Plus de cinq ans après le drame de Spa-Francorchamps, Pierre Gasly met des mots sur une blessure qui ne cicatrise jamais vraiment. Loin des chronos et des podiums, le pilote français évoque la mort de son ami Anthoine Hubert avec pudeur, humanité et une sincérité désarmante.

Pierre Gasly, vivre avec l’absence : le poids éternel du souvenir d’Anthoine Hubert
Dans un univers où tout va vite, où la performance écrase souvent l’émotion, Pierre Gasly rappelle une vérité simple : certaines douleurs ne se mesurent pas en dixièmes. Le décès d’Anthoine Hubert, en août 2019 lors de la course de Formule 2 à Spa, reste une fracture intime, profonde, que le temps n’a pas effacée.
« La douleur ne disparaît pas vraiment », confie Gasly aujourd’hui. Elle s’installe, se transforme, accompagne. Et oblige à revoir ses priorités.
Avant la Formule 1, avant la pression médiatique, Gasly et Hubert partageaient tout. La même école, les mêmes paddocks de karting, les mêmes ambitions dévorantes. Une amitié forgée dans l’effort et l’émulation.
« Si je faisais 13 pompes, il en faisait 14. Alors j’y retournais pour en faire 15 », se souvient Gasly avec un sourire teinté de nostalgie.
Deux trajectoires parallèles, deux talents évidents. Pour Gasly, l’avenir d’Hubert en F1 semblait écrit. Jusqu’à ce que le destin en décide autrement.
Le 31 août 2019, tout s’effondre. Gasly découvre l’accident à distance, sans en mesurer immédiatement la gravité. Puis les regards, les larmes, le silence. Et la certitude brutale.
« En voyant mes parents en pleurs, j’ai compris tout de suite », raconte-t-il.
Le choc est immense, amplifié par l’injustice d’une carrière brisée avant d’avoir vraiment commencé.
La cruauté de la Formule 1, c’est aussi son indifférence. Quelques heures après le drame, le cirque médiatique reprend ses droits. Les questions portent sur la rétrogradation de Gasly chez Red Bull. Lui, n’y voit plus aucun sens.
« Il y a plus important dans la vie que ça », lâche-t-il, encore sous le choc.
Le deuil, il doit l’affronter en courant, sans pause, sans mode d’emploi. « On ne nous apprend jamais à gérer ce genre de situation », admet-il. Il lui faudra des années pour accepter l’irréversible.
Parmi les souvenirs, un moment revient sans cesse. Une soirée à Budapest. Un au revoir trop rapide. Un dernier signe de la main.
« J’aurais aimé rester un peu plus longtemps, le serrer dans mes bras », confie Gasly.
Un regret universel, humain, qui l’a changé à jamais. « Cela m’a appris à ne jamais rien tenir pour acquis. »
Aujourd’hui, Pierre Gasly honore la mémoire de son ami par des gestes discrets mais forts. Chaque année, il organise une course hommage à Spa, sur ce circuit chargé de sens. Non pour raviver la tragédie, mais pour célébrer l’homme, le pilote, l’ami.
Anthoine Hubert n’est pas qu’un nom dans une statistique. Il reste une présence, une influence silencieuse, qui continue de guider Gasly, sur la piste comme dans la vie.
Parce qu’au-delà de la Formule 1, certaines histoires parlent avant tout d’humanité.

































