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Bartholomé Perrin

Champion de France Supersport en titre, Bartholomé Perrin aborde la saison 2026 avec l’ambition de doubler la mise, tout en visant le saut vers le mondial.

Nous poursuivons notre série d’interviews réalisée à Carthagène, dans le cadre du roulage organisé par Johann Zarco, avec Bartholomé Perrin. Champion de France Supersport 2025 au terme d’une saison exceptionnelle, qui l’a vu décrocher 12 podiums en 14 courses, dont 5 victoires, il a brillamment rempli ses objectifs avec l’équipe DMT Racing. Wild-card à Magny-Cours en mondial Supersport, il s’est positionné dans le top 20 face aux meilleurs, confirmant un gros potentiel mais aussi un écart à combler.

Pour 2026, il rejoint TWR, structure de référence en France. À 22 ans, le Français, passé par la Red Bull Rookies Cup, ambitionne de doubler la mise tout en visant le grand saut. Entre réalisme budgétaire et soif de résultats, Bartholomé Perrin fait le point avec PaddockGP dans cet entretien.

Bonjour Bartholomé, et tout d’abord félicitations pour ce titre de champion de France. Avec le recul, quel bilan tires-tu de cette saison ?

Franchement, la saison a été super positive. C’était l’objectif dès que j’ai intégré DMT Racing, une équipe qui s’est montée cette année. La cible était claire : aller chercher le titre et plusieurs victoires. Le contrat a été rempli, puisqu’on a signé 12 podiums en 14 courses et 5 victoires sur la saison. Et le titre à la clé évidement, c’est génial. En plus, j’ai pu faire une wild-card en mondial à Magny-Cours. C’est vraiment top parce qu’il y a toujours un gros gap entre le championnat du monde et le championnat de France.

En France, cette année, j’étais le meilleur en Supersport, mais je savais qu’en mondial l’écart serait énorme et que j’avais encore énormément à apprendre. Le fait d’y être allé et de me situer dans le top 20 tout le week-end m’a montré qu’il y a encore du travail. C’est une certitude. Mais j’ai aussi pu me prouver qu’il y a du potentiel. C’est un exercice compliqué : tu arrives sur un week-end de course à un instant T du championnat, avec une moto différente. En France, j’étais sur la Yamaha R6, là c’était la Yamaha R9. Donc il faut être capable de faire le switch très vite, avec dix fois moins de temps de roulage qu’en championnat de France, et sur une moto plus puissante, etc.

Au final, je me suis retrouvé dans les deux tiers du plateau. C’est quand même le mondial, ce sont les meilleurs au monde, donc ce n’est pas ridicule, mais ça montre bien qu’il me reste encore un gros gap à combler. Et ça me donne juste encore plus de motivation pour pouvoir me battre un jour avec les meilleurs, parce que c’est ça qui m’intéresse. Donc c’est une saison avec toutes les cases de cochées.

Ton objectif, c’est le mondial, mais pas à n’importe quel prix…

L’objectif, c’est clairement d’aller en championnat du monde, mais d’y être compétitif. Je n’ai pas envie d’y aller si c’est pour refaire ce que j’ai fait en wild-card, tourner autour du top 20. Honnêtement, ce n’est pas très intéressant. J’ai une passion pour les résultats, j’adore me battre avec les meilleurs. Aujourd’hui, la réalité, c’est qu’en France je fais partie des meilleurs, mais en mondial, non. Ça, c’est un fait.

Donc maintenant, je veux mettre toutes les chances de mon côté, travailler super dur pour combler cet écart et augmenter mon niveau de performance. Quand je me sentirai plus légitime, je n’aurai pas besoin d’être prétendant au titre pour y aller, mais au moins viser un top 15 régulier, voire me rapprocher du top 10. Là, je ferai tout mon possible pour entrer en mondial. Pour l’instant, je pense que c’est encore un peu tôt.

Concrètement, qu’est-ce qui est prévu pour toi en 2026 ?

En 2026, j’ai signé avec une nouvelle équipe. Je reste dans le même championnat, parce que comme je le disais, j’estime que j’ai encore à apprendre. Je rejoins TWR, qui est pour moi l’une des structures les plus compétitives et les plus professionnelles en France. C’est un vrai plaisir de les rejoindre, je pense que le projet est super solide. L’objectif, c’est de remettre le titre en jeu, et d’aller le chercher à nouveau. Mais surtout en élevant mon niveau de performance.

Ton titre de champion de France t’a ouvert des portes pour le mondial ?

