Rencontre avec Etienne Masson lors du roulage organisé par Johann Zarco à Carthagène, qui revient sur son expérience en EWC et ce titre 2025 manqué pour un point.
Nous terminons notre série d’interviews réalisée à Carthagène, dans le cadre du roulage organisé par Johann Zarco, par Etienne Masson. Figure bien connue de l’Endurance, le Français est quatre fois Champion du monde et compte une victoire aux 24 Heures du Mans ainsi qu’au Bol d’Or.
Revenu dans l’équipe Yoshimura SERT depuis 2023 après y avoir roulé de 2015 à 2020, il aborde cette nouvelle saison avec l’objectif d’ajouter un cinquième titre à son palmarès avec le team.

Bonjour Etienne. Tu as connu une saison 2025 pleine de rebondissements, avec le titre qui a finalement échappé au Yoshimura SERT pour un seul point. Peux-tu revenir sur les courses et nous raconter comment tu as vécu cette année ?
La saison 2025 a très mal commencé avec les 24 Heures du Mans, où on est passés complètement à côté. On n’a pas réussi à passer à travers les pièges de la piste, qui étaient un peu délicates et on a chuté six fois pendant la course. On s’est accrochés et on a quand même fini en sixième position.
Ensuite à Spa, les conditions ont été à nouveau un peu mitigées. On n’était pas du tout à l’aise dans ces conditions-là. On a opté pour des réglages un peu particuliers et on savait que, s’il pleuvait, ça n’allait pas vraiment tourner en notre faveur et c’est un peu ce qu’il s’est passé. On a terminé quatrièmes et on n’était clairement pas à notre place.
Puis j’ai fait Suzuka avec la CN Challenge, la moto d’usine de chez Suzuki. Tout se passait vraiment très bien, on a bien démarré en qualifications. Pendant la course, on était quatrièmes jusqu’à ce que mon coéquipier tombe. On n’a pas été récompensés par le résultat, mais par contre on a fait une super semaine. Suzuki était très content de ce qu’on a fait, c’était de bon augure.
Au Bol d’Or par contre, on savait qu’on avait des chances au championnat, donc il fallait qu’on fasse un sans-fautes. C’est ce qu’on a fait, on a pris tous les points qu’on pouvait. En qualifications, on a fait la pole, on a pris tous les points intermédiaires et la victoire. On ne pouvait pas faire plus.
Maintenant, il nous a manqué un petit point pour avoir le titre. C’est dommage parce que, forcément, on n’est pas récompensés des efforts qu’on a faits. Mais vu le début de saison qu’on a eu, je crois qu’on peut être assez satisfaits de ce qu’on a réalisé. Je pense que cette année, ça va être encore autre chose parce qu’on a beaucoup appris l’année dernière. Maintenant, à nous de nous servir des leçons apprises pour ne pas recommencer cette année.

En 2026, l’objectif est donc le titre ?
Bien sûr, avec la Yoshimura, c’est quand même difficile de penser à autre chose. On y va pour ça. Maintenant, il faut se servir de l’expérience qu’on a pris toutes ces années et ne pas recommencer les erreurs qu’on a faites l’année dernière.
Le line-up restera-t-il le même ?
Tout reste pareil. Gregg Black et Dan Linfoot continuent avec moi, tout comme Cocoro Atsum, notre pilote de développement japonais, qui sera le quatrième pilote. Ça va justement être l’un de nos points forts parce qu’on se connaît parfaitement. Je pense qu’on se complète aussi plutôt bien. Maintenant on connaît parfaitement la moto. Il y aura peut-être une ou deux modifications par rapport à l’année dernière, mais je pense que d’avoir très peu de changements comparé aux autres va être notre gros point fort.
Tu as désormais 37 ans. Comment projettes-tu l’avenir, quels sont tes objectifs ?
Forcément, j’essaie de préparer un peu l’avenir avec des activités à côté de ma carrière de pilote. Mais par contre, je suis complètement comblé de ma situation en tant que pilote. Je pense qu’au niveau performance, ça marche toujours. Au Bol d’Or j’ai fait le record du tour et en course, ça fonctionnait plutôt bien, tout comme sur les autres courses.
Maintenant, il faut être aussi objectif et rester concentré, continuer à bien se préparer parce qu’avec l’expérience qu’on a, on sait aussi ce qu’on doit faire, ce qui fonctionne et ce qui fonctionne peut-être un peu moins. Donc, il ne faut pas perdre d’énergie à faire des choses qui sont très énergivores.
J’essaie de prolonger le plus possible ma carrière. Là, il me reste un an de contrat avec Yoshimura en 2026. On n’a pas commencé à parler de 2027 et 2028, mais j’ai envie de continuer. Après, à voir ce que voudra faire l’équipe. Je ne suis pas tellement inquiet parce que les performances sont là, l’alchimie aussi. Que ce soit avec les pilotes ou avec l’équipe, tout est parfait donc on verra. Pour l’instant, ce n’est pas à l’ordre du jour.
Il y a aussi le projet de la CN Challenge, qui veut peut-être s’investir un peu plus en endurance aussi, alors on verra ce qui va se passer. Mais en tout cas, je n’ai pas prévu d’arrêter tout de suite.

Quand tu te reprojettes en arrière, il y a-t-il des choses que tu ferais différemment, que tu aimerais dire au jeune Etienne de l’époque si tu le pouvais ?
C’est marrant parce qu’on en a parlé tout à l’heure avec Nico, notre chef mécano, et aussi avec Johann [Zarco]. On parlait des préparateurs mentaux. Quand je suis arrivé au SERT en 2015, donc il y a dix ans, je pense que j’étais peut-être un peu jeune au niveau de l’âge, mais je n’étais surtout pas prêt à assumer la pression qu’on me mettait, surtout dans une équipe où tout le monde bossait ensemble depuis 30 ans. Je pense que ça aurait été bien que je sois accompagné pour monter sur la moto avec un peu plus de sérénité. Mais je ne regrette pas parce qu’à l’époque, ce n’était pas très commun de travailler avec des préparateurs mentaux.
C’est certain que c’est un accompagnement récent.
Oui, exactement. Et encore plus dans la moto. C’est peut-être le seul truc que je modifierais. Peut-être aussi un petit peu plus de préparation physique, que ce soit plus axé sur ce qu’on fait nous, parce qu’à l’époque, on faisait un peu tout et n’importe quoi qui puisse nous faire faire un peu de sport. Maintenant, je sais ce qui fonctionne pour que je sois prêt pendant 24 heures. Voilà, c’est peut-être la seule chose que je modifierais. Mais pour tout le reste, je ne regrette rien du tout.
























