Enea Bastianini

Carlo Pernat est un chroniqueur qui aime mettre son grain de sel dans un paddock qu’il connait comme sa poche et qui lui fournit toujours la matière première, soit la rumeur. Mais c’est aussi un manager avisé et recherché. L’Italien choisit ses ouailles et il gère aujourd’hui au mieux les intérêts de Tony Arbolino et d’Enea Bastianini. Ce dernier, après une saison 2022 exemplaire qui lui a ouvert les portes de l’usine Ducati est passé, par ce fait, dans une autre dimension sportive, politique et économique. La mission du manager en devient d’autant plus sensible. Le vétéran de 75 ans à qui on ne la fait plus nous dit tout sur une situation que ses autres collègues enrobent toujours d’un grand secret…

Car ce que va nous dire ici Carlo Pernat est bien sûr à décliner sur les autres pilotes tant sur le fond que dans la forme, à défaut des chiffres. Enea Bastianini est donc son poulain, et il s’en occupe bien. Dans des propos lus sur Corsedimoto, tirés de l’émission « Sportaction » de Franco Bobbiese, il commence par poser les bases de l’enjeu sportif qui s’annonce en 2023… « Enea Bastianini est un dur, il ne joue pas et ne jouera pas aux jeux d’équipe ». Cela étant dit, il ajoute : « ce sont deux pilotes complètement différents : Bagnaia est rapide et régulier, Bastianini est plus comme Stoner, un funambule, il dépasse proprement mais il le fait quand c’est le plus difficile. Ce sera une bonne bataille, mais c’est normal ».

Une bataille qui a commencé en 2022, mais Carlo Pernat jure que cela aurait pu se passer autrement avec un peu plus de discernement de la part de l’usine de Borgo Panigale … « Cette rivalité a été construite par Ducati inconsciemment. À un certain moment, on a parlé de travail d’équipe, mais à ce moment-là, un dualisme a été créé. Enea jouait pour le championnat ou au moins pour les trois premières places. Financièrement, ça vaut beaucoup d’argent. J’ai souvent demandé à Ducati de nous garantir au moins la troisième place, mais ils ont toujours repoussé l’échéance ». Un silence qui a ouvert la voie aux duels fratricides qu’une garantie financière aurait pu tuer dans l’œuf…

MotoGP, Enea Bastianini

Carlo Pernat : « je dis toujours à mes pilotes de s’occuper du produit et de la sécurité et non d’une différence de 100 000 euros« 

L’aspect sportif du dossier ayant été traité, c’est au tour du côté financier d’être exposé : « le contrat expire à la fin de 2024, s’il fait premier, deuxième ou troisième, le salaire triple » expose Pernat. « Mais il n’y a pas que Ducati, nous avons Alpinestars, KYT avec des chiffres décents, nous avons Tissot pour qui Enea sera ambassadeur dans le monde pendant trois ans, et d’autres sponsors qui équivalent à d’autres primes. Entre le premier et le second, il y a une grande différence ».

Mais le manager dit aussi que tout n’est pas qu’une question de chèque à encaisser… Ainsi sur les casques, un item qui a récemment fait l’actualité avec les changements de fabricant effectués par Aleix Espargaró et Fabio Quartararo : « je dis toujours à mes pilotes de s’occuper du produit et de la sécurité et non d’une différence de 100 000 euros ». Et il termine sur cet aspect : « Enea a choisi Alpinestars et KYT, nous avons renouvelé pour trois ans et changé les chiffres. C’est moi qui négocie, je sais ce que je veux et ce qu’ils peuvent me donner ».

Carlo Pernat conclut son propos avec le troisième domaine après le sportif et l’économique qui est le politique. L’occasion pour l’Italien de parler de Marc Marquez… « Gérer un pilote, c’est comme gérer une entreprise, plusieurs pilotes sont venus me voir, dont Dennis Foggia, beaucoup de parents de garçons de 12-13 ans… La vie de manager est très dure, j’ai 75 ans… Notre génération était celle de la poignée de main, des contrats amicaux. Aujourd’hui, vous passez un contrat avec vos avocats, mais il peut changer à tout moment ».

Une conjoncture vérifiée avec Marc Marquez qui a changé de manager : « quand une relation se brise après 20 ans, il y a toujours un gros problème. À mon avis, ce n’était pas une question d’argent, mais après cette période de chaos, Emilio Alzamora est entré en conflit avec Honda, qui ne l’acceptait plus. Il pouvait tout accepter de Marc mais pas d’Alzamora, alors ils lui ont montré la sortie ». Et il conclut : « Marc Marquez n’avait pas d’autre choix, il y avait des contrats de plusieurs millions de dollars en jeu ». En MotoGP, lorsque l’on atteint un certain niveau, il n’y a plus d’amis, mais que des intérêts.

Bastianini

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