F1
Publié le 24 octobre 2026 • 00:45 par Oléna Champlain

F1 – Ocon sort du silence : Camara a sa chance, lui n’a pas mérité la porte

Ocon soutient la promotion de Camara chez Haas, mais conteste son éviction et dit n’avoir reçu qu’un seul soutien privé dans le paddock.

Esteban Ocon

À Austin, Esteban Ocon n’a pas tourné autour du baquet. Interrogé sur son avenir, le pilote français a défendu sa place en Formule 1 avec une formule sans détour : « Je mérite d’être ici. » Haas a déjà choisi Rafael Camara pour 2027, mais Ocon refuse que cette décision soit lue comme un simple verdict sur son niveau. Le Brésilien mérite sa chance, reconnaît-il. Lui, en revanche, estime ne pas mériter d’être écarté. Dans le paddock, la diplomatie a parfois la durée de vie d’un train de pneus tendres.

Ocon raconte aussi le silence du paddock

La situation est connue depuis plusieurs semaines : Ocon quittera Haas à la fin de la saison, et l’écurie a annoncé la promotion de Camara pour l’année prochaine. Le Français savait donc qu’il ne piloterait plus pour l’équipe américaine en 2027. Mais la confirmation du Brésilien remet son départ au centre de la conversation, au moment où Ocon cherche encore une solution pour rester sur la grille. Il ne cherche pas à rabaisser son successeur :

« Rafa mérite sa chance en F1 », dit-il. Puis il ajoute aussitôt : « Mais je ne mérite pas d’en sortir. » Le message est clair, et la nuance aussi : il respecte le choix sportif de Haas sans accepter que sa propre carrière soit rangée au rayon des décisions évidentes.

Le plus contestable, dans sa déclaration, est sa certitude que les raisons de son absence en 2027 ne seraient « pas liées à [ses] performances ». C’est une affirmation d’Ocon, pas une explication détaillée de Haas. Il dit avoir gagné dans toutes les catégories où il a couru et juge que, d’un point de vue sportif, il a encore sa place en F1. Son palmarès lui donne des arguments : il a notamment remporté le Grand Prix de Hongrie 2021 avec Alpine. Mais une carrière passée ne règle pas, à elle seule, la question de la forme présente.

Et les chiffres de 2026 ne sont pas exactement un plaidoyer prêt à encadrer. Après le Grand Prix de Singapour, Ocon pointe à la 16e place avec sept points, contre 23 pour son équipier Oliver Bearman, 13e. Son meilleur résultat reste une huitième place à Bakou. Ces statistiques ne racontent pas toute une saison et ne suffisent pas à établir les raisons de la décision de Haas. Elles compliquent toutefois la défense d’Ocon : demander à être jugé sur la performance tout en expliquant que la performance n’a pas motivé son départ, c’est placer le débat sur une ligne assez étroite.

Ocon avait aussi une autre révélation à faire à Austin : côté soutien, le paddock ne s’est pas exactement transformé en groupe de discussion. « Lance est venu me parler », raconte-t-il, avant de préciser qu’il n’a reçu de message de personne d’autre. La précision vise notamment Pierre Gasly, qui avait pris sa défense publiquement en Malaisie, en rappelant que son départ ne dépendait pas uniquement de lui. Ocon reconnaît ce soutien dans la presse, mais souligne que son ancien équipier ne lui a pas écrit en privé. La solidarité existe donc — à condition de ne pas confondre micro ouvert et téléphone allumé.

Il ne réclame pourtant pas de consolation.

« Ce n’est pas grave », explique-t-il, avant d’ajouter qu’il ne demande le soutien d’aucun pilote.

Son propos ressemble moins à un appel au secours qu’à un constat désabusé sur les relations entre concurrents : chacun défend sa place, et les marques d’amitié ne font pas forcément partie du protocole. Ocon résume la brutalité du milieu par une autre formule : après trois mauvaises courses, vous êtes « le pire » ; après trois bonnes, vous devenez « le meilleur ». Une caricature, peut-être, mais qui décrit assez bien la vitesse à laquelle la F1 distribue les étiquettes.

La comparaison avec Camara rend ce passage de témoin encore plus délicat. Le Brésilien arrive après avoir remporté la Formule 3 en 2025 et alors qu’il mène le championnat de Formule 2. Haas mise sur un pilote jeune, soutenu par Ferrari, et sur son potentiel à long terme. Ocon, lui, possède l’expérience de plus de 200 Grands Prix et une victoire en F1. Ce ne sont pas les mêmes paris : l’un est un investissement sur l’avenir, l’autre une valeur connue dont l’équipe a décidé de se séparer. La décision peut se défendre sans que le départ d’Ocon devienne, pour autant, la preuve qu’il n’a plus sa place.

Ocon assure qu’il ne considère pas 2026 comme sa dernière saison. Il veut rester en Formule 1 et avait déjà indiqué qu’il accepterait un rôle de troisième pilote si aucune place de titulaire ne se libérait en 2027. La porte de Haas se referme ; celle du paddock, dit-il, ne doit pas suivre. Reste à savoir quelle équipe lui offrira un volant ou un rôle de réserve. En attendant, Camara a sa chance, Bearman reste au cœur des plans de Haas et Ocon doit transformer sa conviction en proposition concrète. À Austin, il a défendu son mérite. Le marché des pilotes, lui, ne distribue aucun baquet sur déclaration.

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