On a longtemps résumé sa campagne 2019 à une saison ratée. Une Honda RC213V indomptable, des chutes à répétition, un corps meurtri, et au bout de la route, la retraite. Mais réduire l’année noire de Jorge Lorenzo à un simple échec sportif serait une erreur monumentale…
Car pendant que le numéro 99 luttait pour rester sur sa moto, une autre bataille, bien plus violente, se jouait hors caméra. Une guerre administrative, psychologique, existentielle. Une guerre qui, selon ses propres mots, l’a poussé hors du MotoGP.
Invité du podcast de Jordi Wild, Lorenzo a levé le voile sur ce qui le détruisait de l’intérieur. Le fisc espagnol lui réclamait plus de 35 millions d’euros, estimant que sa résidence suisse entre 2013 et 2016 n’était qu’une façade.
Une accusation frontale, brutale, et surtout présumée avant d’être prouvée. « Laisser le sort du match entre les mains des tribunaux et de la décision d’un juge est extrêmement angoissant et stressant » commente Por Fuera …
Ce combat ne s’est pas limité à des lettres d’avocats. Il a frappé physiquement. En pleine saison MotoGP.
« En 2019, en plus de mes mauvais résultats avec Honda, j’ai commencé à avoir des zones dégarnies et à perdre mes poils de barbe. Sur les photos, on voit que j’avais perdu 90 % de ma barbe. »
Un détail glaçant. Le stress n’était plus abstrait : il s’inscrivait sur son visage, visible à chaque passage caméra.
Même le paddock n’était plus un refuge. Là où un pilote se concentre, s’isole, respire… l’administration a débarqué.

Jorge Lorenzo parle d’un harcèlement permanent, au point de ne plus pouvoir se focaliser sur son métier
Tentatives d’implication dans des dossiers de blanchiment d’argent, pressions constantes, suspicions publiques. Lorenzo parle d’un harcèlement permanent, au point de ne plus pouvoir se focaliser sur son métier.
Lorenzo ne cache pas son amertume face au système espagnol :
« Ils me réclamaient des millions, et il fallait les déposer. C’est tout le contraire de l’Italie, où l’on ne verse que 10 % de la somme réclamée ; ici, c’est 100 % plus les amendes, les majorations, les intérêts… »
Autrement dit : payer d’abord, prouver ensuite. Une mécanique qui broie, même les plus solides.
Pour se défendre, il ne suffisait pas d’un contrat ou d’une facture. Il fallait prouver où battait son cœur économique et personnel.
« Mes avocats fiscaux ont prouvé que, effectivement, je vivais la plupart du temps en Suisse. J’avais tous mes biens en Suisse, j’ai signé des contrats en Suisse, j’ai fait déménager des gens là-bas, mon entraîneur vivait en Suisse… Je vivais en Suisse, et non en Espagne. » Une démonstration totale, intrusive, épuisante.
Entre 2021 et 2023, le Tribunal central économique et administratif (TEAC) tranche à plusieurs reprises : Lorenzo a raison. Aucune preuve qu’il ait résidé plus de 183 jours en Espagne. Le fisc est débouté.
Et là, seulement là, vient le soulagement. « Nous l’avons prouvé, et le juge m’a déclaré innocent. […] Ce fut l’un des plus beaux jours de ma vie, plus encore que de remporter de nombreux championnats du monde. »
La phrase tombe, sèche, définitive : « une des raisons pour lesquelles j’ai pris ma retraite, c’est à cause de ça avec le fisc. »
Pas la moto. Pas l’âge. Pas Honda. Le stress. La peur. L’injustice ressentie. Et le détail le plus symbolique : « quand j’ai gagné, une semaine et demie plus tard, ma barbe a commencé à pousser. Imaginez le stress. »
Aujourd’hui, Jorge Lorenzo a tourné la page. Après la Suisse, il vit désormais à Dubaï. Loin du paddock. Loin des tribunaux. Loin du bruit. Mais 2019 n’était pas seulement l’année où Honda a perdu Jorge Lorenzo.
C’est peut-être surtout l’année où l’administration a gagné un champion… et fait perdre le MotoGP. Et si 2019 n’avait pas existé… Jorge Lorenzo serait-il encore en MotoGP aujourd’hui ?
































