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À Carthagène, Corentin Perolari revient avec PaddockGP sur une année contrastée et évoque ses ambitions pour 2026.

Nous poursuivons notre série d’interviews réalisée à Carthagène, dans le cadre du roulage organisé par Johann Zarco, avec Corentin Perolari. Pilote de la Honda n°5 en Endurance (FIM EWC) et engagé en Supersport avec Honda France, le Français sort d’une saison 2025 marquée par la malchance récurrente. À Carthagène, il revient avec PaddockGP sur une année contrastée et évoque ses ambitions pour 2026.

Bonjour Corentin, commençons par l’Endurance ! Comment tu résumes ta saison 2025 ?

Sur l’ensemble de la saison, on a quasiment toujours été les plus rapides. À chaque course ou presque, le rythme était là, mais on a eu beaucoup de malchance. Le troisième pilote (Taiga Hada. Ndlr) était un peu en dessous de moi et d’Alan. Ça nous a mis dedans sur toute l’année. Au Mans, par exemple, il tombe dans des conditions délicates qu’il n’avait jamais connues, alors que, toute la nuit, on signe les meilleurs tours et on montre qu’on a la vitesse pour jouer devant. Au final, en enlevant un peu cette malchance et en réglant les petits soucis techniques, je pense qu’à la régulière, il y a largement moyen de jouer le top 3.

Le problème mécanique à Suzuka, ça reste comme un gros crève-cœur ?

Oui, clairement. À Suzuka, l’idée, c’était surtout d’assurer pour marquer des points, parce qu’on était plusieurs équipes – six motos – à pouvoir jouer le titre jusqu’au bout. On n’avait pas besoin d’attaquer comme des fous, juste de dérouler notre course. Sur la semaine, je n’ai fait que 13 tours, donc ce n’est pas vraiment rouler. Mais c’est aussi ça, l’endurance. C’est frustrant, mais c’est le jeu de l’endurance.

Il y a quand même eu de gros temps forts dans votre saison…

Oui, [la victoire] à Spa ! Quand on est monté sur la moto dès les premiers tours du week-end, on a tout de suite vu qu’on était rapides, et on s’est dit : « C’est notre week-end. » Même dans des conditions vraiment merdiques, avec une météo changeante, on a su faire les bons choix. Au départ d’une course sous la pluie, on ne savait pas trop quels pneus mettre, pluie ou slicks. J’ai finalement décidé de partir en slicks alors que certains choisissaient les intermédiaires, et ça a été le bon pari. Quand tu te sens un peu au-dessus, c’est justement là qu’il faut savoir se calmer pour éviter de finir au tas.

Le Bol d’Or a aussi été un gros morceau…

Au Bol d’Or, pendant 12 heures, on a été en permanence dans le trio de tête, entre la SERT et nous, à osciller entre la 1re, la 2e et la 3e place selon les arrêts au stand. Là aussi, c’est un problème technique qui nous coûte cher (Un abandon. Ndlr). On voit bien que le championnat est hyper serré, tout le monde connaît des coups de malchance et des phases très positives. La Kawasaki n°11, par exemple, n’était pas la plus rapide, mais en étant juste régulière, elle se retrouve devant. Le YART chute sur plusieurs courses mais reste en haut du classement. En endurance, il faut de la régularité… et un peu de chance.

Justement, ce championnat repris et relancé par les promoteurs de chaque épreuve, ça te donne encore plus envie de continuer en Endurance ?

Oui, clairement, parce que l’endurance, en réalité, ce sont des courses de vitesse enchaînées. C’est un championnat avec de la rivalité, de très bonnes motos et une ambiance unique. Le public, l’atmosphère de nuit, les relais qui s’enchaînent… c’est vraiment quelque chose de spécial.

Et puis à Suzuka, on croise aussi des pilotes de MotoGP…

À Suzuka, c’est un peu la course mythique où il y a des teams factory, les pilotes MotoGP viennent régulièrement. On l’a vu avec Jack Miller, et évidemment Johann Zarco qui est déjà venu deux fois. Ça fait toujours plaisir de rouler avec eux. Mais au final, on est tous humains, on a tous le cul sur une moto, on prend tous le même plaisir à rouler.

Leur capacité d’adaptation t’impressionne ? Prenons l’exemple de Johann Zarco.

Pour eux, venant du MotoGP, une moto d’endurance est moins puissante, donc presque plus simple à gérer, c’est plus un vélo (Rires). Suzuka reste très particulier, mais tout pilote qui a un certain niveau s’adapte vite. Eux, c’est encore plus prononcé, ce sont des pilotes de pointe, des pilotes de Grand Prix. La seule vraie différence, c’est la durée. Cela dit, quand on regarde un week-end de MotoGP, les séances sont longues, ils ont vraiment la condition.

Tu as fait 22 relais cette année, si tu devais choisir le meilleur de ta saison, ce serait lequel ?

C’est énorme ! J’en ai deux qui me viennent tout de suite en tête. Le premier, c’est à Spa, sur le mouillé, derrière le YART. La Yamaha remontait très fort sur moi, [Jason O’Halloran] roulait à une vitesse ! J’en gardais un peu sous le coude mais pas tant que ça. À un moment j’étais à fond, et j’ai décidé de le laisser passer. J’ai pu le suivre, et lui mettre la pression. Finalement, j’ai réussi à rester dans sa roue, et il a craqué sous la pression, il s’est envolé devant moi !

Et le second…

Le deuxième, c’est un truc rigolo. C’était au Bol d’Or. Je voyais sur mon panneau que je reprenais une vingtaine de secondes à Gregg Black, et juste avant de rentrer au stand, à deux virages de la fin de mon relais, je le double. J’aurais pu rester derrière, mais je l’ai passé juste pour lui montrer que j’étais là. C’était fun.

Et ton relais le plus dur ?

Le plus difficile, c’était au Mans, pendant la nuit avec le froid aux doigts et des conditions vraiment délicates. Tu as juste envie que ça se termine.

Tu disais que le troisième pilote était un peu en dedans. Ça complique aussi la communication ?

Oui, surtout qu’il ne parle pas très bien anglais, donc la communication était plus délicate. On arrive à se comprendre, mais ce n’est pas toujours simple de tout partager en détail, que ce soit sur les sensations ou les réglages. C’est dommage, parce qu’il avait un bon potentiel, notamment à Suzuka, sur un circuit qu’il connaît bien avec le championnat japonais.

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