À quelques semaines des premiers grands rendez-vous de la saison 2026, Ducati avance sur une ligne de crête. Entre la gestion d’un duo de champions, l’ombre déjà envahissante de la révolution réglementaire de 2027 et un marché des pilotes devenu instable comme jamais, Davide Tardozzi ne cherche plus à masquer la complexité de la situation. Sur le circuit Aspar, le directeur de l’équipe Ducati MotoGP a livré un état des lieux sans fard.
Le message est clair : Marc Marquez est au centre de toutes les attentions, tandis que Pecco Bagnaia tente de se reconstruire mentalement après une saison 2025 éprouvante.
Davide Tardozzi insiste d’abord sur l’état d’esprit retrouvé de Pecco Bagnaia, après une saison où le double champion du monde a semblé se dissoudre face à la domination de son coéquipier.
« On est de bonne humeur car Pecco et Marc semblent tous les deux en forme. Quant à Pecco, je pense qu’il a passé un bon hiver et qu’il a donc réfléchi à ce qui s’est passé en 2025. Je pense qu’on retrouve le Pecco de 2024. »
Un propos lourd de sens : Ducati reconnaît implicitement que le problème de Bagnaia était d’abord mental, plus que technique. L’hiver 2025-2026 a servi de sas de décompression, presque de remise à zéro psychologique.
Concernant Marc Marquez, le ton est plus mesuré. Le champion du monde en titre revient d’une blessure sérieuse et Ducati avance avec prudence.
« Je pense que Marc s’est bien remis de son accident, mais il n’est pas encore à 100 %. J’espère qu’il le sera pour la première course. »
Derrière cette retenue se cache une réalité évidente : même diminué, Marquez reste la référence absolue du paddock, et Ducati le sait mieux que quiconque.
Ducati ne se contente pas de son duo officiel. En 2026, Alex Marquez bénéficiera à nouveau d’un soutien factory complet chez Gresini.
« Oui, Alex bénéficiera également du soutien technique complet de Ducati au sein du Team Gresini. Je pense qu’il sera à nouveau un joueur clé après avoir terminé vice-champion du monde en 2025. »
Un signal fort : Ducati continue de verrouiller l’élite du plateau, quitte à brouiller encore davantage la hiérarchie interne.

2027 : « nous sommes en pleine discussion. Rien n’est encore décidé » affirme Davide Tardozzi
Pour Tardozzi, la refonte réglementaire de 2027 change tout. Moteurs, pneus, électronique : aucune certitude ne survivra. « Je pense que c’est une véritable révolution. Le marché des pilotes n’a jamais été aussi ouvert. Le premier peut devenir dernier et inversement ; ce sera donc un véritable pari. »
Les contrats ne valent plus grand-chose face à l’inconnu technique. Les pilotes cherchent la bonne moto plus que la bonne équipe, et les équipes cherchent à garder leurs stars avant que tout ne bascule.
Tardozzi ne tourne plus autour du pot. Oui, Ducati discute avec Marc Marquez pour l’après-2026. « Il est clair que Marc est le pilote le plus convoité. Nous entretenons d’excellentes relations avec Marc, ce qui facilite les négociations ; nous sommes en pleine discussion. Rien n’est encore décidé. »
Une déclaration lourde de conséquences. Ducati ne garantit rien à personne, pas même à Bagnaia, tant que la pièce maîtresse du marché MotoGP, Marc Marquez, n’a pas tranché.
Concernant Pedro Acosta, Tardozzi appelle à la prudence face aux rumeurs. « Aujourd’hui plus que jamais, tout le monde se parle. Pedro a discuté avec VR46, mais je pense que c’est surtout avec KTM en ligne de mire. »
Le MotoGP est entré dans une phase de négociations permanentes, alimentée par l’incertitude de 2027.
Sur le plan technique, Ducati temporise avant la révolution. « Nous amènerons à Sepang la moto de référence des essais de Valence, ainsi que quelques améliorations pour la nouvelle moto. » Pas de folie immédiate : la vraie rupture est prévue pour 2027, pas avant.
Enfin, Tardozzi évoque l’arrivée de Liberty Media comme un levier plus marketing que sportif. « Liberty Media a tout à gagner à nous faire connaître davantage en dehors du monde de la moto. Nous attendons donc beaucoup d’eux en matière de promotion internationale. » Le MotoGP a besoin de changer d’échelle, pas seulement de règlements.
Entre un Bagnaia en reconstruction, un Marquez en position de force contractuelle, une révolution technique imminente et un marché des pilotes devenu anarchique, Ducati avance sans certitude.
Une chose est sûre : 2026 n’est déjà plus une fin en soi. Tout se joue désormais pour 2027. Et Ducati le sait mieux que quiconque.
































