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Yamaha

L’histoire entre Yamaha et Fabio Quartararo ressemble de plus en plus à une tragédie annoncée. Officiellement, rien n’est signé avec Honda. Officieusement, tout semble déjà joué. Car au-delà des rumeurs, ce sont les faits de Sepang qui parlent : un moteur V4 en difficulté, une fiabilité douteuse, une vitesse de pointe inquiétante… et un champion du monde qui ne veut plus attendre. Avec le recul, l’incapacité de Yamaha à construire un récit autour de l’un des talents les plus prometteurs de sa génération pourrait être considérée comme l’un des plus grands ratés de l’histoire moderne du MotoGP.

Quand Quartararo arrive en MotoGP en 2019 avec Petronas SRT, il n’est plus l’enfant prodige annoncé en Moto3 en 2015. L’aura s’est érodée, le doute s’est installé. Mais l’équipe malaisienne voit en lui ce que d’autres ne perçoivent plus : un talent brut qui n’attend qu’un cadre pour exploser. Sept podiums dès sa saison rookie, des victoires en 2020, puis le titre mondial en 2021 — premier pour Yamaha depuis Jorge Lorenzo en 2015.

En 2021, tout semblait aligné. Yamaha tenait son nouveau leader, son nouveau cycle. Mais ce qui devait être le début d’une ère dorée s’est transformé en lente érosion.

En 2022, malgré trois victoires, Ducati prend l’ascendant. Pecco Bagnaia efface 91 points de retard et arrache le titre. À partir de là, la spirale est enclenchée. Trois podiums en 2023. Aucun en 2024. En 2025, un seul podium en Espagne, six pole positions héroïques, mais une neuvième place finale — avec plus de points que les trois autres Yamaha réunies. Un champion isolé.

Le V4, plan de sauvetage… ou aveu d’échec chez Yamaha ?

Consciente de l’urgence, Yamaha investit massivement dans un moteur V4 inédit, en parallèle du projet 850 cc prévu pour 2027. L’objectif : redevenir compétitive et convaincre Quartararo de prolonger.

Mais à Sepang, le scénario vire au cauchemar. Quartararo chute violemment au virage 5 dès la première journée, se fracture un doigt, revient courageusement en piste pour signer le 9e temps. Puis tout s’arrête. Un problème électrique l’oblige à stopper sa machine. Yamaha affirme connaître l’origine du souci… sans pouvoir le résoudre.

Max Bartolini, directeur technique, explique : « Hier, Fabio s’est arrêté en piste. Nous avons examiné le problème, mais n’avons pas trouvé de solution évidente. Nous avons une piste, mais compte tenu de la sécurité des pilotes – les nôtres et ceux des autres – nous avons décidé de bien comprendre le problème avant de reprendre la piste. »

Le lendemain, Yamaha retire ses motos. Officiellement pour des raisons de sécurité. Officieusement, les rumeurs parlent de surchauffe moteur. Plus grave encore : les vitesses de pointe placent la M1 à près de 10 km/h de la meilleure KTM.

Quartararo lui-même a décrit la position actuelle du V4 comme étant « très, très éloignée » de celle des autres machines. Pour un pilote qui réclame une moto capable de gagner immédiatement, le message est clair.

Ironie du calendrier : au moment où Yamaha vacille, Honda affiche un optimisme retrouvé. Joan Mir identifie la RC213V 2026 de meilleure Honda qu’il ait pilotée. Aleix Espargaró va plus loin, parlant de la meilleure moto qu’il ait jamais essayée en MotoGP.

Mir tempère néanmoins : « L’adhérence arrière doit encore être améliorée. » Mais l’élan est là. L’énergie aussi. Et dans un paddock où la dynamique compte presque autant que la performance brute, l’image joue un rôle déterminant.

Paolo Pavesio tente de garder la porte ouverte : « Fabio est chez Yamaha depuis sept ans… Nous avons hâte de nous réunir pour planifier notre avenir. J’espère qu’un avenir est possible si nous partageons la même volonté de construire ensemble. »

Puis il ajoute, lucide : « Si cela convainc Fabio de partir, je devrai l’accepter. » La phrase sonne presque comme une résignation.

Car cette année MotoGP devait être une saison d’apprentissage pour Yamaha, pas une saison de rupture. Personne n’attendait des victoires immédiates. Mais il fallait au moins montrer un potentiel. Un cap. Une direction crédible.

Pour l’instant, les essais de Sepang n’ont fait que renforcer l’idée que Quartararo pourrait déjà avoir choisi.

Si Honda continue sur sa trajectoire ascendante et que Yamaha ne résout pas rapidement ses problèmes de fiabilité et de puissance, l’histoire retiendra peut-être que le divorce ne s’est pas joué sur un contrat… mais sur un moteur V4 incapable de tenir ses promesses.

Et dans ce cas, le plus grand échec de Yamaha ne serait pas d’avoir perdu un champion. Mais de n’avoir jamais réussi à lui donner les armes pour régner durablement.

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