Oui, le titre m’a ouvert des portes. Mais aujourd’hui, le marché de la moto, c’est compliqué. Sans budget, le projet devient colossal. Les opportunités que j’ai eues, c’était 200 000 euros pour entrer en mondial. C’est une somme que je n’ai pas, donc ce n’était pas possible. Et encore, c’était déjà bien, certains pilotes paient même plus cher. Mais ça reste beaucoup d’argent.

Pour moi, c’est inaccessible. Il n’y a pas mille solutions. Il faut que tu fasses tes preuves et que les équipes ne puissent pas passer à côté. Si j’avais gagné la wild-card, peut-être que les choses auraient été différentes, que j’aurais eu plus d’opportunités. Mais ça ne s’est pas passé comme ça, et les offres que j’ai eues sont hors de portée pour moi.

Cette réalité économique, ça forge aussi ta philosophie de ne pas vouloir monter en mondial pour faire de la figuration ?

Exactement. Quand tu vois les prix, tu te dis que si un jour tu arrives à réunir une somme pareille, il faut au moins être sûr que tu y vas pour performer, pas pour faire 20e. Je viens d’une famille modeste, je suis encore étudiant, trouver cette somme, c’est complètement fou.

Tu changes d’équipe pour défendre ton titre. Ça ne te fait pas hésiter ?

Si, c’est un vrai challenge. On avait construit quelque chose avec mon équipe actuelle, et quand tu arrives dans un nouvel environnement, c’est toujours un pari. J’ai déjà changé plusieurs fois dans ma carrière, et à chaque fois, il faut réapprendre à travailler ensemble avec tout le monde. Humainement, il faut être capable de bien s’entendre et de bien communiquer. Il faut aussi bâtir une confiance mutuelle, que le pilote ait confiance dans son chef mécano et son ingénieur, et qu’eux croient en leur pilote. Ça ne se décrète pas, c’est un feeling qui vient avec le temps, en apprenant à se connaître, en passant du temps ensemble. C’est toujours un risque, tu ne sais jamais à l’avance si ça va bien se passer ou pas.

Raconte-nous le moment où tu deviens champion de France.

C’était incroyable. Le titre, je l’ai décroché au tout dernier week-end, lors de la dernière course. Je n’ai pas été titré en avance : il me manquait un point pour être champion. Mais tant que tu n’as pas ce point, tu n’es pas champion. Si j’avais eu un problème technique, c’était foutu. Honnêtement, la tension était dingue. Les efforts sont incalculables, et je savais que, dans ma situation, si je n’avais pas le titre, ça aurait rendu les choses extrêmement compliquées pour 2026. Je ne sais même pas comment j’aurais roulé, ni si j’aurais roulé. C’était un besoin essentiel.

Quand j’ai passé la ligne, c’était un soulagement de dingue, des émotions énormes. Ce n’est pas juste le travail d’une année, c’est des années d’efforts. En 2018-2019, j’étais déjà compétitif en France en pré Moto3. Ensuite, je suis parti en Red Bull Rookies Cup, en mondial, et je n’étais pas du tout compétitif. Pendant plusieurs saisons, j’ai pris des claques, et accumulé beaucoup de déceptions. C’étaient plein d’épreuves de vie, conjugués à côté de ça, à ma situation familiale. Donc quand tu passes la ligne et que tu es officiellement champion, après des années à travailler pour ça, tu relâches tout. Ça y est, c’est fait.

C’est un titre qui te donne confiance en toi ?

Oui, complètement. Quand on est champion, quelle que soit la suite, c’est écrit. Quoi qu’il arrive, ce sera marqué : Bartholomé Perrin, champion de France 2025. C’est une ligne de palmarès importante, et ça compte pour moi.

Il y a aussi un déclic. Quand un pilote goûte régulièrement à la victoire et au podium, il y a une confiance supplémentaire qui arrive. Maintenant, l’objectif, c’est de gérer cette confiance. Trop de confiance, c’est mauvais aussi.

On voit que ces années difficiles te font garder les pieds sur terre.

Oui, j’essaie de garder les pieds sur terre. C’est « seulement » un titre de champion de France. C’est génial, parce que statistiquement il y a peu de champions de France, mais tout est une question d’attentes et de perception. Moi, je veux être champion du monde. À côté de ça, être champion de France, c’est encore à des années-lumière de ce que je vise. Je vois ce titre comme une étape dans ma carrière. C’est une case à cocher. Je l’ai cochée. Maintenant j’avance vers le prochain objectif.