La phrase est brutale. Elle ne vient ni d’un rival ni d’un journaliste en quête de sensationnel, mais d’une source interne au garage Yamaha, rapportée par Manuel Pecino dans le podcast Paddock Pass : « Fabio doit partir, car il a déjà perdu trop de temps ici. C’est un si bon pilote… Il doit s’envoler et tenter sa chance ailleurs. » Dans le paddock, peu de citations résonnent aussi fort. Car derrière cette confession anonyme se cache une réalité que plus personne ne semble vouloir masquer : le cycle Fabio Quartararo – Yamaha touche à sa fin.
Fabio Quartararo est entré en MotoGP en 2019 avec Yamaha. Deux ans chez Petronas SRT, puis la promotion logique dans l’équipe officielle pour succéder à Valentino Rossi. En 2021, il décroche le titre mondial dès sa première saison en rouge et noir. L’avenir semble écrit.
Mais depuis sa victoire au Sachsenring, lorsqu’il comptait 34 points d’avance avant la remontée spectaculaire de Francesco Bagnaia, le scénario s’est inversé.
Plus aucune victoire. Une Yamaha en perte de vitesse. Un classement final 2025 à une modeste neuvième place. Et surtout, une décision qui a tout changé : prolonger en 2024.

Yamaha et Fabio Quartararo : un pari devenu piège
Le renouvellement du contrat devait symboliser la fidélité et la confiance dans le projet. Il est aujourd’hui perçu comme une erreur stratégique.
Yamaha a reculé, jusqu’à terminer dernière du classement des constructeurs. La transition vers le moteur V4, censée relancer la machine, ne montre pas encore de progrès décisifs. Le Grand Prix de Thaïlande marque le début d’un long chantier, pas celui d’un redressement immédiat.
Pendant ce temps, les rumeurs s’intensifient : Quartararo serait déjà engagé avec Honda HRC Castrol pour 2027. Et le silence du pilote n’a rien fait pour les démentir.
La déclaration relayée par Pecino ne laisse aucune ambiguïté : « il a été payé pour être là où il est aujourd’hui, mais c’était son choix. »
Autrement dit : Yamaha lui a offert un contrat majeur, il l’a accepté, mais le temps perdu ne se récupère pas.
Dans un championnat où les carrières se jouent sur des fenêtres de deux ou trois saisons, rester bloqué dans un projet en reconstruction peut coûter un titre. Ou deux.
Quartararo est toujours considéré comme l’un des pilotes les plus talentueux du plateau. Mais à 27 ans, il ne peut plus se permettre d’attendre indéfiniment un hypothétique retour au sommet.
En coulisses, Yamaha s’organise. Le transfert de Jorge Martin est présenté comme quasiment acté.
Alex Rins pourrait ne pas être conservé. Le nom de Luca Marini circule avec insistance, son profil de développeur méthodique correspondant davantage aux besoins actuels du projet V4.
Et Toprak Razgatlioglu, encore en phase d’adaptation chez Pramac, reste une option à moyen terme. Yamaha ne construit plus autour de Quartararo. Elle planifie l’après-Quartararo.
Le divorce n’est pas conflictuel. Il est structurel. Quartararo a besoin d’une moto capable de gagner immédiatement. Yamaha a besoin d’un pilote prêt à construire sur deux ou trois saisons.
Les trajectoires ne coïncident plus.
Le divorce est consommé. En MotoGP, quand les mécaniciens eux-mêmes conseillent à leur pilote de partir « pour son bien », c’est que le lien de confiance envers l’usine est rompu. Quartararo a donné ses meilleures années à Yamaha ; il va maintenant tenter un pari « à la Marquez » en rejoignant Honda pour 2027, espérant que le géant de l’aile dorée retrouvera sa splendeur plus vite que les diapasons d’Iwata.

























