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Rencontre avec Barry Baltus lors du roulage organisé par Johann Zarco à Carthagène, qui s’annonce être à nouveau l’un des hommes forts du Moto2 cette année.

Nous poursuivons notre série d’interviews réalisée à Carthagène, dans le cadre du roulage organisé par Johann Zarco, avec Barry Baltus. Troisième du championnat du monde de Moto2 2025, il a franchi un cap. Depuis son transfert chez Fantic Racing, l’une des structures les plus performantes du plateau, le Belge de 21 ans s’affirme comme l’un des talents les plus prometteurs de la catégorie. À l’aube d’une saison 2026 décisive pour son avenir, il évoque pour PaddockGP sa progression, et ses ambitions… jusqu’au MotoGP.

Barry Baltus

Crédit photo : Zelos

Bonjour Barry, félicitations pour ton excellente saison 2025. C’était ta meilleure campagne en Grand Prix, tu en gardes une course modèle ?

Oui, il y en a. D’abord, le premier podium avec ma nouvelle équipe, c’était chouette. Ensuite, il y a la première fois que j’ai pris la tête d’un Grand Prix, en Aragon [Espagne, Ndlr.]. Avec l’équipe, on s’était dit que la priorité n’était pas de terminer la course, mais de mener des tours. Finalement, j’ai mené pendant les deux tiers de la course. C’était vraiment une bonne saison, j’ai impressionné tout le monde.

Tu t’es aussi impressionné ?

Oui, je ne m’attendais pas à ça. En réalité, je me bats avec tous les pilotes qui étaient avec moi en Championnat d’Espagne, il y a 10 ans. Quand je suis arrivé en championnat du monde, je n’avais pas leur niveau. Donc c’était une excellente saison, j’ai pris beaucoup de plaisir. Terminer troisième du championnat, c’était vraiment la cerise sur le gâteau. Évidemment, la victoire manque encore, mais comme je le dis souvent, ce n’est que partie remise pour cette année.

Qu’est-ce qui a provoqué le déclic que tu as eu cette année ?

Je dirais que j’ai beaucoup plus confiance en moi, et porter les couleurs de Fantic dans le paddock m’a beaucoup aidé. Cette confiance, elle vient de l’équipe. Avant, je roulais beaucoup à l’instinct. Cette saison, j’ai découvert ce que c’était de travailler méthodiquement : se fixer des objectifs précis à chaque séance. L’équipe m’a appris que la performance ne dépend pas seulement du talent ou du feeling. Il y a énormément de travail derrière, en dehors de la piste. Aujourd’hui, chaque séance a un but. Avant, il n’y avait pas de plan, je roulais à l’instinct.

Comment tu décrirais la saison 2025 en un mot ?

Kiffante !

En quoi le Barry Baltus de 2026 est-il différent de celui de l’an dernier au même stade de la saison ?

Ah, il est totalement différent. L’an passé, je me plaçais systématiquement derrière Johann Zarco pour essayer de le suivre lorsqu’on s’entraînait ensemble. Maintenant, je trace ma propre route. Je pars devant, je fais mon job, sans me soucier de ce que font les autres. Ça prouve que j’ai pris confiance, mais aussi de la maturité. Je grandis, c’est peut-être ça le plus important. Cette confiance, elle me permet d’aborder différemment les objectifs : les cinq premières courses de la saison vont être cruciales. Comme on le sait, beaucoup de choses vont changer en MotoGP en 2027, et mon objectif principal est de décrocher un contrat en catégorie reine.

Une victoire sur ton CV, ça t’ouvrirait plus de portes…

Oui, ça t’ouvre 100 fois plus de portes, et ça te donne confiance en toi. C’est ce qu’il me manquait l’an dernier, une petite victoire. J’ai mené des courses, j’ai fait une pole, mais je n’ai pas encore gagné de course. C’est un nouvel objectif pour l’année qui arrive.

Tu sembles beaucoup plus solide mentalement.

J’ai changé de préparateur mental, et ça m’a fait énormément de bien. Il faut aussi dire que le positif attire le positif, et en 2025 je n’ai pas eu de très mauvais week-ends. J’ai appris à relativiser, à comprendre pourquoi une séance ne se passe pas bien et à rebondir. Avant, les mauvais week-ends s’enchaînaient parfois. Lors de la dernière campagne, même quand on terminait une séance 20e, on savait pourquoi. C’est ce qui permet de ne pas douter.

