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Honda

À l’approche des premiers roulages de la nouvelle ère technique de la Formule 1, Honda ne cherche pas à masquer les difficultés. Le constructeur japonais reconnaît ouvertement qu’il ne sera pas immédiatement au niveau espéré pour 2026, tout en réfutant l’existence de problèmes irréversibles. Un discours lucide, mais révélateur de la complexité extrême du nouveau règlement moteur.

Après s’être officiellement retiré de la Formule 1 fin 2021, Honda s’apprête à redevenir motoriste d’usine à part entière à partir de 2026, cette fois aux côtés d’Aston Martin. Cette nouvelle alliance coïncide avec l’introduction des nouveaux groupes propulseurs hybrides V6 1,6 litre, caractérisés par une répartition inédite de la puissance : 50 % thermique, 50 % électrique.

Un bouleversement technologique majeur, que Honda aborde avec prudence.

Le président de Honda Racing Corporation, Koji Watanabe, a dressé un état des lieux sans langue de bois dans un entretien accordé au média japonais Sportiva :

« Nous en sommes au stade où les spécifications sont en cours de fixation pour les essais de présaison, et l’assemblage va bientôt commencer. »

Mais le calendrier reste extrêmement tendu : « L’homologation ayant lieu fin février, je m’attends à ce que le développement se poursuive jusqu’à la toute dernière minute. »

Honda présentera officiellement son moteur 2026 le 20 janvier à Tokyo, en présence notamment de Lawrence Stroll, de Toshihiro Mibe (PDG de Honda) et de Stefano Domenicali.

Dès octobre 2025, Watanabe mesurait déjà l’ampleur du défi : « Tout est nouveau. Le moteur électrique est un nouveau modèle très compact de 350 kW que nous devons développer. La batterie légère n’est pas non plus facile à concevoir. Et puis il y a ce petit moteur thermique qui doit délivrer une puissance très élevée. Tout est très difficile, mais nous faisons de notre mieux. »

Deux mois plus tard, les progrès sont réels, mais Honda n’élude pas les limites actuelles du projet : « Compte tenu de l’incertitude entourant les progrès de nos concurrents, c’est toujours une bataille pour savoir à quel point nous pouvons nous rapprocher de nos propres objectifs. Honnêtement, nous avons encore besoin de plus de temps. »

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Honda : « tout ne se passe pas parfaitement, et il y a de nombreux domaines dans lesquels nous rencontrons des difficultés »

Un aveu clair, qui confirme les rumeurs de performances encore insuffisantes :

« Nous avançons en évaluant progressivement les gains de performance issus de l’intégration des différents composants. Certains fonctionnent bien, d’autres échouent de manière inattendue : c’est un ensemble très contrasté. »

Le constat est sans détour : « Pour être honnête, tout ne se passe pas parfaitement, et il y a de nombreux domaines dans lesquels nous rencontrons des difficultés. Mais rien de fatal n’est arrivé, rien que nous ne puissions surmonter à moyen terme. »

Autre enjeu majeur : l’intégration du moteur Honda dans la vision technique d’Adrian Newey, désormais à la tête du projet Aston Martin F1. « Aston Martin souhaite continuer à concevoir des voitures qui reflètent la vision d’Adrian. La prochaine étape pour nous est de comprendre comment nous adapter à cela. »

Watanabe se veut pragmatique : « Si cela permet d’améliorer notre compétitivité et d’augmenter nos chances de victoire, alors nous ferons tout ce qu’il faut. »

Côté organisation, les rôles sont désormais bien définis : « Andy Cowell se concentrera sur le groupe propulseur, le carburant Aramco et les lubrifiants Valvoline, tandis qu’Adrian supervisera l’ensemble de la voiture et assumera le rôle de directeur d’équipe. »

Face à une révolution technique aussi radicale, la FIA a anticipé les déséquilibres potentiels en introduisant le mécanisme ADUO, permettant aux motoristes en difficulté de bénéficier de fenêtres de développement supplémentaires en cours de saison. Un filet de sécurité que Honda pourrait être amené à utiliser.

Malgré les inquiétudes, Honda refuse toute logique de panique : « Nous disposons de la technologie et du savoir-faire accumulés au fil de nombreuses années en Formule 1. Je crois que nous pouvons, et que nous devons, atteindre une position compétitive. »

Mais la priorité n’est pas uniquement 2026 : « Plutôt que de nous focaliser uniquement sur le court terme, nous cherchons à bâtir un cadre nous permettant de rester compétitifs durablement en F1. »

Concernant un éventuel élargissement à d’autres équipes clientes, il commente : « Pour être honnête, nous n’y avons pas encore vraiment réfléchi. Nos ingénieurs nous disent : ‘Laissez-nous nous concentrer sur le moteur que nous développons’. »

Puis il conclut : « Du point de vue du management, je suis convaincu qu’il existe de grands avantages à élargir notre base de clients, et nous avons l’intention d’y travailler sérieusement à l’avenir. »

Honda ne panique pas, mais n’édulcore rien. Le moteur 2026 n’est pas encore là où le constructeur l’espérait, et l’objectif immédiat semble davantage être la solidité et la progression que la domination instantanée. Un contraste saisissant avec l’ère Red Bull, mais peut-être le prix à payer pour réussir sur la durée.

Honda F1 reconnait être en retard sur ses objectifs moteur pour 2026

 

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