pub

Malgré quelques belles prestations ici et là, la saison 2022 Moto2 a été difficile pour les belles Kalex de l’American Racing Team, le très titré Cameron Beaubier concrétisant rarement sa vitesse en piste et Sean Dylan Kelly figurant souvent dans les profondeurs du classement malgré des essais de pré-saison encourageants.

Avec un fer de lance concluant 17e et un espoir 29e, dresser le bilan avec Matthieu Grodecoeur, le responsable technique de la structure américaine, aurait pu aboutir à une classique interview mêlant excuses et langue de bois, voire même à un refus… C’est tout le contraire ! Un fait suffisamment rare pour être souligné et tout à l’honneur de l’ingénieur français que l’on remercie grandement !


 Matthieu, peux-tu d’abord nous dresser un bilan de la saison 2022 pour l’American Racing Team ?

Matthieu Grodecoeur : « Dans l’ensemble, le bilan est quand même assez mauvais. On est clairement passé très très loin de tous nos objectifs, pour différentes raisons. Chaque pilote avait ses propres objectifs en fonction de son parcours précédent. L’objectif de base était quand même de jouer le plus possible devant avec Cameron et d’essayer de marquer des points de temps en temps avec Sean. On a réussi à marquer des points de temps en temps avec Sean, mais sur des conditions particulières et on n’a pas réussi à retrouver en saison le niveau de performance qu’il a eu lors des essais hivernaux. On sait que les projets basés sur des pilotes qui viennent de l’extérieur, et pas forcément du milieu des Grands Prix, sont compliqués mais on était déjà passé par là avec Iker (Lecuona) donc on savait qu’il ne fallait pas toujours se fier à la première impression : Par exemple, avec Iker, sa première vraie saison en 2017 a été très, très compliquée, avec beaucoup de blessures et pas de point. Pourtant, on avait confiance en lui et à la fin de 2017 tout le monde voulait le virer, KTM les premiers, et pourtant il a fait une super saison 2018, une super saison 2019 et il a même fini par rouler chez KTM. Donc il ne faut jamais vraiment lâcher le morceau, mais c’est clair que c’est clairement compliqué de se jeter dans le milieu des Grands Prix Moto2 quand on ne vient pas de la Moto3. »

« Donc avec Sean on est passé à côté parce que je pense qu’il y a une gestion de la pression et de la manière de travailler que l’on n’a pas su corriger : Même si l’on a détecté les erreurs très tôt, on n’a pas su les corriger d’une manière collective, que ce soit moi ou que ce soit John (Hopkins). On a eu beaucoup beaucoup de mal à trouver les clés même si on sait qu’il a la capacité d’aller vite, comme il l’avait montré lors des tests hivernaux à Jerez, que ce soit en 2021 ou février 2022. Globalement, je ne sais pas pourquoi : Il y a eu des séances qui ont montré des signes encourageants, mais dans l’ensemble, oui, c’était très loin de ce qu’on voulait. L’idée est donc de beaucoup travailler cet hiver pour essayer de comprendre et commencer la saison 2023 sur un pied différent. On a donc choisi d’embaucher Julien Robert de chez Marc VDS en tant que crew chief, en espérant que lui arrive à canaliser ça par le travail et la communication, et à extraire le maximum de Sean. On a donc un peu réorganisé l’équipe par rapport à ça et on verra comment ça va se passer. »

 

 

« Du côté de Cameron, c’était compliqué parce que c’était quelqu’un qui arrivait de l’extérieur avec un palmarès, et qui arrivait aussi avec un âge relativement avancé. Il a donc été difficile de lui inculquer le fait qu’il fallait s’entraîner, car s’il avait clairement la vitesse nécessaire, pour finir il faut aussi avoir « la caisse ». Il y a donc eu beaucoup d’erreurs en course, avec des erreurs de stratégie et des chutes en fin de course. En interne, cela a été un peu compliqué, car Eitan (Butbul), le propriétaire, et moi, nous avions un avis assez différent de John et Stuart, le crew chief, sur la manière d’aborder les choses. Eux étaient très « il faut laisser faire le pilote » et nous on disait plutôt qu’il valait quand même mieux finir les courses et marquer des points : Septième, c’est mieux que de finir par terre !
Cela a donc été clairement une galère, globalement parce qu’il ne s’est pas entraîné de l’année. Il s’est complètement reposé sur sa capacité à aller vite, sans essayer de construire les choses de manière différente, en essayant d’aller un peu moins vite mais en allant jusqu’au bout. En gros, on a vraiment eu la sensation qu’après le Portugal il recherchait uniquement à faire le podium : Si le podium n’était pas là, il valait mieux tomber. Ça a été très très dur à vivre de voir qu’on a une capacité de faire des choses et qu’on jette toutes nos chances à la poubelle tous les week-ends ! Le nombre de fois où cela est arrivé est indescriptible ! La Thaïlande, c’est incompréhensible : Le gars, il n’a pas dû voir qu’il pleuvait ! Je ne sais pas, je ne comprends pas : Comment tu peux te retrouver par terre comme ça en quatre virages, en sachant que la course va être longue ? Plein de fois, il aurait pu faire des trucs de dingue, et plein de fois, ça a fini par terre. »

 

 

« Je tiens quand même à préciser que ce n’est pas du tout lié à sa décision de partir, parce que nous, nous étions convaincus qu’il fallait continuer avec lui. En fait, sa décision de partir est plutôt liée à un certain mal du pays et au fait qu’il va être papa. Donc pour lui, il n’arrivait pas à faire ce qu’il voulait en Europe, il était loin de sa famille et il va avoir un enfant : Du coup c’était plus logique pour lui de retourner chez lui.
Le gros souci dans tout ça, c’est que ça a été décidé beaucoup trop tard, et il n’y avait donc aucune chance pour nous de nous retourner : Cela a été un vrai problème dans la sélection d’un deuxième pilote, car au moment où il nous a annoncé ça, il n’y avait plus de pilote disponible. On a essayé de se battre un peu pour Senna (Agius, 2e du CEV) mais vu que l’IRTA et la Dorna refusaient catégoriquement de le faire rouler (en début de saison), c’est  compliqué de prendre quelqu’un pour seulement quelques courses. »

Merci, on comprend mieux pourquoi l’année prochaine votre pilote le plus rapide ne sera pas là et pourquoi vous gardez celui qui s’est montré moins rapide…
D’un point de vue technique, on a vu que vous aviez signé un accord avec BOSS AI, une société d’intelligence artificielle, un domaine que tu utilisais déjà pour les pneus, comme Ducati le fait depuis plusieurs années en MotoGP avec MegaRide. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus là-dessus ?

À suivre demain…

 

 

Tous les articles sur les Pilotes : Cameron Beaubier, Sean Dylan Kelly

Tous les articles sur les Teams : American Racing Team