La guerre des moteurs est déjà lancée avant même le premier test hivernal. Accusés, avec Mercedes, de contourner l’esprit du règlement 2026, Red Bull a sèchement rejeté les plaintes portées par Audi auprès de la FIA. Une polémique explosive qui rappelle les pires batailles politiques de la F1 moderne.

Red Bull : Compression moteur : le soupçon qui met le feu au paddock
La FIA a convoqué en urgence l’ensemble des motoristes pour une réunion ce jeudi 22 janvier. En cause : des plaintes formelles visant Red Bull et Mercedes, soupçonnés d’utiliser des composants capables de se dilater à haute température afin d’augmenter le taux de compression réel de leurs moteurs en conditions de course.
Le règlement 2026 fixe pourtant une limite claire : un taux de compression maximal de 16,1. Problème soulevé par Audi : ce contrôle est effectué à l’arrêt, à température ambiante. Rien ne garantit donc que ce plafond soit respecté lorsque le moteur fonctionne à des températures extrêmes en piste.
Présent au forum Autosport à Londres, James Key
n’a pas mâché ses mots. Le directeur technique
d’Audi refuse tout compromis qui permettrait à ses
rivaux de conserver un avantage acquis via une zone grise
réglementaire.
« Si cela va à l’encontre de l’esprit du règlement, il faut y
mettre un terme immédiatement », a-t-il insisté.
Key fait clairement référence au traumatisme de 2009, lorsque le double diffuseur de Brawn, Toyota et Williams avait été jugé légal malgré la polémique. Une décision vécue comme politique à l’époque… et dont Red Bull avait finalement profité après avoir adapté le concept.
Du côté de Milton Keynes, la réponse est cinglante. Ben
Hodgkinson, directeur technique de Red Bull
Powertrains, balaie purement et simplement les
accusations.
« Certains motoristes sont nerveux et cherchent des
explications ailleurs. Pour moi, ce ne sont que des bruits de
fond », a-t-il déclaré.
Hodgkinson assume une exploitation maximale du
règlement, tout en affirmant rester strictement dans la légalité
:
« Je sais exactement ce que nous faisons, et je suis convaincu
que c’est légal. J’imagine que tout le monde a cherché à aller
jusqu’à la limite. »
Comme en 2009, la FIA pourrait choisir la voie la plus confortable : ne rien trancher. Face aux plaintes d’Audi et de Honda, l’instance dirigeante semble se diriger vers une simple réaffirmation de sa procédure actuelle de contrôle du taux de compression, effectuée à l’arrêt et à température ambiante. Autrement dit, fermer les yeux sur ce qui se passe réellement lorsque les moteurs fonctionnent à pleine charge en conditions de course.
Une décision qui poserait une nouvelle fois la même question : la FIA régule-t-elle l’esprit du règlement… ou seulement ce qu’elle est capable de mesurer ?
Car intervenir maintenant serait explosif. Modifier un groupe motopropulseur n’est pas comparable à retoucher un aileron.
Ben Hodgkinson l’admet ; « 12 semaines pour concevoir et livrer un nouveau composant, 12 autres pour les essais au banc, puis jusqu’à trois mois supplémentaires pour équiper l’ensemble des moteurs clients. Pour Ferrari, qui fournit Cadillac et Haas, le chantier serait titanesque. À l’inverse, Audi et Honda, avec seulement deux voitures chacune, seraient mécaniquement avantagées. »
En coulisses, le malaise est encore plus profond. Red Bull aurait identifié l’astuce de Mercedes liée à l’augmentation du taux de compression à chaud après avoir recruté un ingénieur de Brixworth en 2025. Mais trop tard : Milton Keynes accuserait désormais un retard de deux à trois mois sur son rival. Un détail qui éclaire autrement la virulence soudaine des débats.
Dès lors, il paraît illusoire d’imaginer la FIA contraindre Mercedes ou Red Bull à revoir des éléments aussi structurants à quelques jours des essais hivernaux. Comme en 2009 avec le double diffuseur, l’instance pourrait préférer éviter un séisme réglementaire… quitte à entériner une zone grise.
Résultat : une F1 2026 qui pourrait naître sous le signe d’un avantage gelé, d’une course au rattrapage imposée et d’un sentiment déjà familier dans le paddock : quand la FIA hésite, ce sont toujours les plus rapides à lire entre les lignes qui gagnent.
































