Six victoires lors des onze dernières courses : Marc Marquez maintient Ducati dans la bataille pour le titre MotoGP 2026. Mais derrière l’Espagnol, les autres Desmosedici peinent à suivre. Face à une Aprilia devenue redoutablement régulière, Borgo Panigale risque de perdre une couronne particulièrement précieuse : celle des constructeurs. Et pour Audi, propriétaire de Ducati, l’enjeu dépasse largement les trophées. Pecco Bagnaia, pourtant sur le départ, pourrait bien détenir une partie de la solution… Il sera cependant pilote Aprilia l’an prochain …
Il y a quelque chose de paradoxal dans la saison 2026 de Ducati. Le constructeur italien possède encore l’un des pilotes les plus redoutables de la grille, capable de gagner presque partout. Mais il ne possède plus la domination collective qui faisait sa force.
Marc Marquez a remporté six des onze dernières courses. À deux points de Jorge Martin avant Phillip Island, il reste pleinement engagé dans la lutte pour le titre mondial. Seulement voilà : derrière lui, les autres Ducati ne répondent plus avec la même régularité. Et Aprilia en profite.
Marquez gagne, mais les autres Ducati disparaissent des podiums
Fabio Di Giannantonio n’a plus retrouvé le podium depuis sa victoire à Barcelone. Alex Marquez ne compte que deux podiums cette saison. Fermin Aldeguer compose avec une blessure, tandis que Franco Morbidelli peine à exploiter sa GP25. Quant à Pecco Bagnaia, son dernier podium remonte à Brno. Pour une marque habituée à multiplier les Desmosedici aux avant-postes, ce point de situation interpelle.
Aprilia, de son côté, bénéficie de plusieurs pilotes capables de marquer de gros points. Le constructeur de Noale a placé au moins une moto sur le podium de toutes les courses dominicales sauf trois, alors que Ducati a connu sept Grands Prix sans représentant parmi les trois premiers.
Résultat : avant l’Australie, Aprilia possède douze points d’avance au championnat des constructeurs. Un écart modeste, mais révélateur d’un changement de rapport de force.
Le titre constructeurs : une affaire de prestige, mais aussi de commerce
Selon El Periódico, le championnat des constructeurs revêt une importance particulière pour les dirigeants de Ducati. Et pour cause : il récompense directement la marque, pas seulement son pilote. Il constitue un argument commercial puissant, permettant d’associer les motos de route aux succès obtenus en compétition.
Après sa domination de 2025, Ducati avait annoncé 50 895 motos vendues et 925 millions d’euros de chiffre d’affaires. Ces chiffres ne démontrent évidemment pas que les titres provoquent directement les ventes, mais ils illustrent l’importance économique de l’image sportive du constructeur. Dans un groupe Volkswagen et Audi soumis à des pressions financières, préserver cette valeur symbolique compte.
Il faut toutefois éviter un raccourci : les spéculations sur une éventuelle vente de Ducati ne prouvent pas qu’une décision de cession serait engagée, ni qu’elle dépendrait du résultat du championnat. Le véritable problème sportif est ailleurs.

Pourquoi Marquez ne peut pas tout faire
Au classement des constructeurs, seuls les points du pilote le mieux classé de chaque marque sont retenus à chaque épreuve. Cela signifie qu’additionner les performances des six Ducati ne suffit pas.
Si Marquez gagne, Ducati empoche le maximum. Mais lorsqu’il connaît une course difficile, un autre pilote doit pouvoir prendre le relais. C’était précisément l’une des grandes forces de Ducati lors de ses années de domination.
Aujourd’hui, cette assurance collective s’est affaiblie. Aprilia, au contraire, peut compter sur Jorge Martin, Marco Bezzecchi et les pilotes TrackHouse pour assurer une présence régulière aux avant-postes.
C’est cette profondeur de performance, davantage que le seul nombre de victoires, qui menace Ducati.
Bagnaia, le dernier service avant Aprilia ?
Le cas Pecco Bagnaia concentre toutes les contradictions. Neuvième du championnat, à 187 points de Marquez, le double champion du monde MotoGP traverse une nouvelle saison compliquée.
Ses difficultés à retrouver de l’adhérence à l’arrière persistent malgré le passage à la GP26. Et pourtant, Ducati a besoin de lui. Pendant ce temps, Davide Tardozzi assure que les Desmosedici ne sont pas conçues exclusivement autour de Marquez.
Reste à démontrer que l’équipe peut aussi redonner à Bagnaia les moyens de jouer devant. Bien qu’annoncé chez Aprilia pour 2027, l’Italien pourrait donc contribuer à empêcher son futur employeur de décrocher le titre constructeurs dès cette saison.
Ducati doit redevenir une équipe, pas seulement une moto gagnante
Marquez peut encore offrir à Borgo Panigale un titre pilotes majeur. Mais la bataille des constructeurs exige autre chose : plusieurs pilotes capables de répondre présents lorsque le leader trébuche.
À ce jeu, Aprilia semble désormais mieux armée. Ducati possède toujours son homme providentiel. Ce qui lui manque, c’est une deuxième ligne capable de transformer les jours difficiles en points précieux. Et si Bagnaia veut quitter Borgo Panigale la tête haute, il tient peut-être là son dernier grand défi : aider Ducati à battre l’Aprilia qu’il pilotera demain.