Tu sembles aussi avoir appris à “lâcher prise”, surtout après un mauvais résultat.

Oui, lâcher prise sur l’événement, le stress qu’il y a d’être pilote de Grand Prix et simplement kiffer tous les instants sur la moto. Quand tu fais un podium, il faut le savourer jusqu’au lundi matin, parce que c’est difficile d’en obtenir un. C’est clair que je lâche prise beaucoup plus qu’auparavant.

Sur quel aspect tu penses avoir le plus progressé en piste ?

Le rythme de course. Désormais, dès le vendredi, on se concentre là-dessus, par sur le chrono, et ça change tout. On cherche la constance : quand on met un pneu neuf, ce n’est pas pour aller chercher le meilleur chrono, mais pour le garder le plus longtemps. Désormais mes chronos après 15 tours sont bien meilleurs que par le passé.

Au contraire, sur quel aspect tu dois le plus progresser en 2026 ?

Les départs, clairement. Si je faisais de meilleurs départs, j’aurais au moins remporté 2 ou 3 victoires en 2025.

Continuons sur 2026. Tu resteras pilote Fantic, l’une des meilleures structures du paddock en Moto2. Qu’est-ce qui la rend différente ?

Tout est professionnel : la méthode, les ingénieurs, l’organisation. C’est comme passer d’un club amateur à un centre de formation d’un grand club. Les moindres détails font la différence. Ces deux dixièmes que tu perds ailleurs, chez Fantic tu les gagnes sans rien faire de plus, juste parce que tout est optimisé.

Cette saison, tu auras une place de « numéro 1 » dans l’équipe, ça change quelque chose ?

Pas vraiment, je vais essayer de m’inspirer de toutes les erreurs de mon dernier coéquipier [Arón Canet, Ndlr.] lorsqu’il était numéro 1, et essayer de grandir avec ce statut.

Tu auras Tony Arbolino comme coéquipier. Quelle relation vous avez ?

On s’est croisés pour la première fois aux tests de fin de saison l’an dernier, et il m’a semblé très sympa. C’est un bosseur, et l’objectif est d’être champions du monde par équipe. Ce serait la meilleure récompense pour tout le monde. Je pense qu’il va être rapide directement. C’est chouette pour l’équipe, et ce sont des bonnes données.

Ce sera certainement plus simple que de travailler avec Arón Canet… C’était compliqué par moments cette année ?

Au début ce n’était pas difficile. C’est vrai qu’au fil de la saison, on ne se parlait limite plus et chacun faisait son travail. À un moment, j’ai préféré lâcher prise. C’est dommage, c’est vrai que ce n’est pas facile de travailler avec lui. Malgré tout, avec mon côté du garage, l’ambiance de travail est excellente, et si mon coéquipier veut jouer le jeu, c’est avec plaisir, s’il ne le souhaite pas, c’est pareil. On est ouverts, mais surtout très concentrés sur notre travail.

Le titre de champion du monde de Moto2 est dans un coin de ta tête ?

Le titre, évidemment, c’est dans un coin de ma tête. Mais déjà refaire la même saison qu’en 2025 serait exceptionnel. Ce qui m’importe le plus, c’est de décrocher un contrat MotoGP.

Ça te met la pression d’être l’un des pilotes les plus attendus du plateau, voire du paddock en 2026 ?

Pas de pression. J’ai déjà montré ce que je savais faire. Maintenant, il faut confirmer. On garde la même méthode, la même équipe, et normalement, tout devrait bien se passer.

Le retour d’un pilote belge sur la grille de MotoGP, ça peut changer quelque chose pour la moto en Belgique ?

Je ne sais pas si je peux vraiment changer les choses. Le circuit doit subir quelques modifications, mais c’est clair que si je monte en MotoGP, et que la discipline revient à Spa, ce serait un truc de dingue. Je l’espère de tout cœur, c’est un magnifique circuit.

Xavier Siméon nous disait récemment que tu n’es pas seulement le plus grand talent belge, mais l’un des pilotes les plus prometteurs que le monde de la moto compte actuellement.

C’est très flatteur. Mais je préfère rester modeste. Ce que je veux, c’est prouver sur la piste que je mérite ma place en MotoGP. Aujourd’hui, il faut être le meilleur pour décrocher un guidon en MotoGP. Notre nationalité peut jouer en notre faveur. Je le sais, alors je continue à bosser pour ça.

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