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Aprilia

Lors du lancement d’Aprilia 2026 à Milan, Massimo Rivola n’a pas seulement parlé de performance ou de pilotes. Le PDG d’Aprilia Racing a surtout exposé une fragilité structurelle du MotoGP : son incapacité chronique à séduire de très grands sponsors, malgré un spectacle sportif exceptionnel.

Le constat est clair : Aprilia n’a pas trouvé de sponsor titre principal pour 2026. Une déception que Rivola assume publiquement.

« Honnêtement, je ne dirais pas que je suis surpris, mais je suis un peu déçu de ne pas avoir décroché un sponsor titre de premier plan. »

Pourtant, sportivement, Aprilia sort de deux victoires consécutives, et Marco Bezzecchi s’est imposé comme un prétendant crédible au championnat. Mais Rivola pointe un biais dangereux :

« Nous avons gagné les deux dernières courses, mais nous avons peut-être oublié l’absence de Marc Marquez. » Autrement dit : les résultats seuls ne suffisent pas à créer de la valeur commerciale durable.

Sans sponsor titre, Aprilia tient grâce au groupe Piaggio. « Heureusement, nous avons Piaggio, qui nous a sauvés. Mais j’adorerais un jour appeler le patron et lui dire que nous avons trouvé 10 millions pour le budget. »

Cette phrase résume tout : le MotoGP reste un sport où même une équipe d’usine performante dépend encore de son actionnaire, là où la F1 fonctionne désormais comme une plateforme commerciale autonome.

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Massimo Rivola, Aprilia : « Le niveau des marques MotoGP n’a pas encore atteint celui des marques de Formule 1 »

La comparaison est cruelle, mais incontournable. Liberty Media a déboursé 4,2 milliards d’euros pour racheter le MotoGP. En janvier 2026, la F1 était valorisée 19,4 milliards d’euros. Son chiffre d’affaires 2025 dépassait 3,5 milliards d’euros.

Pendant ce temps : Tech3, neuvième équipe MotoGP, a été rachetée 20 millions d’euros. En F1, Haas, l’écurie la moins valorisée, vaut 1,5 milliard de dollars. Ferrari F1 est estimée à 6,5 milliards de dollars, malgré des résultats irréguliers. Le sport moto n’est pas en retard sportivement. Il l’est commercialement.

Rivola le dit sans détour : le MotoGP n’a pas su transformer ses pilotes en ambassadeurs globaux. « Le niveau des marques MotoGP n’a pas encore atteint celui des marques de Formule 1. »

En F1, Drive To Survive a changé la donne. Pas par les courses, mais par l’humanisation : pilotes devenus des personnages, patrons d’équipe devenus des stars (Guenther Steiner en tête) …

Le MotoGP a tenté une imitation… sans âme. « Le MotoGP a ses spécificités et doit les préserver. Mais en termes de marques, nous devons tous rehausser le niveau. Les pilotes doivent être mis à contribution comme ambassadeurs. »

Aujourd’hui, hors Valentino Rossi et Marc Marquez, le grand public ne connaît presque personne sur la grille.

Autre point clé soulevé par Rivola : l’infrastructure. « Nous discutons avec Dorna pour obtenir plus d’espace dans le paddock afin d’offrir une meilleure vue à nos sponsors. »

Le MotoGP commence à évoluer : nouveaux espaces VIP, box plus spacieux, mais au détriment de Moto2 et Moto3. Là encore, la comparaison avec la F1 est brutale. Le produit est exceptionnel, l’écrin ne l’est pas encore.

Et le calendrier ? 44 courses par saison. 22 week-ends. Des essais permanents. Des remplaçants à chaque manche. Le MotoGP a vu trop grand trop vite. « Ce serait bien d’en avoir moins de 22. Mais je ne pense pas que nous en aurons moins, surtout avec Liberty. »

Or, à la différence de la F1, en MotoGP, les équipes n’ont pas les moyens de doubler les effectifs pour faire tourner le personnel. « Les revenus actuels ne permettent pas de financer un mécanicien supplémentaire par pilote. »

Résultat : fatigue, blessures, pilotes absents et impossible d’en faire des ambassadeurs marketing quand ils sont à l’hôpital…

La solution est simple… mais difficile : « des revenus. Absolument. Des sponsors. Dès qu’un sponsor majeur rejoint le MotoGP, nous en tirerons profit en tant que marque MotoGP » dit Rivola.

Le MotoGP est le meilleur spectacle du monde sur le plan sportif. Mais il n’est pas encore une marque globale suffisamment désirable. Liberty Media a commencé à pousser. Dorna commence à suivre.

Mais comme le montre Aprilia, le chemin sera long. Et si le MotoGP ne trouve pas rapidement le moyen de créer des stars, les sponsors continueront de regarder ailleurs, même quand les motos gagnent.

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