La F1 veut intensifier le spectacle sur l’ensemble du week-end, mais l’idée de doubler le nombre de courses sprint commence à susciter une vraie prudence chez les pilotes. Si la discipline réfléchit à porter ce format à douze manches par saison à l’horizon 2027, tous ne sont pas prêts à suivre sans ajustements.

Une F1 qui veut rendre chaque journée “utile”
Depuis son lancement en 2021, le sprint est passé d’une simple expérimentation à un élément désormais installé dans le calendrier. Aujourd’hui, la F1 assume clairement son ambition : densifier l’action dès le vendredi. Stefano Domenicali l’a expliqué sans détour : « Les gens veulent voir de l’action réelle pendant les trois jours », ajoutant que les fans souhaitent « voir quelque chose de sportif dès le vendredi ».
L’objectif est double : renforcer l’engagement des fans sur place et offrir davantage de contenu aux diffuseurs. En interne, la tendance est claire : les week-ends traditionnels avec des essais peu décisifs ne correspondent plus totalement au modèle de divertissement moderne que la F1 veut incarner.
Carlos Sainz ne rejette pas l’idée d’un calendrier enrichi en sprints, mais son soutien reste conditionnel. « Je suis ouvert à cette idée », affirme-t-il, tout en soulignant immédiatement que « le format du sprint doit encore être peaufiné et amélioré, car il révèle parfois trop de choses sur ce qui va se passer dimanche ».
Au-delà de l’aspect stratégique, l’Espagnol insiste surtout sur la charge globale imposée aux pilotes. « Malheureusement, cela signifiera une charge de travail beaucoup plus importante pour le pilote », prévient-il, évoquant des vendredis et samedis encore plus intenses. Il rappelle également la réalité hors piste : « Vous ne pouvez pas imaginer le nombre de sponsors, d’interviews et d’engagements marketing que nous avons aujourd’hui. » Un calendrier plus dense en sprints pourrait donc accentuer une fatigue déjà bien présente.
Charles Leclerc adopte une position mesurée mais ferme. « Je suis vraiment d’accord avec tout ce que Carlos a dit », explique le pilote Ferrari, avant de poser une limite claire sur l’expansion du format. « J’aime beaucoup les week-ends de sprint, mais je crois qu’ils devraient rester minoritaires », insiste-t-il.
Le Monégasque redoute surtout une banalisation du spectacle si les sprints deviennent trop nombreux. Sa conclusion est sans ambiguïté : « Je pense que six est probablement le bon compromis. » Autrement dit, conserver l’exception plutôt que d’en faire une norme.
Ce débat révèle une tension croissante au cœur de la F1 moderne : répondre à la demande de show sans épuiser ses acteurs principaux. Entre un calendrier déjà composé de 24 courses, des obligations médiatiques toujours plus lourdes et une intensité sportive maximale, l’ajout massif de sprints pourrait transformer les week-ends en véritables épreuves d’endurance.
Si la F1 y voit une opportunité commerciale et médiatique, les pilotes, eux, rappellent une réalité essentielle : plus de spectacle signifie aussi plus d’effort, plus de pression et moins de récupération. Douze sprints promettent davantage d’action en piste, mais aussi un équilibre plus fragile hors piste.

































