À cinq Grands Prix de la fin, Jorge Martin ne possède que deux points d’avance sur Marc Marquez. Aprilia dispose de quatre motos capables de jouer devant, Ducati de six machines sur la grille. Mais cette supériorité numérique ne garantit aucune solidarité. Entre ambitions personnelles, transferts annoncés et blessures, la bataille pour le titre pourrait aussi se jouer avec des alliés inattendus. À commencer par Pedro Acosta, pourtant pilote KTM.
Deux constructeurs, deux stratégies possibles et un paradoxe. Aprilia possède plusieurs pilotes capables de battre Marc Marquez, mais doit encore déterminer comment les faire travailler ensemble. Ducati sait exactement qui doit gagner le championnat. Reste à trouver des pilotes suffisamment rapides pour l’aider. À Mandalika, ces contradictions ont éclaté au grand jour.
Aprilia : quatre motos, mais combien de soldats pour Martin ?
Le quadruplé indonésien a confirmé la supériorité des RS-GP sur ce circuit. Marco Bezzecchi, Raúl Fernandez, Jorge Martin et Ai Ogura ont monopolisé les quatre premières places.
Mais la veille, l’accrochage entre Bezzecchi et Fernandez au premier virage du Sprint avait offert une occasion à Marquez. Première urgence pour Massimo Rivola : empêcher que ses propres pilotes ne se neutralisent. La seconde serait d’organiser un soutien à Martin.
TrackHouse pourrait alors jouer un rôle déterminant. Fernandez et Ogura n’auraient pas nécessairement besoin de céder leurs positions : terminer devant Marquez suffirait déjà à protéger l’avance du leader. Paco Sanchez, agent de Fernandez, a d’ailleurs assuré que son pilote respecterait d’éventuelles consignes, si elles étaient décidées. Rien n’est cependant officialisé.
Bezzecchi : le sacrifice qui pourrait devenir nécessaire
Le cas le plus sensible reste celui de Marco Bezzecchi. Troisième du championnat, à 46 points de Martin, l’Italien demeure mathématiquement candidat au titre. Et sa victoire à Mandalika prouve qu’il possède encore la vitesse pour gagner.
Lui demander aujourd’hui de favoriser son coéquipier reviendrait donc à renoncer prématurément à une autre possibilité de sacre. Mais à mesure que les courses passeront, Aprilia pourrait être contrainte de choisir.
D’autant que Martin est annoncé sur le départ : une situation politiquement délicate, mais qui ne change rien à l’intérêt du constructeur de décrocher son premier titre MotoGP. La véritable question n’est donc pas de savoir si Bezzecchi peut aider Martin. C’est de déterminer à partir de quand Aprilia serait prête à le lui demander.

Ducati : six motos, mais une solidarité Marquez incertaine
À Borgo Panigale, la hiérarchie sportive est plus simple. Marc Marquez est le seul pilote Ducati encore véritablement engagé dans la lutte pour le championnat. Mais les renforts potentiels présentent plusieurs limites.
Francesco Bagnaia, annoncé chez Aprilia en 2027, traverse une période difficile. Fabio Di Giannantonio doit rejoindre KTM, tandis que Franco Morbidelli manque de régularité. Alex Marquez pourrait naturellement contribuer à compliquer la tâche des Aprilia, mais encore faut-il qu’il puisse rivaliser avec elles. Quant à Fermin Aldeguer, sa blessure à la main droite subie à Mandalika compromet sa disponibilité immédiate.
Davide Tardozzi rappelle par ailleurs que Ducati entend préserver la liberté sportive de ses pilotes. Une consigne n’aurait de toute façon qu’une portée limitée si celui qui la reçoit n’est pas assez rapide pour peser sur la course.
Pedro Acosta, l’allié orange de Marquez ?
C’est ici que surgit l’hypothèse la plus inattendue. Pedro Acosta, actuellement chez KTM et annoncé comme futur coéquipier de Marquez, pourrait indirectement influencer le championnat. S’il termine devant Martin et Bezzecchi, il leur retire des points.
Mais s’il devance également Marquez, il pénalise aussi son futur partenaire. Et Ducati ne peut évidemment donner aucune instruction à un pilote sous contrat KTM. Une éventuelle aide d’Acosta ne serait donc pas une stratégie d’équipe, mais une simple convergence d’intérêts sportifs.
Le même raisonnement vaut pour le championnat des constructeurs, où Aprilia possède douze points d’avance : les résultats d’Acosta profiteraient à KTM, pas à Ducati. Aprilia doit apprendre à coordonner ses forces sans étouffer ses pilotes. Ducati doit trouver des renforts sans pouvoir réellement les commander.
Et dans cette bataille MotoGP où deux points séparent Martin de Marquez, le meilleur allié du pilote Ducati pourrait bien porter une combinaison orange.









