Andrea Dovizioso tire la sonnette d’alarme sur Francesco Bagnaia. Derrière les mauvais résultats, l’ancien pilote Ducati redoute une crise bien plus profonde. Il y a les difficultés sportives, les mauvaises qualifications, les abandons et les frustrations habituelles d’un pilote qui ne parvient plus à exploiter sa machine. Et puis il y a autre chose. Quelque chose qu’Andrea Dovizioso croit déceler chez Francesco Bagnaia et qui, visiblement, le préoccupe davantage que les chronos. L’ancien vice-champion du monde MotoGP ne parle plus seulement de performances. Il s’interroge sur ce qui se passe réellement derrière les portes du garage Ducati.
Invité du podcast 04 Bar, aux côtés des journalistes Giovanni Zamagni et Cosimo Curatola, Dovizioso n’a pas caché son inquiétude. « Son comportement et ses propos m’inquiètent un peu. J’espère qu’il ne vivra plus les courses comme ça, car je vois bien dans ses yeux qu’il ne va vraiment pas bien. »
Une déclaration particulièrement forte venant d’un homme réputé pour sa réserve et sa connaissance des mécanismes internes de Ducati. Et Dovizioso insiste : ce qu’il observe ne ressemble pas à la frustration ordinaire d’un champion contrarié.
« Ce n’est pas le cas d’un pilote qui veut remporter le championnat du monde, termine cinquième ou sixième et qui est mécontent. » Pour l’Italien, les difficultés de Bagnaia pourraient dépasser largement les questions de réglages, de sensations ou de résultats.
« La situation est véritablement critique. Si nous devions en parler, nous aborderions des sujets importants, personnels et délicats. »
Ducati et Bagnaia : une fracture que personne ne parvient à expliquer ?
Quatre abandons lors des six derniers Grands Prix. Une confiance qui semble s’éroder. Et surtout, des déclarations publiques qui entretiennent les interrogations sur la relation entre Bagnaia et son équipe technique.
La polémique s’est notamment cristallisée autour d’une conversation avec Fabio Di Giannantonio, captée par DAZN Espagne en marge du Grand Prix national de Bagnaia. Selon le compte rendu de cet échange, le double champion du monde aurait laissé entendre que Ducati ne lui permettait pas d’adapter suffisamment les réglages de sa Desmosedici à ses préférences.
Des propos explosifs dans un environnement où la collaboration entre le pilote et ses ingénieurs constitue normalement le socle de la performance. Bagnaia a toutefois contesté cette interprétation, dénonçant des déclarations sorties de leur contexte et réaffirmant que Ducati travaillait à résoudre ses difficultés.
Alors, incompréhension technique, communication défaillante ou malaise plus profond ? Dovizioso refuse précisément de franchir cette ligne. « J’aimerais bien savoir ce qui se passe dans la tête des ingénieurs et de Pecco pour mieux comprendre la situation. Mais c’est impossible, alors il faut rester en dehors de ça. »
Une prudence qui tranche avec les procès d’intention et les conclusions définitives dont le paddock est parfois friand.

Dovizioso : « En toutes ces années, je n’ai jamais vu une situation comparable »
Mais Dovizioso se lâche quand même un peu … « En toutes ces années de Championnat du Monde de Moto, je n’ai jamais vécu ni vu de situation comparable à celle que traverse actuellement Pecco, que ce soit moi-même ou d’autres pilotes. »
Difficile de balayer pareille observation lorsque son auteur a lui-même traversé les tensions, les désaccords techniques et les rapports de force inhérents à une carrière au plus haut niveau.
Mais Dovizioso ne cherche ni responsable ni coupable. Il estime au contraire que les circonstances imposent une certaine retenue. « Si Pecco souhaite en parler un jour, nous verrons bien. En revanche, s’il ne le souhaite pas, nous devons respecter nos limites et maintenir la distance nécessaire. »
Reste un détail qui n’est pas passé inaperçu. Sur Instagram, Bagnaia a aimé une publication du compte inostripilotigp reprenant les déclarations de Dovizioso. Un simple geste numérique ? Une marque de reconnaissance envers un ancien adversaire ? Ou le signe qu’il se retrouve dans cette analyse ? Impossible de le déterminer.
Mais une chose apparaît désormais clairement : les difficultés de Bagnaia ne suscitent plus seulement des interrogations sur sa Ducati. Elles provoquent aussi l’inquiétude de ceux qui connaissent intimement les exigences et les coulisses du MotoGP.
Et lorsque Dovizioso, habituellement si mesuré, affirme n’avoir jamais rencontré une situation comparable, difficile de considérer cette sortie comme une simple déclaration de circonstance.





