Nous poursuivons notre série d’interviews réalisée à Carthagène, dans le cadre du roulage organisé par Johann Zarco, avec Xavier Siméon. Vainqueur belge en championnat du monde, il est désormais connu en tant que journaliste et pit reporter du côté de l’EWC. Mais c’est sa casquette de coach en pilotage, accompagnateur de jeunes talents que nous évoquerons avec lui dans la première partie de notre entretien exclusif.
Bonjour Xavier, c’est bonne une surprise de te voir ici ! Tu n’es d’ailleurs pas venu seul…
Non, je suis venu avec Tom Rolin, un jeune pilote belge que j’accompagne ici. J’ai envoyé un message à Johann et il m’a proposé de rejoindre toute la bande à Carthagène. Je suis là en tant que bénévole, j’apprécie énormément son papa, et j’apprécie énormément Tom. Je l’ai suivi il y a deux ans en Northern Talent Cup et je connais son potentiel.
Il est le prochain Xavier Siméon ?
Je ne sais pas, je peux juste dire qu’à part Barry Baltus, personne en Belgique n’est capable de rouler au niveau de Tom actuellement, il a vraiment un potentiel énorme. Il va très très vite. J’ai envie de lui apporter mon expérience parce que l’opportunité qu’il a, je n’ai pas envie qu’il la crame, je veux qu’il la saisisse à 100%. C’est une famille qui a énormément de cœur et ce gamin a un talent exceptionnel, je suis convaincu qu’il peut aller loin.

Cette année, tu as passé beaucoup de temps à accompagner d’autres pilotes, je pense notamment à Justine Pedemonte.
C’est vrai, j’ai passé une belle année et demie avec Justine, que j’ai vraiment pris du plaisir à accompagner. Je pense l’avoir fait progresser techniquement, en communication et dans son approche mentale. Malheureusement, moi je vois grand et loin, j’avais l’espoir avec Justine d’aller vers le mondial féminin ou plus loin, mais elle ne veut pas passer ce cap, ce que je respecte totalement. Elle veut faire passer un message : « Je veux battre des mecs », et c’est ce qu’elle fait très bien. Je lui souhaite le meilleur. Mais moi je vois plus loin, j’ai envie d’aider les jeunes qui veulent atteindre vraiment le haut niveau, parce que je pense avoir aujourd’hui la bonne approche et la bonne expérience pour transmettre ça.
Tu accompagnes beaucoup de pilotes Zelos. Tu pourrais rappeler ce que cette structure fait pour les jeunes talents en moto ?
Zelos, ça a commencé autour de moi, quand Freddy Tacheny a quitté RTL dont il était le directeur en Belgique. Il a créé la structure pour me permettre d’avoir ce type d’encadrement. Aujourd’hui Barry en bénéficie de manière beaucoup plus structurée et professionnelle, et j’espère que Tom Rolin ou Lorenzo Pontillo, qui arrivent et font partie de la Belgian Motorcycle Academy by Zelos en profiteront autant.
Qu’est-ce que la Belgian Motorcycle Academy ?
C’est une académie créée avec Zelos, la fédération belge et l’ADEPS, le centre sportif en Belgique. Leur but est d’attirer plus de jeunes, faire en sorte que la moto soit davantage envisagée par les jeunes et les parents. Il faut leur faire comprendre ; oui, la moto est un sport dangereux, mais voilà ce qu’on propose pour les encadrer, qu’ils roulent en sécurité, soient structurés. L’objectif, c’est qu’un jour on tire quelques talents de cette académie.
Les talents belges se font de plus en plus nombreux ?
On voit qu’on est dans le bon. J’ai cru voir qu’il y avait déjà une trentaine de sélectionnés pour la saison 2026. Ça veut dire beaucoup plus d’arguments qu’avant. Avant il n’y avait que moi et deux‑trois autres pilotes pas du tout encadrés. J’espère qu’un jour ça prendra plus d’ampleur. Qu’un pilote en amènera quatre, ou six. Peut-être qu’un jour ils seront 200 à être aidés. Aujourd’hui il y a onze Espagnols et six Italiens en MotoGP, parce qu’ils ont l’embarras du choix. En Belgique j’espère que ce sera comme ça aussi.

Pour y parvenir, tu as créé ta propre structure pour encadrer les pilotes…
Oui, je veux leur montrer qu’ils peuvent rouler plus vite en ayant l’impression de rouler moins vite, avec 40% de sécurité en plus, en les filmant de A à Z à 360°. Le but, c’est qu’au bout de deux jours ils repartent en se disant : « Waouh, j’ai pris mon kiff, en réalité je vais deux secondes plus vite et je m’en suis même pas rendu compte. » C’est ça que je veux transmettre, mon expérience du haut niveau. Aujourd’hui, je peux aller vite en moto même si je ne roule pas pendant huit mois, parce que je sais ce que je fais sur la moto. Même si le cardio et le physique ne suivent plus comme à l’époque, j’arrive toujours à rouler très vite.
En parlant de ces huit mois d’absence sur les circuits, c’est sympa de te retrouver sur une moto après la blessure que tu as subie récemment, qu’est‑ce qui s’est passé ?
Cette année 2025, sur le plan des projets, ça a été pourri pour moi. J’ai subi une petite chute en vélo, plus stupide tu meurs, en m’entraînant avec Johann [Zarco] en VTT. J’ai dû subir une opération de l’épaule. Pendant les mois qui ont suivi, j’ai subi une reconstruction complète du biceps, on m’a enlevé une partie de l’humérus pour recoudre les tendons. J’ai de faux tendons et de faux ligaments dans le bras. Mais j’ai été très bien opéré à Andorre, et aujourd’hui j’ai une récupération incroyable. J’ai retrouvé 100% de ma force et de ma mobilité. Ça a été 8-9 mois très longs, mais je retrouve le plaisir de remonter sur la moto aujourd’hui.
Après ce genre d’événement, qu’est‑ce qui te donne encore envie de remonter sur la moto ?
Les premiers tours sont durs parce qu’on se rend compte de la vitesse. Quand le cerveau n’a plus l’habitude, ça va vraiment vite. Mais une fois qu’il a repris ses bases et ses repères, ça revient tout seul. L’adrénaline que transmet une moto sur circuit, c’est juste dingue.
Tu as donc eu un peu plus de temps pour t’occuper de ta boutique Jeff de Bruges en Andorre. Tu manges autant de chocolat qu’on le croit sur les réseaux ?
En réalité je n’en mange pas tant que ça, peut‑être 3-4 par semaine, je n’ai pas envie de manger ma marge bénéficiaire (rires). C’est aussi un moyen, moi qui suis très patriote, de montrer l’héritage belge en Andorre. C’est particulier Jeff de Bruges : c’est du chocolat 100% belge, produit en Belgique par une autre marque belge, avec une “to‑do list” de la part de Jeff de Bruges qui impose ses recettes à cette marque. Il y a un accord entre ces deux marques : Jeff de Bruges, géré par des Français, n’a pas le droit de s’installer en Belgique, donc la marque Jeff de Bruges n’existe pas du tout en Belgique, ni à Bruges. Mais comme le chocolat est 100% belge, j’essaie de mettre en avant d’où il provient. Sincèrement, les recettes imposées par Jeff de Bruges sont meilleures que la marque de base, pour moi c’est un des meilleurs chocolats du monde.
Retrouvez la deuxième partie de notre interview exclusive de Xavier Siméon la semaine prochaine, pour parler notamment de l’étoile montante de la moto belge : Barry Baltus.
































