Le Grand Prix de Thaïlande a envoyé un signal très clair au paddock : Aprilia n’est plus simplement un outsider en MotoGP. La marque de Noale s’impose désormais comme une menace crédible pour l’hégémonie de Ducati. La victoire de Marco Bezzecchi à Buriram, combinée à une performance collective impressionnante — les quatre motos Aprilia terminant dans le top 5 — a marqué les esprits. Et surtout, elle a mis fin à une statistique impressionnante : la série de 88 courses consécutives avec une Ducati sur le podium.
Dans ce contexte, Ducati ne semble pas attendre pour réagir. Selon l’ancien pilote MotoGP et champion du monde Superbike Sylvain Guintoli, le constructeur italien travaillerait déjà sur une évolution aérodynamique destinée à contrer les progrès réalisés par Aprilia.
Lors d’un épisode du podcast Gas It Out, Guintoli est revenu sur les images captées lors des essais MotoGP de Jerez la semaine dernière, où Michele Pirro roulait avec un prototype Ducati. Pour le consultant français, plusieurs éléments observés sur la moto indiquent clairement qu’il ne s’agissait pas de simples essais techniques, mais plutôt d’un travail orienté vers une mise à jour de la machine actuelle.
« Ils travaillent encore sur la moto de 2026. Même si les constructeurs se concentrent sur 2027, les nouvelles 850 et la nouvelle réglementation, ils travaillent toujours sur la moto de cette année. »
Guintoli souligne que les images de Pirro révélaient plusieurs détails intéressants. « Sur les images de Michele Pirro que nous avons vues, il était équipé de pneus Michelin, et il semblait bien que le dispositif de correction d’assiette se soit activé à la sortie du dernier virage. »

Un test Ducati mêlant Michelin et Pirelli
Mais l’élément le plus intrigant concerne l’aérodynamique. « De plus, il semblait qu’ils utilisaient un kit aérodynamique différent. Cela ressemble donc davantage à des tests en vue d’une amélioration. Ducati, évidemment, ne fait aucune concession, mais ils ont droit à une seule amélioration aérodynamique par an. »
Autrement dit, Ducati pourrait préparer son unique évolution aérodynamique autorisée par le règlement afin de répondre au bond en avant d’Aprilia.
Les essais de Jerez avaient également une dimension particulière. Les tests ont été réalisés dans un contexte hybride où Michelin, fournisseur actuel du MotoGP, était présent, mais où Pirelli participait également en vue du futur changement de fournisseur prévu dans les prochaines années.
Guintoli précise que ces essais ont permis de commencer à travailler avec ces nouvelles gommes.
« C’était comme un test mixte où Michelin était présent, mais Pirelli l’était aussi, donc ils ont forcément commencé les tests avec Pirelli. »
Il ajoute cependant que les pneus MotoGP développés par Pirelli seront spécifiques à la catégorie reine.
« Cela dit, ils vont utiliser des pneus spécifiques pour le MotoGP. Nous envisageons donc des pneus légèrement différents de ceux utilisés actuellement en Championnat du Monde Superbike, ainsi que des pneus slicks qu’ils commercialisent. »
Si Ducati travaille déjà sur une réponse technique, c’est parce qu’Aprilia a clairement frappé fort avec sa RS-GP26. Lors du lancement de la moto en début d’année, les ingénieurs de Noale avaient déjà laissé entendre que l’aérodynamique serait l’un des axes majeurs de leur développement.
Bezzecchi lui-même avait évoqué un carénage « super agressif » introduit sur la nouvelle machine, conçu pour compenser l’avantage traditionnel de Ducati en matière de motorisation.
Mais la vraie surprise est apparue lors des essais hivernaux : Aprilia a introduit un conduit d’admission inspiré de la Formule 1, une solution technique spectaculaire qui améliore le flux d’air vers le moteur. Ce type de dispositif est interdit en F1 pour des raisons de sécurité, mais Aprilia semble avoir trouvé une adaptation conforme aux règles du MotoGP.
Ce travail aérodynamique avancé a probablement été l’un des facteurs clés de la victoire de Bezzecchi à Buriram et de la performance globale des motos de Noale.
Il est évidemment trop tôt pour conclure à un renversement de la hiérarchie en MotoGP. Ducati reste la référence du plateau et dispose d’une profondeur technique et sportive considérable.
Mais le message envoyé par Aprilia est clair : la bataille pour le titre 2026 ne sera plus un duel à sens unique.
Et si l’on en croit les indices observés à Jerez, la réponse de Borgo Panigale est peut-être déjà en préparation dans les souffleries italiennes.

























