Douze saisons en MotoGP, quatre victoires, vingt-trois podiums… et une question qui revient avec insistance : pourquoi Jack Miller est-il toujours là ? Pour certains, c’est déjà une énigme. Le vétéran australien roulera une deuxième année chez Pramac Yamaha sur la nouvelle YZR-M1 V4, aux côtés de Toprak Razgatlioglu. Sans une seule victoire depuis le GP du Japon 2022 comme officiel Ducati, il est dans le ventre mou du classement. À 31 ans, Miller joue sa dernière carte pour rester un pilote de course aux yeux du monde.
En 2026, l’Australien disputera une nouvelle campagne avec Pramac Racing au guidon de la Yamaha M1. Une deuxième année dans le giron d’Iwata, alors que sa dernière victoire remonte déjà au Grand Prix du Japon 2022, à l’époque où il portait encore les couleurs de Ducati.
Mais derrière la longévité de Jack Miller, certains voient autre chose que la simple valeur sportive. Et cette fois, la critique ne vient pas d’un forum anonyme, mais d’un homme qui connaît les coulisses du paddock.
Dans une interview accordée à Mundo Deportivo, l’ancien ingénieur Yamaha Ramon Forcada n’a pas mâché ses mots.
Évoquant la future composition de Yamaha pour 2027, il a lâché une phrase qui fait l’effet d’une bombe :
« Pour moi, Alex Rins se trouve dans une situation précaire et Jack Miller est une énigme. De plus, je pense qu’il serait déjà rentré chez lui si son passeport était, par exemple, italien ou espagnol et non australien. »
Autrement dit, selon Forcada, Miller ne serait pas maintenu en MotoGP uniquement pour ses performances, mais aussi pour des raisons stratégiques liées à son marché d’origine. L’Australie reste un territoire clé pour le championnat et pour les constructeurs.
Une déclaration lourde de sous-entendus, qui alimente une rumeur persistante : Miller serait plus utile à l’écosystème qu’au classement.
Forcada va plus loin. Selon lui, Yamaha a déjà intégré l’idée d’un départ de Fabio Quartararo :
« Chez Yamaha, Toprak Razgatlioglu restera, car Yamaha est certain que Fabio Quartararo partira. Yamaha a été clair à ce sujet dès le début de 2025 ; ils savaient qu’ils ne pouvaient plus attendre sans savoir où il irait, ce qu’il ferait ou ni comment la moto se comporterait. C’était impossible ; il souhaite changer d’air et il changera. »
Si cette lecture est exacte, Yamaha est déjà tourné vers l’ère 850 cc de 2027. Et dans cette équation, une seule certitude : Toprak Razgatlioglu.

Jack Miller doit optimiser sa valeur de vétéran : pilote ou développeur ?
En 2026, Miller partagera le garage Pramac avec Razgatlioglu. Un duo fort en personnalité, mais confronté à une Yamaha M1 encore en pleine mutation, notamment autour du moteur V4.
Après Sepang, le patron de Yamaha Racing Paolo Pavesio révélait que Razgatlioglu s’était posé diverses questions sur la M1. Traduction : l’adaptation sera rude.
Dans ce contexte, Miller pourrait jouer un rôle clé. Non pas celui du leader en première ligne, mais celui du pilote expérimenté capable d’orienter le développement du V4, d’apporter des retours techniques précis et d’aider Toprak à décrypter les subtilités d’un prototype MotoGP.
Son expérience chez Honda, Ducati, KTM puis Yamaha en fait un profil rare : il connaît toutes les philosophies.
Oui, Miller n’a plus gagné depuis 2022. Oui, ses statistiques ne parlent plus comme à l’époque Ducati. Mais il reste un pilote capable d’exploits ponctuels, d’attaques sans filtre et d’une implication totale.
La vraie question est ailleurs : Yamaha a-t-elle besoin d’un vainqueur immédiat… ou d’un stabilisateur dans une phase de transition technique majeure ?
À l’aube de 2027 et du passage aux 850 cc, le constructeur japonais doit reconstruire. Dans cette reconstruction, l’expérience peut valoir autant que la vitesse pure.
Miller entame sa douzième saison dans l’élite. Peu de pilotes peuvent en dire autant. Mais le temps presse.
Entre les ambitions de Razgatlioglu, les incertitudes autour de Quartararo et la révolution technique qui approche, 2026 pourrait bien être sa dernière grande opportunité de prouver qu’il mérite sa place autrement que par son passeport. Forcada a jeté un pavé dans la mare. À Miller de répondre… sur la piste.

































