À Austin, derrière l’agitation de la piste, un autre affrontement se joue en coulisses. Et cette fois, Guenther Steiner ne cherche ni à temporiser ni à arrondir les angles. Le patron de Tech3 a choisi la clarté, presque la confrontation, en posant publiquement les bases de l’avenir de son équipe avec KTM. Un avenir qui, à l’écouter, n’a rien d’acquis.
Car si la continuité avec le constructeur autrichien reste une option crédible, elle est désormais conditionnée à des engagements concrets. Steiner ne se contente plus de perspectives ou de promesses : il attend des garanties tangibles sur le plan technique et sportif.
Et surtout, il n’entend pas attendre indéfiniment.
« Je n’ai pas six mois », lâche-t-il sur GPOne, dans une phrase qui résonne comme un avertissement. Dans un MotoGP où les décisions se prennent de plus en plus tôt, repousser l’échéance revient à prendre du retard — et parfois à sortir du jeu.
Loin de toute posture brutale, Steiner reconnaît néanmoins la qualité de la structure en place. Il insiste sur l’expérience des équipes, sur leur capacité à travailler à haut niveau, et sur la nécessité de comprendre avant d’agir. « Les personnes qui travaillent ici savent faire leur métier. »
Une déclaration qui traduit une forme de respect… mais qui n’efface en rien les attentes élevées qu’il fixe pour la suite. Car s’il observe, c’est pour mieux décider. Et potentiellement, pour transformer.
Dans ce contexte, KTM n’est plus seule dans l’équation. Steiner explore, discute, évalue. Le marché des équipes satellites est en pleine recomposition, et Tech3 entend s’y positionner avec lucidité.

Guenther Steiner : « tu ne peux pas simplement dire qu’on continue comme ça, parce que pour l’instant les résultats ne sont pas extraordinaires »
Interrogé sur le forfait de Maverick Viñales, Steiner est resté pragmatique mais froid : il soutient la décision médicale de l’opération de mardi, mais souligne que Tech3 ne peut pas se permettre une saison de « transition ».
Si Viñales ne revient pas à 100% à Jerez, Steiner pourrait lui-même pousser pour un remplaçant plus « frais », court-circuitant ainsi les plans de Pit Beirer.
L’arrivée de nouvelles réglementations en 2027, les mouvements stratégiques des constructeurs, et la redistribution globale des forces ouvrent des perspectives inédites. Dans cet environnement mouvant, rester fidèle sans garanties serait un pari risqué. Steiner le sait. Et il agit en conséquence.
« C’est mon métier de comprendre ce qu’il y a sur le marché. L’idéal est toujours de rester avec un partenaire si tu en as un, mais il faut aussi voir ce que les autres proposent. Tu ne peux pas simplement dire qu’on continue comme ça, parce que pour l’instant les résultats ne sont pas extraordinaires et il faut bien comprendre quelle voie prendre. Nous avons encore quelques mois, mais pas tant de temps que ça pour décider. C’est la vraie difficulté : si j’avais six mois de plus ce serait beaucoup mieux, mais je ne les ai pas. Nous devons comprendre quoi faire. Je répète, pour nous l’idéal serait de rester avec KTM, mais pour cela j’ai besoin de certaines garanties. »
Derrière ces prises de parole, la pression est désormais clairement transférée sur KTM. Le constructeur autrichien, déjà confronté à des défis sportifs et techniques, doit désormais convaincre son propre partenaire.
Car il ne s’agit plus seulement de performance en piste. Il s’agit de crédibilité globale. De vision. De capacité à offrir un projet capable de rivaliser avec les meilleures structures du paddock.
Le temps long n’existe plus dans le MotoGP moderne. Chaque semaine compte, chaque négociation peut redessiner la grille.
Dans ce contexte, les déclarations de Steiner prennent une dimension particulière. Elles ne ferment aucune porte, mais elles en verrouillent déjà certaines.
Et elles dessinent une ligne claire : Tech3 ne s’engagera que là où les ambitions sont à la hauteur.
Ce qui se joue aujourd’hui dépasse largement une simple prolongation de contrat. C’est un test de solidité pour KTM. Un moment charnière pour Tech3.
Et plus largement, un nouvel épisode dans la recomposition du MotoGP à l’approche de 2027. Guenther Steiner utilise sa méthode habituelle : la transparence brutale. En déclarant publiquement qu’il n’a pas six mois pour attendre KTM, il place la direction autrichienne au pied du mur. Soit KTM verrouille Tech3 avec des conditions financières et techniques supérieures, soit Steiner emmènera ses sponsors et ses structures chez Ducati ou Aprilia dès 2027.




























