EWC Moto GP
Publié le 16 octobre 2026 • 06:00 par Paddock GP

Bol d’or : Comment nourrir une équipe sur une course de 24 heures ?

Au Bol d’Or, le Tati Team a ouvert les portes de son hospitalité à PaddockGP pour y découvrir le fonctionnement d'un autre type de ravitaillement.

Tati Team, Bol d'Or
© Tati Team

Engagé en Championnat du monde d’Endurance moto (FIM EWC), le Tati Team est une structure indépendante qui engage la Honda n°4 sur les grandes épreuves du calendrier, comme le Bol d’Or. L’équipe, qui évolue face à des formations officielles aux moyens bien supérieurs, cultive un esprit à part, tentant de mettre en place l’organisation la plus professionnelle qui soit tout en conservant une ambiance familiale, car beaucoup de membres de l’équipe sont bénévoles et souhaitent avant-tout profiter de l’expérience.

C’est en accord avec ces valeurs que le Tati Team a invité PaddockGP à déjeuner dans son hospitalité afin d’y découvrir l’envers du décor d’une course de 24 heures. Au centre de cette visite, Christian, le cuisinier de l’équipe, veille sur l’alimentation des pilotes, des mécaniciens, du staff, des partenaires et des invités. Un rôle discret, mais capital dans une discipline où l’endurance ne se joue pas uniquement sur la piste : « La cuisine est un poste essentiel : c’est le moral des troupes. »

Sur une course de 24 heures, les pilotes ne sont pas les seuls à devoir tenir la distance. Derrière les relais, les arrêts au stand et les longues heures de travail autour de la moto, toute une équipe doit rester concentrée et en forme. Christian nourrit ainsi entre 60 et 140 personnes selon les jours, les arrivées des partenaires et le déroulé de l’épreuve. La difficulté ne réside pas uniquement dans le volume. Ici, la cuisine s’installe sur un parking, avec des moyens mobiles et une logistique pensée pour fonctionner malgré les contraintes du paddock. Il faut préparer les repas, maintenir la chaîne du froid, adapter les quantités, servir à l’heure – ou savoir patienter lorsque la course bouleverse le planning : « Dans mon métier, je cuisine au quotidien pour 300 personnes, donc préparer les repas pour 60 à 140 personnes reste assez facile », sourit Christian. « Le défi, c’est l’événementiel, l’imprévu et le fait de devoir constamment s’adapter. Mais j’adore ce pari-là : arriver avec une organisation, mais savoir qu’il faut être capable d’improviser. »

Bol d'Or, Tati Team
© Tati Team

Nourrir le Tati Team, une équipe d’Endurance

Les menus sont préparés en amont avec Marie, diététicienne de métier. Ils sont ajustés à l’effectif attendu, mais aussi au rôle de chacun dans l’équipe. Car, il n’existe pas un menu unique. Pour le staff, l’objectif est de proposer une cuisine simple, équilibrée et généreuse. Les partenaires et invités, qui partagent la table de l’équipe, doivent également être accueillis dans de bonnes conditions. Pour les mécaniciens, le repas doit rester facile à consommer, surtout pendant la course, lorsque les sandwichs et le snacking remplacent les longues pauses.

Les pilotes, eux, suivent une alimentation plus encadrée à l’approche de la course : glucides complexes — pâtes, riz complet, pommes de terre ou quinoa —, protéines peu grasses, légumes cuits et hydratation renforcée. À l’inverse, les plats très gras, les fritures, les sucres rapides et tout aliment nouveau sont évités afin de limiter les risques digestifs : « Pas de légumes crus pour les pilotes, assez de protéines et des pâtes. Ils ne sont pas difficiles, mais il faut être prudent. On ne peut pas se permettre de leur provoquer un problème intestinal. »

Entre deux relais, l’enjeu devient encore plus délicat : apporter de l’énergie sans alourdir l’organisme. Bananes, fruits secs en petite quantité, compotes, barres énergétiques, pain complet et aliments légers constituent les solutions privilégiées, accompagnées d’eau et de sels minéraux. Une crêpe peut aussi s’inviter au programme au cœur de la nuit, pour le réconfort autant que pour l’énergie.

© Tati Team

La course impose son rythme

En Endurance, un repas ne se sert pas toujours à l’heure prévue. Une intervention mécanique, un problème sur la moto ou un changement de stratégie peuvent retarder une équipe de trente minutes. Il faut donc cuisiner en anticipant cette réalité : « Quand une viande doit être cuite à point et que l’équipe prend du retard, je râle un peu, mais c’est compréhensible », s’amuse Christian. « On essaie surtout d’adapter les recettes : davantage de plats en sauce, capables de rester dans les bacs chauffants sans être abîmés. »

La gestion des surplus constitue un autre enjeu. Un repas prévu pour 60 personnes peut finalement n’en accueillir que 45. Hors de question de jeter les produits restants : le cuisinier transforme, recycle et imagine une autre utilisation : « Il faut remanier les produits. S’il reste de la viande, on peut en faire des rillettes, avec une mayonnaise, puis les servir sur des toasts. Ce sont des défis que j’adore. »

Cette logique de zéro gaspillage illustre aussi la réalité économique d’une équipe indépendante. Là où les structures officielles font parfois appel à des traiteurs, le Tati Team gère sa restauration avec ses propres ressources. Le camion frigorifique, la chambre froide, les groupes de secours, les grands faitouts et surtout le four constituent les outils clés de l’installation. Pour nourrir jusqu’à 140 personnes, il faut pouvoir travailler avec des casseroles de 20, 30 ou 40 litres.

Christian apprécie l’ADN du Tati Team, fondé sur la simplicité, l’efficacité et la convivialité. « Si cela avait été trop huppé, je ne serais pas revenu. Ici, c’est sympathique, mais c’est aussi efficace et professionnel. C’est ce que j’adore. » En bref, la cuisine ne remplace évidemment ni le travail des pilotes, ni le savoir-faire des mécaniciens, ni les décisions prises sur le muret des stands, mais elle permet à chacun de durer, de récupérer et de rester concentré, car une course ne se gagne pas l’estomac vide…

© Tati Team

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