Chez Ducati, quelque chose s’est fissuré à Goiânia. Pas seulement au niveau de la piste, malmenée tout le week-end, mais bien dans les esprits. Car au-delà du résultat brut — une quatrième place pour Marc Marquez, loin du doublé Aprilia — c’est une ambiance lourde, presque électrique, qui s’est installée dans le clan de Borgo Panigale.
Et cette fois, ce n’est plus dissimulé. Sur la piste, d’abord, les signaux sont inquiétants. Marc Marquez, pourtant vainqueur du Sprint, n’a jamais été en mesure de jouer la gagne dimanche. Quatre secondes derrière Marco Bezzecchi, incapable de contenir Fabio Di Giannantonio sur une Ducati satellite… l’image est brutale pour une équipe habituée à écraser le plateau.
Mais le vrai tournant s’est joué après l’arrivée. Car selon Neil Hodgson, observateur attentif et rarement excessif, le Marc Marquez version 2026 a laissé apparaître un visage inédit : celui d’un pilote profondément irrité.
« Je dois dire que j’ai adoré ces deux dernières interviews. Marc n’a jamais été aussi grognon en interview. Davide Tardozzi a l’air grognon régulièrement, il peut se le permettre. Il ne serait pas bon au poker, vous savez ce qu’il pense. »
La comparaison avec Davide Tardozzi n’est pas anodine. Chez Ducati, le directeur d’équipe a toujours été le thermomètre émotionnel. Mais voir Marquez basculer dans ce registre, c’est autre chose.
« Marc Marquez était vraiment furieux »
Et Hodgson insiste dur TNT Sports 2: « Marc, en revanche, là, il était vraiment agacé et de mauvaise humeur, et j’ai bien aimé ça. Je ne veux pas dire qu’il avait l’air grognon, mais il montre rarement ce côté de ses émotions ; là, il était vraiment furieux. »
Furieux. Le mot est lâché. Et il résume parfaitement le moment que traverse Ducati. Car cette frustration ne vient pas de nulle part. Elle s’accumule.
Depuis la Thaïlande, où Marquez a abandonné sur crevaison alors qu’un podium lui tendait les bras. Depuis ce Brésil chaotique, où la piste se désagrège, où des projections de gravillons frôlent les pilotes, où la course est raccourcie à la dernière minute. Mais surtout, depuis cette réalité devenue impossible à ignorer : Aprilia est désormais devant.
Marquez lui-même ne s’en cache plus. L’avantage technique, ce fameux “petit plus” que Ducati possédait encore en 2025… a changé de camp. Et ça, pour une équipe construite sur la domination, c’est un choc.
Au classement, les chiffres commencent à peser. Cinquième avec 34 points, sans podium en Grand Prix, sans pole position, Marquez est déjà en poursuite. Devant lui, Bezzecchi et Martin dictent le rythme, pendant que Di Giannantonio s’impose comme le meilleur représentant Ducati… mais dans une équipe satellite.
Et dans ce contexte, la moindre faille prend des proportions énormes. Une moto moins équilibrée. Une stratégie perturbée. Une piste imprévisible. Tout devient irritant. Tout devient suspect.
Ce n’est plus seulement une question de performance. C’est une question de dynamique.
Car pendant que Ducati doute, Aprilia avance avec une confiance insolente. Quatre victoires consécutives pour Bezzecchi, un doublé au Brésil, une moto parfaitement équilibrée… et surtout, une sérénité que Ducati a perdue en quelques semaines.
Le paddock le sent. Les pilotes le vivent. Et pour la première fois depuis longtemps, Ducati donne l’impression de subir.
Alors oui, la saison est encore longue. Oui, Marquez reste Marquez. Mais une chose est certaine après Goiânia : quand Ducati commence à montrer ses nerfs… c’est que le pouvoir est en train de changer de mains.



























