Le MotoGP voulait marquer les esprits avec son grand retour au Brésil. Mission accomplie… mais pas pour les bonnes raisons. À Goiânia, ce n’est pas seulement la météo qui a perturbé le week-end : c’est littéralement la piste qui s’est ouverte sous les roues des pilotes. Oui, un trou. En pleine ligne droite de départ/arrivée.
Un incident surréaliste, conséquence directe des pluies torrentielles des derniers jours, qui ont fragilisé les fondations du circuit flambant neuf. Résultat : un affaissement soudain de l’asphalte, obligeant la direction de course à suspendre le programme dans l’urgence.
Et pourtant, fidèle à son ADN spectaculaire — parfois à la limite du raisonnable — le MotoGP a choisi de continuer.
La réparation ? Un béton spécial à séchage rapide, appliqué en urgence sur une zone fragilisée par une canalisation fissurée. Une solution express pour sauver la journée.
Jorge Viegas, Président de la FIM, a tenté de rassurer :
« Le trou causé par la pression excessive de l’eau de ces derniers jours dans une canalisation d’évacuation fissurée a été réparé. »
« La zone érodée par l’eau sous la chaussée a été entièrement remblayée et refaite à neuf. Les responsables de la sécurité ont effectué une inspection sur l’ensemble du parcours afin d’écarter tout risque d’affaissement supplémentaire. »
Mais même lui le reconnaît, presque incrédule :
« Honnêtement, je n’ai jamais rien vécu de tel, mais le plus important est qu’il n’y ait pas eu d’accident. »

Marc Marquez : « à un moment donné, j’étais un peu agacé par les décisions« , le Brésil ne tient qu’à un fil
Voilà où en est le MotoGP en 2026 : croiser les doigts… et espérer. Car toute la décision de maintenir la course repose sur un détail presque absurde : le trou n’était pas sur la trajectoire idéale.
Marc Marquez, vainqueur du sprint, l’explique sans détour :
« Le trou était hors de la trajectoire idéale, et c’est ce qui nous a permis de terminer la course. Il est vrai qu’ils ont fait un travail fantastique, mais nous espérions que le trou ne s’étende pas sur la trajectoire idéale, sinon la moto aurait été impraticable. »
Autrement dit : si la fissure avait été placée un mètre plus à gauche… tout s’arrêtait. Et malgré tout, Marquez relativise — presque fataliste :
« Ce sont des choses qui arrivent avec les nouveaux circuits. Celui-ci a été construit en un an, en dix mois pour être précis, et ils ont fait du très bon travail. »
Un discours diplomatique… mais qui en dit long sur la précipitation autour de ce projet. Au-delà du danger potentiel, c’est toute la gestion du week-end qui a irrité le paddock. Horaires modifiés, procédures interrompues, routines cassées… un chaos total.
Marc Marquez résume parfaitement le problème :
« À un moment donné, j’étais un peu agacé par les décisions, car ce n’est pas facile pour un pilote : se préparer, se détendre, se préparer à nouveau, se détendre encore. »
« Nous avons nos rituels, nos méthodes d’échauffement spécifiques. C’est un point que nous devons améliorer pour l’avenir. Cependant, il est vrai que la situation à laquelle nous avons été confrontés était exceptionnelle. »
Même son de cloche chez Pedro Acosta, presque surpris que la course ait lieu :
« Honnêtement, c’est déjà beaucoup que nous ayons pu disputer le sprint, même s’il a été retardé de plus d’une heure. Je n’avais jamais vu de trou sur une piste auparavant, et certainement pas en MotoGP. »
Quant à Jorge Martin, il insiste sur la difficulté mentale : « ce n’est pas facile de maintenir sa concentration plus d’une heure et demie après. »
« J’ai simplement refait ma routine, comme avant. Ils l’ont réparé. Je ne l’avais même pas vu. Je pense que c’était hors trajectoire. On peut rouler avec un trou parce qu’il n’est pas sur la trajectoire idéale ; pour nous, les pilotes de MotoGP, c’est gérable. » Gérable… mais jusqu’à quand ?
« Le plus important, souligne Fabio Quartararo, c’est qu’un tel incident ne se produise pas sur la trajectoire idéale. »
Et il rappelle : « surtout pour la Moto3, car ils roulent partout. Pour nous, c’est plus clair sur les circuits, mais j’espère que la piste tiendra le coup à de nombreux endroits. » Après une longue interruption, la course sprint a enfin pu avoir lieu.
Le MotoGP voulait reconquérir le Brésil avec un événement spectaculaire. Il a surtout exposé ses failles : précipitation dans la préparation, dépendance totale à la météo, et décisions prises à la limite de la sécurité.
Dans un contexte où Liberty Media cherche à transformer le MotoGP en produit global premium, ce genre d’épisode fait tache. Très tache.
Car une question simple reste en suspens : et si le trou avait été sur la trajectoire ? Ce week-end aurait été stoppé net. Et le retour du MotoGP au Brésil se serait transformé en fiasco total.
Au lieu de ça, le championnat s’en sort… de justesse. Mais avec une certitude : à Goiânia, tout ne tenait qu’à quelques centimètres.




























