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Le pilote Yamaha est devenu cette année le premier Champion du monde de nationalité turque dans la catégorie. Mais il aurait pu en être tout autrement si celui-ci s’était obstiné, comme c’était le plan d’origine, en 600cc.

Après six mois d’intense compétition et un duel acharné face à Jonathan Rea, Toprak Razgatlioğlu aura finalement remporté le titre Superbike au bout du suspense en Indonésie le mois dernier. La conclusion d’une saison où le pilote turc aura décroché pas moins de 13 succès en 37 courses, pour un total de 29 podiums.

De fait, le pilote Yamaha est devenu ni plus ni moins que le premier pilote turc à s’imposer dans la catégorie, bien aidé par son mentor et quintuple Champion du monde Supersport (en 2007, 2010, 2012, 2015 et 2016), Kenan Sofuoğlu.

 

Poursuivre en 600cc ou passer en 1000cc : un vrai dilemme

Ce dernier a en effet pris sous son aile son jeune compatriote il y a environ dix ans, avec la ferme intention de porter celui-ci au pinacle des championnats des motos dérivées de la série. Avec le succès que l’on sait aujourd’hui, même si on peut sans doute affirmer que le triomphe actuel de Razgatlioğlu trouve sa source dans un choix de carrière qui pouvait sembler baroque il y a cinq ans.

En effet, fraîchement débarqué dans le championnat Superstock 600 en 2015 alors qu’il n’avait même pas 20 ans, Razgatlioğlu a été amené dès l’année suivante à opérer un choix décisif pour son avenir, à savoir perdurer en 600cc ou bien sauter le pas pour passer directement en 1000cc, fortement incité à privilégier la seconde option par Sofuoğlu.

Une décision à priori contre-intuitive, alors que ce dernier a obtenu ses lettres de noblesse en catégorie Supersport (et donc sur des machines de 600cc), mais c’est que Sofuoğlu avait de l’ambition pour son poulain ainsi que pour son pays, la Turquie, alors encore dépourvue de Champion en Superbike. « Nous avons investi sur plus de dix années pour parvenir à amener Toprak à ce niveau de performance », rappelle ainsi Sofuoğlu au micro du site officiel du Superbike.

 

 

« Quand il a intégré le Championnat européen Superstock 600cc en 2015, il a alors tout gagné dans la catégorie. Tout le monde a alors pensé que j’allais faire en sorte qu’il passe en Supersport. Mais non ! J’ai pensé en effet que la Turquie avait déjà remporté suffisamment de titres dans cette catégorie. Pour moi, ce dont la Turquie avait besoin, c’était clairement d’un titre en Superbike, et donc je l’ai incité à plutôt rejoindre le Superstock 1000cc en lui expliquant qu’il fallait absolument qu’il construise sa carrière pour déboucher à terme en Superbike. »

« Tout le monde s’attendait à ce que je fasse en sorte que Toprak passe en Supersport, mais non ! »

 

Avec d’emblée un succès certain, puisque Razgatlioğlu ne manqua le titre pour sa première apparition dans le Championnat européen Superstock 1000 en 2017 que pour huit malheureux points, avant de faire le grand saut dès 2018 en Superbike au sein du Kawasaki Puccetti Racing.

Le Turc allait dès lors faire des étincelles, avec l’obtention de deux premiers podiums et du titre de meilleur rookie de l’année dans la catégorie, avant d’enchaîner en 2019 sur ses premières victoires (dont un doublé mémorable à Magny-Cours) tout en remportant cette fois-ci le titre de meilleur pilote indépendant. Puis vint le passage chez Pata Yamaha et une montée en puissance constante jusqu’à son titre cette saison.

 

Une volonté de s’adapter au plus vite au pilotage d’une plus grosse cylindrée

De quoi valider l’intuition de Sofuoğlu, qui avait dû user de persuasion pour amener son protégé à choisir le chemin du 1000cc très tôt dans sa carrière. Mais il faut rappeler que cette décision est frappée au coin du bon sens quand on connaît le parcours du quintuple Champion Supersport, qui avait lui-même tenté l’aventure en Superbike en 2008 dans la foulée de son premier sacre, pour finalement déchanter dans sa nouvelle discipline et faire machine arrière.

Mais c’est que le pilotage d’une 1000cc n’est pas le même qu’en 600cc, et que Sofuoğlu avait déjà pris des habitudes dont il n’a, de son propre aveu, jamais réussi à se défaire pour s’adapter à sa nouvelle monture : « Je me souviens en effet que de mon côté j’ai passé trop d’années en 600cc, et par la suite je n’ai jamais été en mesure de changer de cylindrée, il était trop tard pour moi », confie l’intéressé. « En revanche, Toprak était à ce moment-là très jeune, encore très frais et malléable, mais aussi talentueux. »

« J’ai passé trop d’années en 600cc, et par la suite je n’a jamais été en mesure de changer de cylindrée »

 

Bien sûr, cette décision n’a dans un premier temps pas été sans faire de remous entre les deux hommes, alors que Razgatlioğlu se voyait bien poursuivre en 600cc et faire une carrière similaire à celle de son idole. « Sur le coup, il n’a pas été trop d’accord avec moi », reprend Sofuoğlu. « Il ne comprenait pas comment un quintuple Champion Supersport comme moi ne fasse pas en sorte qu’il suive le même chemin. Mais je lui ai rétorqué que je comptais bien faire en sorte qu’il soit encore plus victorieux que moi au bout du compte. »

Force est de constater que si le palmarès de Razgatlioğlu n’est pas encore au niveau de celui de son maître, il affiche néanmoins déjà un trophée que Sofuoglu ne sera donc jamais parvenu à aller chercher. Et bien entendu, le nouveau tenant du titre en Superbike remercie Sofuoğlu de l’avoir poussé à croire en ses chances, et surtout en son talent, pour aller briguer le sacre dans cette catégorie. « Aujourd’hui qu’il a remporté le titre en Superbike, il m’a expliqué qu’il était au final très fier et très heureux que je l’ai poussé à faire ce choix de carrière », explique ainsi Sofuoğlu, qui est aussi fier d’avoir permis à la Turquie d’avoir le premier Champion du monde Superbike de son histoire. « Nous avons beaucoup investi dans notre pays pour le faire parvenir à ce niveau, et aujourd’hui c’est arrivé : il a écrit l’histoire pour notre pays dans la discipline. » Un premier chapitre de rédigé qui en appelle d’ailleurs sans doute d’autres à l’avenir.

 

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