L’exode est spectaculaire, presque brutal. En quelques mois, Dainese a vu s’éloigner une série de figures majeures du paddock MotoGP. Ce qui ressemble à première vue à une débâcle sportive est en réalité le symptôme d’une crise financière profonde qui a contraint l’institution italienne à tailler sévèrement dans ses dépenses, quitte à laisser filer des contrats historiques.
Le départ le plus symbolique reste celui de Toprak Razgatlioglu. Le champion du monde Superbike, fraîchement arrivé en MotoGP, a quitté Dainese pour rejoindre Alpinestars. Un choc d’image pour une marque longtemps associée aux pilotes d’élite. Le mouvement ne s’arrête pas là : Jack Miller est retourné chez Alpinestars, Raul Fernandez a choisi REV’IT!, et Fabio Di Giannantonio portera lui aussi Alpinestars malgré son appartenance au projet Pertamina Enduro VR46 Racing Team. Pour Dainese, la saignée est réelle.
Et pourtant, le lien avec Valentino Rossi demeure intact. En 2026, Marco Bezzecchi, Luca Marini, Franco Morbidelli, Joan Mir et Fermin Aldeguer continueront de rouler sous les couleurs de la marque de Vicence, rejoints par les pilotes d’essai KTM Dani Pedrosa et Pol Espargaró.
Dainese peut compter sur Tavullia et d’autres inconditionnels
La fidélité du clan VR46 n’a rien d’un hasard : Rossi et Dainese partagent une histoire de plusieurs décennies, et le Docteur utilise toujours ses combinaisons Dainese et ses casques AGV lors de ses essais. Ce noyau dur reste un pilier d’image essentiel.
Mais derrière les départs médiatisés, le vrai tournant se joue en coulisses. Dainese était sous pression financière sévère. Après validation des autorités européennes, HPS Investment Partners et Arcmont Asset Management ont acquis 100 % des parts, mettant fin à l’ère The Carlyle Group. Les nouveaux propriétaires ont injecté 30 millions d’euros de fonds propres, réduit l’endettement de 190 millions et porté la ligne de crédit opérationnelle à 45 millions d’euros. Une bouffée d’oxygène décisive.
Le PDG Angel Sanchez parle d’« étape importante » et insiste sur l’innovation et la sécurité comme axes stratégiques. L’avenir pourrait se jouer autour de la technologie D-air : airbags plus compacts, plus accessibles, intégration dans des vestes textiles d’entrée de gamme, développement tout-terrain, voire algorithmes assistés par intelligence artificielle pour optimiser le déploiement. En clair, moins de dépenses marketing à court terme, mais un pari technologique à long terme.
La perte d’icônes du paddock MotoGP fera mal, au moins symboliquement. Mais si cette cure d’austérité débouche sur une gamme plus innovante et plus démocratisée, Dainese pourrait transformer une crise en renaissance. Le paddock a vu partir des champions ; la marque, elle, espère écrire un nouveau chapitre où l’innovation comptera plus que les logos sur la grille de départ.
































