Rencontre avec Lorenzo Fellon lors du roulage organisé par Johann Zarco à Carthagène, qui se retrouve sans réelle opportunité pour la saison 2026.
Nous poursuivons notre série d’interviews réalisée à Carthagène, dans le cadre du roulage organisé par Johann Zarco, avec Lorenzo Fellon. Figure bien connue des Grands Prix, le jeune Français a évolué en Championnat du monde Moto3 de 2021 à 2023 avant de passer en Championnat du monde Junior Moto2 au sein de l’équipe SF Racing, avec laquelle il a également roulé l’an dernier.
Après une saison compliquée, qu’il a démarrée tout juste remis d’une blessure à l’épaule, il se retrouve sans guidon cette année. S’il doit composer avec cette grande première, il conserve sa motivation intacte et continue de s’entraîner pour être prêt à répondre aux opportunités qui pourraient se présenter.

Bonjour Lorenzo. On te retrouve à Carthagène, au roulage organisé par Johann Zarco pour discuter de ta saison 2025 et de ton actualité. Tu as grandi aux côtés de Johann puisque ton père, Laurent, est devenu son coach et manager l’année de ta naissance en 2004. Ça faisait un moment que tu ne l’avais plus côtoyé sur un circuit ?
C’est super sympa de sa part de m’avoir invité. Il sait dans quelle situation je me trouve et ça me fait très plaisir qu’il m’aide comme il le peut, avec ce genre de geste. On s’est toujours côtoyés, depuis que je suis petit, on a une belle relation. Malheureusement, il s’est passé des choses hors de mon contrôle [la rupture professionnelle entre son père et Zarco en 2019, ndlr.], moi j’étais un peu trop jeune pour comprendre mais je suis content d’avoir retissé de bons liens avec lui. L’an dernier je suis venu le voir à Misano et à Valence et on a passé des moments ensemble. Il a énormément d’expérience, c’est un pilote qui travaille toujours sur lui-même pour essayer de s’améliorer malgré les années qui passent et c’est ça qui est super. On arrive à apprendre beaucoup de lui parce qu’il a des points de vue très intéressants.
Tu as fait allusion à ta situation. Quelle est-elle, justement ?
Pour l’instant, c’est l’une des premières fois de ma courte carrière que je suis dans un scénario sans contrat acté pour une saison.
J’imagine que pour comprendre il faut revenir sur ta saison 2025. Comment s’est-elle déroulée ?
2025 n’a pas été facile, j’ai eu pas mal de hauts et de bas. Je dirais que j’ai commencé la saison un peu en dedans parce que j’ai été opéré de l’épaule fin 2024. Ça m’a vraiment empêché de rouler tout l’hiver et donc je suis arrivé sur la première course du Championnat du monde Junior Moto2 à Estoril sans trop avoir fait de kilomètres avec la moto.
Ça n’a pas été facile de se mettre dans le rythme, mais ensuite ça n’a pas non plus été une saison facile. J’ai connu beaucoup de galères, que ça soit la moto ou moi en tant que pilote. Il y a quand même eu quelques points positifs durant la saison : des qualifications, des séances d’essais où on était assez vite avec le matériel qu’on avait donc c’était encourageant. J’aurais voulu faire un résultat un peu plus positif en fin d’année pour essayer de me montrer un peu plus et pour trouver un peu plus d’opportunités pour cette saison 2026.

Avec le recul, comment tu analyses cette saison ? Qu’est-ce qui t’a fait défaut ?
Je pense que c’est un tout. Quand on veut vraiment tout donner mais qu’on voit, au fil des courses, qu’on reste loin malgré le travail dur à l’entraînement, sur la moto, physiquement, même mentalement, j’ai commencé à travailler avec une psychologue qui m’a beaucoup aidé, c’est frustrant. En entraînement et dans le quotidien, je voyais les améliorations mais en course il me manquait toujours quelque chose. Je ne m’y attendais pas, parce que j’avais un bon rythme pendant les entraînements, même face à des pilotes contre qui je roulais en course. J’étais dans les mêmes chronos, mais arrivé en course je me faisais doubler et je me retrouvais plus loin que ce à quoi je m’attendais. Je pense que ça a forcément un peu joué mais, malgré tout, j’ai toujours essayé de faire avec les moyens du bord.
Malheureusement je suis un peu dans un cercle vicieux parce que, honnêtement, c’est un sport qui demande maintenant pas mal de budget et depuis 2024 je n’ai pas assez de budget pour avoir du bon matériel, donc ça se ressent dans les résultats. Quand je vais voir des équipes plus compétitives, elles me répondent que mes résultats ne sont pas assez satisfaisants donc ce n’est pas facile à encaisser, surtout quand on vient du Championnat du Monde. Mais malgré le manque d’opportunités à l’heure actuelle, je continue de m’entraîner pour être prêt si une quelconque occasion se présente.
Dans un scénario idéal, que souhaiterais-tu faire ?
J’aimerais continuer en Moto2 parce que j’ai réussi à passer un bon cap lors de la dernière course, avec les moyens que j’avais. Mais, honnêtement, je n’ai pas assez de budget pour faire une saison. Je pense que j’ai la possibilité de rester avec la même équipe mais mon but n’est pas de faire la même chose pendant trois saison, et je sais qu’eux non plus. L’équipe m’aide énormément mais malheureusement c’est un sport assez ingrat, même après tant de sacrifices et tant de travail. Ce n’est pas facile donc pour l’instant j’avance un peu à l’aveugle. Quand on a un objectif on sait sur quoi on doit travailler et comment on doit s’entraîner, mais c’est dur de continuer à s’entraîner avec la même mentalité quand on ne sait pas ce qu’on va faire à l’avenir.
Après, je n’ai que 21 ans. Même si cette année je ne trouve pas ce qui m’intéresse, il faut que je continue à m’entraîner. Si une opportunité se présente, que quelqu’un vient à manquer une course dans une équipe, il faut que j’essaye d’être remplaçant et de faire des bons résultats pour me montrer. Ça serait le top.
« Comme ça faisait longtemps qu’un Français n’était pas arrivé en Moto3, je crois que les gens attendaient beaucoup de moi et j’ai eu un peu de mal à supporter ça mentalement. » Lorenzo Fellon
Quand on pense aux jeunes pilotes français, ton nom ressort très vite. Ce n’est pas quelque chose qui peut jouer en ta faveur ?
Malheureusement il n’y a pas eu de pilotes français en catégorie Moto3 ces dernières années et je pense que moi, j’ai fait l’erreur de vouloir arriver trop vite dans le Championnat du monde, à 16 ans. Je pense que j’aurais dû faire une saison en plus, au moins en Championnat du monde Junior pour prendre plus d’expérience, plus de confiance et arriver un peu plus mature en mondial. C’est facile à dire maintenant mais je pense qu’avec le recul, c’est ce que je ferais. Comme ça faisait longtemps qu’un Français n’était pas arrivé en Moto3, je crois que les gens attendaient beaucoup de moi et j’ai eu un peu de mal à supporter ça mentalement, je n’avais pas assez la tête sur les épaules.
À l’inverse, si tu arrivais aujourd’hui en Championnat du monde, tu penses que tu serais beaucoup plus à même de gérer ?
Oui, je pense qu’avec plus d’expérience on voit les choses différemment.
Certains pilotes français se sont retrouvés dans la situation que tu traverses à l’heure actuelle. Faute de budget, ils ont arrêté la vitesse et se sont tournés vers l’endurance. C’est quelque chose qui t’intéresserait ou pour l’instant tu souhaites uniquement te concentrer sur la vitesse ?
J’aimerais entrer en contact avec certaines équipes d’endurance parce qu’il y a eu toute une génération de pilotes qui y sont allés, il y a beaucoup de Français et ça pourrait être le moment d’amener une nouvelle vague, avec des jeunes pilotes, comme ce que fait Hugo de Cancellis par exemple.
C’est vrai que moi j’aimerais rester dans le monde de la vitesse, que je connais depuis toujours, mais si je me retrouve sans opportunités, c’est une solution que je peux envisager parce qu’au final, moi ce que j’aime c’est rouler et être sur une moto. C’est certain que si l’occasion se présentait, j’essayerais et je donnerais mon maximum.
































