La révolution du MotoGP 2027 ne concernera pas seulement les moteurs de 850 cc et l’arrivée de Pirelli. Le programme des Grands Prix sera également remanié, avec deux qualifications distinctes et 35 minutes de roulage en moins. Selon le journaliste Mat Oxley, Aprilia et Tech3 auraient particulièrement poussé cette réforme pour réduire leurs dépenses. À la clé, des économies potentiellement considérables. Mais pour les pilotes et les spectateurs, la facture pourrait être d’une autre nature.
En MotoGP, chaque kilomètre coûte de l’argent. Beaucoup d’argent. Entre l’usure des moteurs, les freins, les pneumatiques, les châssis et les opérations de maintenance, le simple fait de faire rouler une moto représente une dépense considérable.
Et en 2027, alors que les constructeurs devront financer une nouvelle génération de prototypes, certaines équipes auraient trouvé une solution radicale : réduire le temps passé en piste. Selon Mat Oxley, Aprilia et Tech3 auraient joué un rôle moteur dans cette évolution.
Aprilia et Tech3 à la manœuvre ?
Dans son podcast Oxley Bom MotoGP, le journaliste britannique affirme avoir identifié les principaux promoteurs de la réduction du roulage. « On m’a dit qu’Aprilia et Tech3 étaient les véritables instigateurs. Ils veulent moins de temps sur la piste parce qu’ils veulent économiser de l’argent. »
Une affirmation qui mérite d’être attribuée à son auteur : les motivations précises des deux structures ne sont pas établies par une communication officielle. Mais le raisonnement économique est facile à comprendre.
La nouvelle réglementation imposera aux constructeurs de développer des moteurs de 850 cc, d’adapter leurs motos à une aérodynamique plus restrictive et de travailler avec les pneumatiques Pirelli.
Autant de dépenses qui s’ajouteront aux coûts habituels d’une saison. Réduire le kilométrage pourrait donc contribuer à contenir la facture.
Trente-cinq minutes en moins, des centaines de milliers d’euros économisés pour Aprilia, Tech3 et les autres
Le format envisagé pour 2027 prévoit trois séances d’essais libres, deux le vendredi et une le samedi. Les qualifications du Sprint et du Grand Prix seront distinctes, offrant deux grilles de départ différentes.
Mais malgré cette réorganisation, le temps total consacré aux essais et aux qualifications diminuerait de 35 minutes par week-end. Oxley a tenté d’en mesurer les conséquences financières.
« J’ai fait les calculs : le temps et le kilométrage économisés. Vous économiserez environ 1 000 miles, soit le prix d’un moteur, ce qui représente plusieurs centaines de milliers d’euros. » Environ 1 600 kilomètres de moins à parcourir sur une saison : ce n’est pas anodin pour une machine de compétition.
Et les économies ne se limiteraient pas au moteur. « Chaque châssis, chaque roue, tout est évalué au kilométrage. Chaque kilomètre parcouru est enregistré et consigné. » Le journaliste évoque ainsi une économie pouvant approcher le million d’euros par pilote et par saison. Il s’agit toutefois d’une estimation, et non d’un montant confirmé par les constructeurs.

Bagnaia s’inquiète : moins de roulage, mais davantage de risques ?
Cette logique comptable ne convainc pas tout le monde. Francesco Bagnaia s’est notamment inquiété de la suppression du warm-up du dimanche matin. Sans cette courte séance, les pilotes aborderaient directement le Grand Prix, avec moins de possibilités de vérifier leurs sensations et leurs réglages dans les conditions du jour.
Autre sujet sensible : les qualifications. Le nouveau système ferait participer les 22 pilotes à la première phase qualificative. Une configuration qui pourrait provoquer davantage de trafic, multiplier les dépassements entre pilotes lancés et compliquer la recherche d’un tour clair. Le risque serait particulièrement marqué sur les circuits courts.
La réforme cherche donc à réduire les coûts, mais elle pourrait introduire de nouvelles contraintes sportives.
Et les spectateurs dans tout cela ?
Pour ceux qui assistent aux trois journées d’un Grand Prix, la diminution du roulage constitue également un changement concret. Certes, les deux séances qualificatives donneraient un enjeu propre au Sprint et à la course principale.
Mais les spectateurs verraient globalement moins de minutes de MotoGP en piste. Et les débutants pourraient être particulièrement concernés. En 2027, plusieurs rookies découvriront simultanément une nouvelle catégorie, des pneus différents et des motos profondément remaniées. Moins de temps pour apprendre les circuits et ajuster les réglages pourrait compliquer leur adaptation.
Le MotoGP s’apprête à investir massivement dans une nouvelle réglementation censée améliorer la sécurité et redéfinir les performances. Mais pour absorber une partie de ces coûts, il pourrait demander aux équipes de rouler moins.
Aprilia et Tech3 auraient ainsi défendu une réforme dont les bénéfices financiers pourraient être considérables. Reste à savoir si les économies annoncées compenseront les contraintes imposées aux pilotes. En 2027, le MotoGP dépensera des fortunes pour développer des motos entièrement nouvelles… avant de chercher à économiser en les laissant davantage au garage.





