La FIA a inauguré à Biggin Hill, au Royaume-Uni, son nouveau centre d’opérations à distance. Baptisé Remote Operations Centre par la fédération, il est présenté par le journaliste Jon Noble comme la troisième génération de la salle d’appui à la direction de course — d’où le surnom « Race Control 3.0 ». L’objectif est ambitieux : donner aux officiels davantage d’yeux, de données et de temps pour analyser les incidents. À condition de ne pas confondre renfort technologique et arbitre automatique : la machine signalera, les commissaires décideront.

La FIA mise sur l’IA, les commissaires gardent la main
Installé dans les locaux de la Formule 1 à Biggin Hill, le centre est opérationnel depuis le Grand Prix des Pays-Bas 2026. Il apporte un soutien en temps réel à la direction de course et aux commissaires pour les Grands Prix de F1, mais aussi les épreuves de F2 et de F3. La FIA a investi plusieurs millions de livres dans ses équipements et son personnel. La salle peut accueillir jusqu’à 16 personnes ; Jon Noble évoque environ 14 analystes mobilisés pendant les week-ends de course. Un beau renfort pour des officiels qui, jusque-là, devaient traiter une partie de ces tâches depuis le circuit.
140 flux pour suivre la piste
Le ROC reçoit plus de 140 flux audio et vidéo, auxquels s’ajoutent les données de position des voitures, la télémétrie et les communications radio des équipes. Les analystes peuvent ainsi examiner les départs anticipés, les voitures mal positionnées sur la grille, les limites de piste ou les infractions dans la voie des stands. Ils peuvent aussi aider à évaluer un incident et à déterminer si une voiture de sécurité ou un drapeau rouge doit être envisagé. Pendant ce temps, les responsables présents sur le circuit gardent la main sur la conduite immédiate de l’épreuve.
La promesse la plus spectaculaire concerne les limites de piste : l’intelligence artificielle devrait préfiltrer environ 90 % des cas. Mais le chiffre peut prêter à confusion. Il ne signifie pas que l’IA repérera et sanctionnera automatiquement neuf infractions sur dix. Elle doit surtout écarter les situations évidentes qui ne nécessitent pas d’examen approfondi, afin que les humains puissent se concentrer sur les cas litigieux. Selon Jon Noble, environ 10 % des situations, les plus marginales, resteront à analyser de près. C’est moins « l’IA rend son verdict » que « l’IA trie la pile de dossiers ».
Le dispositif combine plusieurs outils : reconnaissance de formes assistée par IA, vision par ordinateur et analyse de la trajectoire des voitures. Des systèmes automatisés peuvent également classer les messages radio pour faire remonter plus vite les informations utiles. Ces outils ne sont pas apparus par magie à Biggin Hill. La FIA travaillait déjà à automatiser une partie de la détection des limites de piste après les embouteillages de signalements observés, notamment, au Grand Prix d’Autriche 2023. À l’époque, des centaines de passages suspects avaient dû être examinés ; l’enjeu était de débarrasser les analystes des faux positifs et de préserver le contrôle humain sur les décisions difficiles
Abu Dhabi, la leçon toujours affichée
Difficile de séparer cette évolution de la controverse d’Abu Dhabi 2021. La FIA avait reconnu que des erreurs humaines dans le traitement des voitures retardataires avaient contribué au dénouement contesté du championnat. Le rapport concluait aussi que le directeur de course avait agi de bonne foi, sous une forte pression et avec peu de temps pour décider. Ce n’était pas une catastrophe au sens d’un accident grave, mais un fiasco de gestion sportive qui a durablement abîmé la confiance dans l’arbitrage de la F1. La fédération avait alors engagé une réforme de ses procédures et développé son premier centre d’opérations à distance.
Le nouveau centre vise à réduire la pression qui pèse sur une poignée d’officiels lorsque tout se joue en quelques secondes. Il permet aussi de mieux documenter les décisions : après la suppression d’un temps au tour, les éléments justificatifs peuvent être envoyés rapidement aux équipes. Et son rôle ne s’arrête pas aux pénalités. Un poste dédié peut réunir les images embarquées et les données d’une voiture accidentée pour aider la direction de course à comprendre plus vite sa position et l’état de la situation.
La FIA ne prétend toutefois pas que la technologie supprimera les erreurs ou les controverses. Son président, Mohammed Ben Sulayem, résume la limite du projet : « Réduire l’erreur humaine est très important », mais « éliminer le facteur humain est impossible ». Les commissaires gardent donc le dernier mot, en particulier lorsqu’une règle exige d’interpréter une situation plutôt que de lire une donnée.
Race Control 3.0 ne réécrira pas le règlement et ne fera pas disparaître les décisions discutables, notamment le final controversé du Grand Prix d’Abu Dhabi 2021. Alors qu’Hamilton menait, la voiture de sécurité est rentrée pour le dernier tour et Verstappen, en pneus frais, l’a dépassé pour décrocher le titre. La FIA a ensuite reconnu une erreur humaine dans l’application de la procédure, tout en estimant que le directeur de course avait agi de bonne foi. Le centre de contrôle à distance doit justement mieux épauler les officiels lorsque chaque décision se joue sous pression.
🚨 The FIA has officially unveiled Race Control 3.0, its upgraded remote operations system designed to reduce human error in F1.
Based at Biggin Hill, the new centre features:
• Around 14 analysts on race weekends
• More than 140 live audio and video feeds
• AI filtering… pic.twitter.com/AgUfZX3Xxm— Everything Formula (@evrythngformu1a) October 23, 2026




