Le signal est fort. CFMoto ne veut plus être un simple partenaire technique dans les catégories inférieures. En sécurisant 51 % du capital de Kalex, le constructeur chinois vient de poser l’un des actes industriels les plus significatifs de ces dernières années en Grand Prix. Ce n’est pas seulement une prise de participation. C’est une déclaration d’intention.
Basée à Bobingen, près de Munich, Kalex n’est pas un acteur secondaire du paddock. Depuis le premier titre Moto2 remporté avec Stefan Bradl en 2011, la société allemande a construit un quasi-monopole technique dans la catégorie intermédiaire.
Entre 2012 et 2023, Kalex a remporté chaque championnat des constructeurs. Aujourd’hui encore, 20 des 28 pilotes Moto2 roulent sur un châssis Kalex. Autrement dit, contrôler Kalex, c’est contrôler le cœur technologique du Moto2.
L’entreprise ne s’est pas limitée à la catégorie intermédiaire. Elle a travaillé avec Honda en MotoGP, développant bras oscillants et châssis en 2022 et 2023. Son savoir-faire dépasse largement le cadre d’un simple fournisseur Moto2.
CFMoto ne rachète donc pas une structure. Elle rachète une expertise stratégique.

CFMoto : une ambition MotoGP à peine voilée
Depuis plusieurs années, CFMoto cherche un accès direct à l’élite. L’entreprise avait exploré la possibilité de reprendre la division course de KTM en MotoGP, mais les discussions auraient échoué face à des exigences financières proches des 100 millions d’euros.
L’opération Kalex change la donne.
Plutôt que d’acheter une équipe existante à prix d’or, CFMoto met la main sur un bureau d’ingénierie dominant, capable de concevoir un châssis compétitif pour la catégorie reine.
Le schéma devient crédible : utiliser un moteur existant – comme l’ont fait d’autres constructeurs entrants – et développer un châssis propriétaire via Kalex. Une stratégie plus progressive, mais potentiellement plus solide à long terme.
Le timing n’est pas anodin. Les règlements 2027 redistribueront partiellement les cartes techniques en MotoGP. Dans ces périodes de transition réglementaire, les hiérarchies peuvent vaciller, et les nouveaux entrants trouvent plus facilement leur place.
CFMoto s’installe d’abord dans la chaîne de valeur, consolide sa crédibilité industrielle, puis observe.
Rien ne sera immédiat. À court terme, le Moto2 ne devrait pas connaître de bouleversement majeur. Kalex continuera probablement à fonctionner avec son ADN technique intact. Mais à moyen terme, la structure pourrait devenir la base d’un programme MotoGP.
Ironie du calendrier : dans la future catégorie Moto3 à motos uniformisées prévue pour 2028, Kalex devait initialement développer le châssis tandis que CFMoto fournirait le moteur. Yamaha a finalement remporté l’appel d’offres.
Plutôt que d’accepter un rôle secondaire, CFMoto a choisi une autre voie : devenir propriétaire.
Le message est limpide : le constructeur chinois ne veut plus être un simple fournisseur. Il veut être acteur majeur.
La vraie question reste ouverte : CFMoto se contentera-t-il de consolider son influence en Moto2, ou utilisera-t-il Kalex comme tremplin vers le MotoGP ?
Entrer en catégorie reine implique de sécuriser une équipe partenaire, un moteur compétitif et un engagement financier conséquent. Mais l’acquisition de Kalex réduit considérablement la barrière technologique.
Le premier mouvement est stratégique. Le second pourrait être historique. Et dans un paddock où les équilibres industriels évoluent rapidement – entre Liberty Media, les nouvelles réglementations et les repositionnements des constructeurs – CFMoto vient de placer un pion qui pourrait, à terme, bouleverser l’échiquier.
Les moteurs ne sont pas encore lancés en MotoGP pour la marque chinoise. Mais le projet, lui, vient clairement de démarrer.

























