Il y a des rumeurs qui agitent le paddock… et puis il y a celles qui peuvent changer l’équilibre du MotoGP. Celle qui entoure Gresini Racing appartient clairement à la deuxième catégorie. Car derrière les discussions feutrées et les déclarations diplomatiques, une question brûle : Gresini est-il sur le point de tourner le dos à Ducati ? Et si oui, ce ne serait pas un simple transfert. Ce serait un séisme.
Ducati, justement, ne s’y trompe pas. Davide Tardozzi monte au front, presque sur la défensive : « Nous ne voulons pas les perdre ». Une phrase courte, mais lourde de sens. Car derrière, il y a toute une stratégie qui vacille.
Depuis plusieurs années, la domination de Ducati repose sur un principe simple : multiplier les motos sur la grille pour accélérer le développement et verrouiller le championnat. Perdre Gresini, c’est perdre bien plus qu’un partenaire. C’est perdre du terrain.
Et pourtant, le doute s’installe. Officiellement, tout va bien. L’histoire commune est valorisée, presque romantisée : « c’est une équipe formidable… Nadia a fait ses débuts avec la victoire de Bastianini au Qatar », rappelle Tardozzi. Mais ce discours sonne de plus en plus comme une tentative de retenir un allié qui commence à regarder ailleurs.
Car en face, Honda avance ses pions. Discrètement, méthodiquement. L’objectif est clair : reconstruire. Et pour ça, il faut des motos en piste. Beaucoup de motos. Six idéalement. Avec Gresini, Honda retrouverait non seulement une équipe satellite… mais aussi une part de son histoire. Et c’est là que le dilemme devient brutal pour Nadia Padovani.
Rester chez Ducati, c’est choisir la performance immédiate. Partir chez Honda, c’est parier sur l’avenir.

Le malaise Gresini : entre frustration et finances
Mais le problème, c’est que Gresini n’est déjà plus totalement maître de son destin. Le départ annoncé de Fermin Aldeguer vers VR46 a laissé des traces. En interne, la surprise a été réelle, presque vécue comme un désaveu. Le contrat, signé directement avec l’usine Ducati, échappe à l’équipe. Et ce genre de situation, dans un paddock ultra-politique, ne passe jamais vraiment.
À cela s’ajoute une autre bombe : la perte des deux pilotes. Alex Marquez file chez KTM. Aldeguer s’en va. En quelques mois, Gresini se retrouve vidé de sa colonne vertébrale sportive. Et dans ce contexte, la question devient presque existentielle : pourquoi rester simple satellite si l’on n’a plus la main ?
D’autant que Ducati n’est plus aussi intouchable. Le Brésil l’a confirmé. Le seul podium rouge est venu d’une équipe satellite, celle de Di Giannantonio. Pendant ce temps, Aprilia domine, et la hiérarchie commence à bouger.
Alors le discours sur Todocircuito de Tardozzi – « Ils savent que c’est actuellement la moto à battre » – sonne presque comme un rappel… ou une mise en garde.
Mais dans l’ombre, Honda attend. Et Honda n’a besoin que d’une chose : redevenir crédible. Le jour où la RC213V redevient compétitive, tout bascule. Les équipes reviendront. Les pilotes suivront. Et Gresini pourrait bien être le premier domino.
Au fond, cette histoire dépasse largement un simple contrat. C’est un choix de vision. Un choix de pouvoir. Et peut-être, déjà, le premier grand mouvement de la révolution MotoGP 2027.
Parce que quand une équipe commence à hésiter entre le présent et l’avenir… C’est que le présent n’est déjà plus aussi rassurant.
La situation est paradoxale : Ducati domine techniquement, mais sa gestion politique des équipes satellites crée des brèches. Honda, avec ses moyens quasi illimités, s’engouffre dans ces failles. Si Gresini choisit Honda, ce sera un pari sur le règlement 2027, acceptant de souffrir en 2026 pour redevenir une équipe quasi-officielle demain. Le « non » de Nadia Padovani à Ducati semble de moins en moins improbable.




























