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Rémy Sanjuan, Johann Zarco

Rencontre avec Rémy Sanjuan lors du roulage organisé par Johann Zarco à Carthagène, qui vise le Championnat du monde Junior Moto3.

Nous démarrons notre série d’interviews réalisée à Carthagène, dans le cadre du roulage organisé par Johann Zarco, avec Rémy Sanjuan, que nous avions déjà rencontré l’an dernier à la même occasion.

Originaire d’Occitanie, le Français de 18 ans a démarré la moto à l’âge de neuf ans, d’abord par le motocross avant de basculer vers la vitesse et la compétition à partir de ses 12 ans.

Passé par l’école Z&F Grand Prix de Johann Zarco, il est devenu Champion de France NSF en 2024 avant de poursuivre son ascension en participant à l’European Talent Cup au sein du Championnat du monde Junior GP en 2025.

Après une saison pleine d’apprentissages, Rémy Sanjuan vise désormais la catégorie Moto3 Junior, un objectif ambitieux dans lequel il croit « à 100% » mais qui dépend encore d’un facteur clé : le budget.

Bonjour Rémy. Nous t’avions laissé l’an dernier sur le point de signer un contrat, et te voilà désormais riche d’une année d’expérience en European Talent Cup. Comment s’est passée cette saison ?

Au début c’était compliqué. Lors des trois premières courses, la moto n’était pas réglée. C’était vraiment dur, j’ai galéré. A un moment, vers le milieu de la saison, j’ai envoyé un message à Johann et je lui ai demandé s’il avait des conseils à me donner, en termes de réglage de moto, de technicité… parce que je n’y arrivais pas. Il m’a bien aidé. À partir de Magny-Cours, j’ai ressenti un changement.

Après, à Aragon, Misano, Barcelone et Valence, j’ai commencé à faire des chronos intéressants. J’étais à huit dixièmes-une seconde de la pole à chaque fois, surtout à Barcelone. J’ai réalisé ma meilleure qualification de l’année en finissant sixième de mon groupe, et j’ai commencé à marquer des points.

Mais j’ai reçu deux longs laps à Barcelone parce que ma moto n’a pas démarré sur la grille. Franchement, je n’ai eu que de la malchance cette saison. Je déteste me plaindre. Je suis un peu : ‘Tu roules et gaz !’ mais là, à Barcelone la moto n’a pas démarré sur la grille, à Estoril mon sélecteur a lâché alors que j’étais sixième pendant la course sous la pluie, et à Valence je me suis fait percuter lors de la dernière course. C’est comme ça… Au moins en fin de saison, c’était beaucoup mieux en termes de chronos.

Quels conseils Johann Zarco t’a-t-il donné ?

C’est surtout au niveau du ressenti. Je n’arrive pas à avoir ce détail qu’il a. C’est ça qu’il apporte à tout le monde. Même dans les interviews, il est super précis dans ce qu’il dit. Il te donne des conseils et quand il te parle, tu écoutes.

L’an dernier, sur ce même roulage à Carthagène, il t’avait notamment parlé du fait de retirer le chrono. C’est quelque chose qui t’a aidé ?

Oui, je l’ai beaucoup fait. Maintenant, lors de la pré-saison, je roule sans chrono. Là je l’ai mais je ne le regarde pas. L’an dernier, c’était impossible pour moi de rouler avec le chrono sans le regarder. J’étais obligé de le regarder à chaque tour pour voir si j’avais de l’avance. Après tu es obnubilé, tu te concentres sur le chrono et tu oublies les sensations. Le fait d’enlever ce chrono permet de se concentrer 100 fois plus. Après il y a des moments où tu ne peux pas le faire. En qualifications, par exemple, le chrono est forcément important. Mais justement, j’essaye de travailler tout le week-end en regardant le chrono seulement en fin de séance, pas pendant. Je me concentre sur mes sensations et, normalement, en qualifications ça fonctionne bien. C’est un travail que j’ai réussi à faire cette année. Je suis content.

Est-ce que tu arrives quand même à tirer du positif de ta saison, malgré ta malchance ?

Oui, quand même. Surtout sur les quatre derniers circuits, où j’ai bien amélioré mes chronos. J’ai gagné environ une seconde à Misano, et deux secondes à Aragon et Barcelone. Après, qu’est-ce que je retiens ? J’ai marqué un peu plus de points. C’est certain qu’avec la malchance que j’ai eue, au final ce n’est pas terrible au niveau des points. Mais je retiens surtout les chronos, et aussi le fait que j’ai une place en Moto3 Junior. Ça, je le retiens.

Justement, quels sont tes projets pour 2026 ? Tu vas donc rouler en Championnat du monde Junior Moto3 ?

J’ai une place en Moto3 qui m’est réservée. Mon équipe souhaite que j’y aille et m’aide dans ce sens, mais ils ne peuvent pas m’aider à 100%. Forcément, on n’est pas des pilotes MotoGP. Ils m’aident et moi il faut que j’apporte un budget. Pour l’instant, ce budget, je ne l’ai pas encore et je n’ai donc pas encore de contrat.

Quelle est la date butoir ?

Mi-février. Après, j’ai toute l’année pour m’inscrire. Mais l’idéal, c’est de m’inscrire là, maintenant.

Quel est le budget pour la catégorie ?

C’est le même pour toutes les équipes : 180 000€.

Comment tu fais pour réunir un tel budget ? C’est toi qui t’en occupes ?

C’est moi qui cherche des sponsors depuis mes 14-15 ans. Je vais dans des groupes d’entrepreneurs. C’est souvent le matin. À 7h du matin, j’arrive, je présente le sport et mon projet. Il peut y avoir à la fois des grosses entreprises comme des petites startups. Et j’arrive à trouver du budget comme ça. Mais il en faut toujours plus et là, le cap pour le Moto3 Junior est énorme. En vrai, moi j’y crois à 100%. Il faut juste que je me concentre sur le budget et que je trouve des sponsors.

C’est impressionnant pour ton âge ! Et tu n’as même pas l’air de ressentir trop de pression…

Moi, je n’ai qu’une envie, c’est que ça commence. D’abord, je me concentre sur le budget. Et après, je ferai les tests en Moto3.

Et tu arrives à ne pas te déconcentrer entre tes entraînements et la recherche de budget ?

C’est sûr que ce n’est pas le cas pour les autres pilotes. C’est un challenge, mais j’ai toujours fait beaucoup de choses dans ma vie. Je n’ai que 18 ans mais, par exemple, avant, j’ai dû choisir entre le haut niveau en judo et en moto. Ça, personne ne le sait. Je suis ceinture noire et je faisais des compétitions de judo. À mes 13 ou 14 ans, j’ai dû choisir entre les deux. J’ai choisi la moto. J’ai toujours fait pas mal de choses, c’est pour ça que je sais gérer le stress.

Tu ne regrettes pas ton choix parfois ?

Non, je ne regrette pas du tout. J’en fais toujours en entraînement pour m’amuser, pour garder un peu de physique et aussi dans les moments où je suis très énervé, parce que ça arrive, pour me défouler.

Si tout se passe bien pour toi, et on te le souhaite, tu rouleras donc en Championnat du monde Junior Moto3 cette saison. Quels sont tes objectifs ?

Faire des tops 10, me rapprocher au maximum de la pole et être le plus rapide des Français.

À plus long terme, quelles portes espères-tu se voir s’ouvrir grâce à ce championnat ?

J’aimerais faire deux ans en Moto3 Junior et ensuite, passer en Championnat du monde Moto3 d’ici 2028. J’aurai 20 ans, mais l’âge n’est pas important parce que je ne suis pas Espagnol. Pour eux, oui ça l’est, mais il n’y a aucun Français en Moto3.

Retrouvez l’actualité de Rémy Sanjuan sur son compte Instagram.

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