Toprak Razgatlioglu avait fait du freinage l’une de ses signatures en WorldSBK. En MotoGP, cette arme est devenue l’une de ses principales difficultés. À Motegi, le pilote Pramac a encore décrit une Yamaha qui refuse de s’arrêter comme il le souhaite avec les Michelin. Un problème qui rappelle celui rencontré par Brad Binder ces dernières saisons. Mais l’histoire pourrait réserver un drôle de retournement à Toprak : après une année passée à modifier son pilotage pour Michelin, il retrouvera en 2027 les Pirelli avec lesquels il a bâti trois titres mondiaux.
Le maître du freinage Toprak Razgatlioglu ne sait plus arrêter sa moto
En WorldSBK, le Turc avait construit une partie de sa réputation sur sa capacité à retarder incroyablement ses freinages. Sur la Yamaha M1 et les Michelin, cette qualité ne fonctionne plus de la même manière.
À Motegi, il a terminé 17e après avoir de nouveau rencontré un phénomène qu’il peine à comprendre. « Ce pneu pousse la moto trop vers l’avant au freinage. » Toprak parvient progressivement à améliorer son rythme et explique avoir pu tourner autour de 1’44 après six tours. Mais le problème demeure. « Je manque toujours de confiance en ma moto. Je roule toujours à la limite et j’ai du mal à m’arrêter. »
Quartararo freine plus tard… et s’arrête mieux
C’est en observant Fabio Quartararo que l’incompréhension de Razgatlioglu devient particulièrement intéressante. « C’est très étrange, car quand on regarde les autres pilotes, ils freinent un peu plus tard, mais ils arrêtent la moto beaucoup plus facilement. »
Et Toprak reconnaît que Quartararo maîtrise beaucoup mieux cette particularité. « Fabio est bien meilleur car il sait s’arrêter. » L’explication tient aussi à l’expérience. Quartararo connaît intimement la M1 et les réactions des Michelin.
Razgatlioglu arrive au contraire d’un championnat où il a développé pendant des années des automatismes différents. Son problème est notamment de trop solliciter l’avant. « Je bloque trop la roue avant au freinage et je perds beaucoup de terrain » dit-il sur Motorsport.com.

Le même piège que Brad Binder ?
Le parallèle avec Brad Binder devient alors troublant. Depuis l’introduction en 2024 d’un pneu arrière Michelin offrant davantage d’adhérence, le Sud-Africain a lui aussi éprouvé des difficultés à retrouver certaines caractéristiques de son pilotage. Binder aimait notamment utiliser le mouvement de l’arrière au freinage pour placer sa KTM.
Avec davantage d’adhérence disponible derrière, le comportement dynamique change : le pilote doit exploiter davantage le pneu arrière dans la phase de décélération plutôt que de charger excessivement l’avant.
Ce qui constituait auparavant une qualité peut alors devenir une difficulté. Binder quittera finalement le MotoGP fin 2026 pour rejoindre BMW en WorldSBK. Et Toprak a effectué exactement le voyage inverse.
Mais Toprak Razgatlioglu possède un avantage que Binder n’a pas eu
La différence pourrait tenir à une date : 2027. Car Razgatlioglu passe actuellement des mois à modifier un style développé avec Pirelli pour comprendre les Michelin. Or Michelin quittera le MotoGP à la fin de cette saison. Et son remplaçant sera précisément… Pirelli.
Cela ne signifie évidemment pas que les pneus MotoGP 2027 reproduiront ceux du WorldSBK. Les nouvelles 850 cc seront différentes, tout comme les contraintes auxquelles leurs pneumatiques seront soumis.
Mais Toprak retrouvera un manufacturier dont il connaît depuis des années la philosophie et les sensations générales. À l’inverse, ses adversaires devront tous découvrir cette nouvelle référence.
Une année perdue… ou une année d’apprentissage ?
Les difficultés actuelles de Razgatlioglu peuvent être interprétées de deux façons. La première est cruelle : il aura consacré sa saison de rookie à apprendre comment freiner avec un pneu qui disparaîtra aussitôt après. La seconde est beaucoup plus intéressante. Cette saison l’oblige à comprendre une MotoGP, à modifier ses automatismes et à apprendre à exploiter une moto autrement qu’il ne le faisait en Superbike.
En attendant, le Turc souffre : « Je me donne à fond, mais ce n’est pas suffisant car je n’y prends pas de plaisir. Si je pouvais rouler un peu plus à mon rythme, de façon plus détendue, je pense que j’obtiendrais un bien meilleur résultat. Mais je ne roule toujours pas détendu. C’est mon plus gros problème ».
En 2027, une partie de l’environnement technique changera dans sa direction. Toprak ne retrouvera pas ses anciens pneus. Mais il retrouvera Pirelli. Et après une année passée à entendre que son freinage doit changer, le MotoGP pourrait découvrir en 2027 que ce sont peut-être les autres pilotes qui devront apprendre une partie du langage que Razgatlioglu parle depuis des années.









