Vittoriano Guareschi n’est pas n’importe qui. Ancien pilote Supersport et Superbike, ses capacités techniques l’ont rapidement propulsé au rôle de Team manager du Team Ducati MotoGP pour remplacer Livio Suppo en 2010. Engagé ensuite par un Valentino Rossi, dont il était le coéquipier en 125 cm³, pour s’occuper du Team Moto3 de la VR46, l’expérimenté Italien à analysé le comportement des Yamaha lors du Grand Prix d’Argentine.

Ses observations partagées sur MotoSprint sont intéressantes car elles permettent également d’éclairer sous un autre angle les propos de Marc Márquez, Cal Crutchlow et Dani Pedrosa…

Vittoriano Guareschi : « Cette fois, il faut se concentrer sur les motos, parce que ce sont les motos qui ont fait la différence dans cette compétition. La Yamaha a nettement été supérieure aux autres, et il y a un motif bien précis. La M1, en particulier les officielle, doivent avoir un cadre vraiment souple, elles doivent être réglées pour rester avec les roues au sol avec le meilleur équilibre possible, donc le cadre fait ce que, à un moment donné, les suspensions ne font pas: il absorbe les aspérités. Et cette piste est très abîmée, elle est pleine de bosses. Les seules motos qui ne bougeaient pas étaient les Yamaha officielles; elles passaient sur les bosses comme si celles-ci n’existaient pas. Voilà pourquoi les M1 avaient un bel avantage.

On voyait que Marquez ne pourrait pas prendre beaucoup d’avance, parce qu’il était toujours à la limite, toujours à prendre des risques. Les Honda bougeaient beaucoup, trop, au freinage: il semble que tout le travail pour gommer les aspérités soit à la charge des suspensions, alors que sur la Yamaha, il semble que ce soit au cadre à le faire. La Honda forçait sur le pneu, parce que le cadre était trop rigide et n’absorbait pas, et dans ces conditions, le pneu a une certaine tendance à faire ressort. C’est pourquoi le grip devient faible à un certain moment. La charge qu’exerce le coup de frein va se déplacer sur l’avant, la fourche tâche d’absorber le stress autant qu’elle peut, tout comme le pilote tâche de gérer ce stress sur le pneu (c’est ce qu’il appelle, en argot, le feeling sur l’avant!): la Yamaha doit avoir une zone de sûreté qui va au-delà du feeling du pilote, voilà pourquoi elle n’était jamais nerveuse, elle ne bougeait jamais.

Sur la bosse sur laquelle Marquez est tombé, à l’entrée de la courbe 2, les deux Yamaha officielles passaient comme si elles étaient des motos d’enduro: capables d’encaisser le terrain, comme si la fourche avait 20 millimètres de course en plus, chose qui n’est évidemment pas possible, par rapport aux autres motos.

Ce cadre est particulier, c’est une moto ainsi conçue, avec une philosophie de construction précise. En effet, les M1 ne se mettent jamais en travers comme les Honda. Marquez dit qu’il ne s’est pas aperçu de ce qui s’est passé quand il est tombé, parce qu’il était trop à la limite pour essayer de gérer une moto qui est vraiment très rigide, et qui par moment rebondissait littéralement ; et il ne maîtrisait pas la limite. Dans ce cas, il suffit de prendre une bosse un centimètre plus à droite ou plus à gauche, et tu es par terre!
Je pense que sur les pistes à l’asphalte très abîmé, comme celle de Rio Hondo, les Yamaha auront un gros avantage.

Quant au problème de ne pas sentir l’avant, ressenti par Valentino Rossi lors des essais, on peut avancer que c’est parce qu’il sent la moto bouger à cause de son cadre 2017 plus souple. Mais en course, l’adrénaline fait oublier certaines choses et tu pilotes, puis tour après tour, le feeling augmente.

Et il a bien piloté, tout comme l’a fait Vinales qui, franchement, n’a pas encore pris le risque de chercher la limite. Il semble qu’il ne soit pas encore au maximum. »

Au fait, quelles sont les autres pistes bosselées ?



Tous les articles sur les Pilotes : Maverick Vinales, Valentino Rossi

Tous les articles sur les Teams : Movistar Yamaha MotoGP