Il y a des ruptures qui font du bruit. Et puis il y a celles, beaucoup plus dangereuses, qui se négocient dans le silence. Ce qui est en train de se jouer entre Ducati et Gresini appartient clairement à la deuxième catégorie. Officiellement, personne ne parle de séparation. Officieusement, tout indique que la fracture est déjà là.
Car aujourd’hui, Gresini Racing se retrouve dans une situation presque irréelle : une équipe vice-championne, performante, crédible… mais potentiellement sans motos ni pilotes pour 2027. Oui, sans rien. Et la raison tient en un mot que le MotoGP moderne connaît trop bien : l’argent.
Depuis 2022, Gresini est l’un des meilleurs clients de Ducati Lenovo Team. Résultats solides, victoires, podiums, exposition maximale : tout fonctionnait. Mieux encore, l’équipe a su valoriser ses pilotes comme peu d’autres structures satellites. Mais le contexte a changé.
Avec les nouvelles règles à venir, Ducati a décidé d’uniformiser son offre : des motos “factory spec” pour tous ses clients. Sur le papier, c’est une avancée. Dans la réalité, c’est surtout une explosion des coûts. Et Gresini n’est pas prêt.
A reminder that @aldeguer54 is in a Top 6 place with this discomfort 💪#BrazilianGP 🇧🇷 pic.twitter.com/XNvyEC8oMa
— MotoGP™🏁 (@MotoGP) March 20, 2026
Ducati durcit le jeu avec Gresini … et fait monter les enchères
Selon les informations venues de Motorsport Epagne, l’écart entre les exigences de Ducati et les capacités financières de Gresini est aujourd’hui… colossal. À tel point que la prolongation, autrefois évidente, devient hautement incertaine.
Autrement dit : Ducati ne ferme pas la porte. Mais il la rend extrêmement chère. Le problème, c’est que cette tension arrive au pire moment possible. Alex Marquez file vers KTM, Fermin Aldeguer est annoncé chez VR46. VR46, justement, est en passe de sécuriser son propre accord avec Ducati.
Résultat : Gresini perd à la fois ses pilotes… et sa position stratégique. Et dans ce marché en ébullition, attendre est déjà un risque.
L’équipe espère encore que le futur accord commercial du MotoGP clarifiera les revenus et lui permettra de suivre. Mais en coulisses, le temps joue contre elle.
Le cas Aldeguer résume parfaitement la situation. Courtisé, convoité, presque promu en équipe usine à un moment, il a finalement choisi de rester dans l’écosystème Ducati. Pas par défaut. Par stratégie.
Les conditions offertes sont révélatrices : augmentation significative de salaire et de primes, moto compétitive garantie, évolutions techniques quasiment en même temps que les pilotes de l’équipe d’usine. Autrement dit : Ducati garde ses talents… mais choisit où et comment les placer. Et Gresini, dans cette équation, devient une variable d’ajustement.
Même les plans de reconstruction restent incertains. Le retour potentiel de Fabio Di Giannantonio dépend des choix de VR46. Le recrutement du prodige Moto2 David Alonso est bloqué pour des raisons salariales.
Tout est suspendu. Tout dépend de décisions qui échappent en grande partie à Gresini. Ducati redessine la grille… sans prévenir.
Ce dossier dépasse largement un simple contrat. C’est une redistribution du pouvoir. Ducati verrouille ses talents, sélectionne ses partenaires, et impose ses conditions. Les équipes satellites ne sont plus seulement des alliées : elles deviennent des clients… avec tout ce que cela implique.
Et dans ce nouveau jeu, une question brutale émerge : Gresini est-elle encore indispensable… ou déjà remplaçable ? Gresini est victime de son propre succès. En emmenant des Ducati satellites sur le podium mondial, l’équipe a prouvé que la machine était l’arme absolue, ce qui permet aujourd’hui à Ducati de monter ses prix.
Sans le soutien financier massif d’un sponsor titre ou une aide accrue de la Dorna, Gresini pourrait être contrainte de devenir l’équipe de développement d’un constructeur moins onéreux. Ce serait un crève-cœur pour une structure qui a tant apporté au spectacle ces deux dernières saisons.



























