Jorge Lorenzo n’est plus sur la grille de départ depuis six ans. Pourtant, son influence dans le paddock n’a jamais été aussi forte. Le quintuple champion du monde a discrètement opéré une transition stratégique : du statut de pilote star à celui de conseiller, mentor et désormais manager. Moins visible, mais peut-être plus déterminant encore. Et son premier grand chantier s’appelle Maverick Viñales.
Après la fin de la saison passée, Lorenzo pensait lever le pied. Couper totalement avec la compétition. « J’ai dit à mon agent que je partais pour Dubaï et que je ne voulais plus avoir de ses nouvelles avant mars », raconte-t-il sur motosan.
La réalité a été tout autre. « Finalement, je me retrouve toujours embarqué dans des choses étranges et des projets ambitieux. »
Au lieu de se retirer, Lorenzo s’est retrouvé à se lever à 6h du matin pendant deux mois pour accompagner Viñales jusqu’au soir. Un engagement total. Presque obsessionnel. « C’est un sacré défi, mais j’aime les défis. » Le compétiteur n’a jamais vraiment disparu.
La collaboration avec Maverick Viñales ne s’est pas faite du jour au lendemain. Elle a commencé par un simple échange après la victoire historique d’Austin.
« Je l’ai félicité sur Instagram… nous avons commencé à parler de l’avenir, mais cela n’a rien donné à ce moment-là. »
Puis les circonstances ont changé. Le passage chez KTM, la blessure, une remise en question. « Les conditions idéales se sont réunies. Nous avons signé le contrat avant Valence. »
Lorenzo ne doute pas du potentiel de son protégé. Mais il fait une distinction essentielle : « il a surtout un talent naturel, ce qui est différent des résultats. Et on confond souvent les deux. »
Jorge Lorenzo ne vend pas de rêve, il vend une méthode
Pour lui, Viñales n’a pas encore exprimé la pleine mesure de ses capacités. Et c’est précisément là que commence son travail. Lorenzo ne vend pas de rêve, il vend une méthode.
Il cite Alex Marquez : « en 2024, il était loin derrière son frère. Et l’année suivante, il remportait des courses et terminait vice-champion. »
Ou encore Gibernau face à Rossi. Dovizioso face à Marquez. Le message est clair : la hiérarchie n’est jamais figée. Mais le talent ne suffit pas. « Il faut transformer ses pensées négatives en pensées positives. »
C’est peut-être là que l’expérience de Lorenzo prend tout son sens. Il sait ce que signifie affronter Rossi. Il sait ce que signifie gagner contre l’évidence.
Interrogé sur la domination actuelle de Marc Marquez, Lorenzo reste mesuré. « Chaque saison est différente. » Mais il glisse une variable stratégique : « Marquez a 32 ans, Maverick 31 et Acosta 21. » Autrement dit : le temps avance. Et les cycles changent.
Pour Lorenzo, Viñales n’a pas encore connu sa saison parfaite. Et tant que ce plafond n’est pas atteint, le projet reste ouvert.
En parallèle, Lorenzo développe son propre projet : JL99 Performance. Un programme destiné aux jeunes talents, dont le premier visage est Víctor Cubeles, 15 ans.
« Je n’avais pas prévu de commencer comme manager avec ce gamin. » Le déclic ? Une impression immédiate sur la piste. « Son pilotage était si propre et précise que j’étais stupéfait. »
Lorenzo découvre un nouveau rôle : négocier, convaincre des sponsors, structurer un avenir. « Je dois mettre une cravate et prendre une mallette pour aller démarcher des sponsors. » Le pilote instinctif devient stratège.
Jorge Lorenzo n’est plus pilote. Mais il façonne désormais les trajectoires. Il travaille la psychologie de Viñales. Il structure l’avenir d’un jeune prodige. Il observe les équilibres entre KTM, Ducati et la nouvelle génération.
Moins de projecteurs. Plus de pouvoir. Et peut-être, à terme, un rôle encore plus central dans l’architecture du MotoGP moderne. Le champion a quitté la piste. Mais il n’a jamais quitté le jeu.































