Le retour du Grand Prix du Brésil en MotoGP devait être une fête. Il s’est transformé en démonstration inquiétante d’improvisation… voire d’entêtement. Car derrière les images spectaculaires d’un public brésilien en fusion et d’un Marco Bezzecchi impérial, une autre réalité, bien moins reluisante, s’est imposée : celle d’un événement précipité, mal préparé, et imposé contre l’avis même de ses organisateurs.
Sur la piste, Aprilia a signé un nouveau coup de force avec un doublé Bezzecchi–Jorge Martin, confirmant son ascendant en ce début de saison. Mais hors de la piste, le week-end a viré au chaos. Inondations soudaines dès jeudi, apparition d’un trou samedi avant le sprint, puis une course dominicale écourtée de 31 à 23 tours… Le tout sous tension maximale.
Symbole de cette confusion : les caméras ont capté un Davide Tardozzi furieux, apprenant à la dernière minute les modifications de course, s’en prenant directement à Carlos Ezpeleta. Une scène rare, presque brutale, révélatrice du malaise général.
Et au fil des tours, la situation n’a fait qu’empirer. Le bitume s’est dégradé, projetant des pierres sur les pilotes. Carlo Pernat n’a pas hésité à qualifier l’événement de peu professionnel. Mais le plus troublant restait encore à venir.
Car selon le journaliste Gavin Emmett, la présence du MotoGP à Goiânia en 2026 n’était tout simplement pas prévue.
Dans le podcast Paddock Pass, il lâche une bombe : les organisateurs ne voulaient pas accueillir le MotoGP cette année. Leur plan était clair — tester d’abord le circuit avec le Superbike, avant de monter en puissance en 2027. Mais Dorna et l’IRTA en ont décidé autrement.
« Je veux dire, il y a tellement de choses qui ne vont pas, vous avez tout à fait raison. Les fans ont prouvé que le Brésil mérite un Grand Prix. Ils étaient fantastiques, l’ambiance était fantastique, le spectacle était fantastique. »
Avant d’enfoncer le clou :
« Si j’ai bien compris, le circuit ne voulait pas du MotoGP cette année, mais plutôt de l’année prochaine. Ils souhaitaient organiser le Championnat du Monde Superbike cette année afin de pouvoir faire des essais à sec, s’entraîner avec beaucoup moins de pression et de visibilité. »

« C’était étrange de voir au Brésil des prisonniers d’une prison locale travailler et participer à des travaux de construction et d’entretien »
Une montée en gamme progressive… balayée par une pression insistante des instances dirigeantes :
« Parler de Dorna ou de la MSEG, de leurs activités, s’enquérir des progrès réalisés… Nous savons que l’IRTA, le responsable de la sécurité de la FIM et bien d’autres personnes se sont également rendus sur le circuit à plusieurs reprises. »
« Je pense qu’ils étaient également présents sur la piste, soit entre les essais de Sepang et de Buriram, soit après ceux de Buriram ; cela s’est produit à de très nombreuses reprises car ils ont exercé une forte pression sur la piste. »
Résultat : un circuit manifestement pas prêt. Et les témoignages recueillis sur place sont accablants.
Selon des sources internes, les conditions étaient « loin d’être acceptables » pour les standards du MotoGP. Une analyse confirmée par le journaliste Neil Morrison :
« Le fait que tant de ces choses se soient produites en l’espace de cinq ou six jours montre bien que l’événement était loin d’être prêt. »
« Oui, les fans étaient présents en grand nombre dès vendredi, mais lorsque nous avons parlé aux gens, à nos collègues qui sont sur le circuit, je pense qu’il y avait un consensus très général sur le fait que les installations étaient loin d’être acceptables pour une série de courses internationales. »
Et le tableau devient presque irréel :
« Je veux dire, un jour il n’y avait plus d’eau courante dans les toilettes, je pense que des eaux usées brutes flottaient dans le paddock à certains endroits. »
« C’était étrange de voir des prisonniers d’une prison locale travailler et participer à des travaux de construction et d’entretien. C’était vraiment bizarre, toutes ces scènes étaient assez étranges. »
Derrière le succès populaire indéniable, une question brûle désormais toutes les lèvres dans le paddock : le MotoGP a-t-il sacrifié ses standards pour accélérer son expansion ?
Si le Brésil a prouvé qu’il méritait sa place au calendrier, il a aussi rappelé, de manière brutale, qu’un Grand Prix ne s’improvise pas.
Le succès populaire (tribunes combles, ambiance électrique) a sauvé les apparences TV, mais en interne, c’est une mutinerie. Dorna a voulu prouver que le MotoGP pouvait conquérir de nouveaux marchés rapidement sous l’ère Liberty Media, mais elle a failli sacrifier la sécurité des pilotes. Ce « fiasco brésilien » servira de leçon : forcer un circuit à brûler les étapes finit toujours par se payer cash en termes d’image.




























