuves sous pression.
Le MotoGP doit-il protéger ses motos ou ses pilotes ?
La réforme 2027 ne se résume évidemment pas à une opposition entre constructeurs et pilotes. Les nouvelles règles techniques pourraient aussi modifier les équilibres, réduire certaines contraintes et offrir de nouvelles possibilités de dépassement.
Mais Dovizioso pose sur sa chaine YouTube une question que le discours officiel aborde peu. Le spectacle est-il nécessairement meilleur lorsque les pilotes disposent de moins de temps pour préparer leur performance ?
Les qualifications peuvent devenir plus intenses. Les erreurs peuvent être plus nombreuses. Les grilles peuvent être davantage bouleversées. Cela ne signifie pas automatiquement que le niveau sportif augmente.
Et c’est finalement le paradoxe dénoncé par l’Italien : le MotoGP cherche à rendre ses pilotes toujours plus spectaculaires, tout en réduisant les conditions qui leur permettent d’être à leur meilleur niveau. À vouloir multiplier les moments exceptionnels, le championnat risque peut-être de banaliser ce qui devrait rester l’essentiel : la performance elle-même.









