Les débuts de Toprak Razgatlioglu en MotoGP n’ont pas été un conte de fées. Une chute dans le dernier tour du Sprint en Thaïlande, alors qu’il se battait derrière son coéquipier Jack Miller pour être la meilleure Yamaha. Douloureux. Frustrant. Mais pour son mentor Kenan Sofuoglu, c’est simplement une étape logique.
Présent à Buriram pour accompagner son protégé, Sofuoglu a livré une analyse posée à GPone :
« J’ai été très surpris par la performance de Toprak. Il a chuté, mais il réalisait une excellente course. Compte tenu du matériel dont nous disposons, il ne faut pas trop espérer. Avant la chute, nous nous battions pour être la meilleure Yamaha, et c’était très positif. La chute a également été instructive, car il est parfois nécessaire de comprendre les limites de la moto. »
Pas de panique. Pas d’accusation. La chute n’est pas un échec, mais un repère.
Sofuoglu connaît le piège : vouloir trop, trop vite. Son message à Toprak est limpide :
« Je lui conseille de ne pas trop se projeter ni de regarder les autres constructeurs, car cela peut engendrer de la pression. Nous devons nous mesurer à nos pairs, c’est-à-dire à tous les pilotes Yamaha. »
Et il précise : « Quartararo est champion du monde, Rins a gagné en MotoGP, tout comme Miller. Nous devons les prendre comme référence. »
Le cap est fixé : « notre véritable course se déroule au sein du groupe Yamaha, car nous ne disposons pas encore des atouts nécessaires pour rivaliser avec les autres marques. L’objectif est de gagner au sein de notre groupe, c’est-à-dire d’être la meilleure Yamaha. »
Dans le contexte actuel de la M1 V4, c’est une stratégie pragmatique.

Kenan Sofuoglu : « actuellement, avec la Yamaha actuelle, nous n’avons pas une moto au niveau »
Sofuoglu ne cache rien. La présaison a été compliquée.
« Toprak était très démotivé à Sepang, ainsi que lors des essais ici à Buriram. Ces six ou sept dernières années, il a toujours figuré parmi les trois premiers, toujours sur le podium. Mais maintenant, le podium signifie être le meilleur de la marque. »
Passer d’un statut de favori en Superbike à celui d’outsider en MotoGP demande une reconstruction mentale.
Malgré les rumeurs de transfert, Sofuoglu se veut rassurant :
« Il y a beaucoup de rumeurs, mais nous faisons partie d’une structure de haut niveau comme Pramac. Notre objectif est d’amener Toprak au plus haut niveau. Je suis certain à 99 % que Toprak restera dans l’équipe actuelle l’année prochaine également, car nous sommes heureux et nous travaillons bien ensemble. »
Il admet néanmoins qu’un intérêt de l’équipe officielle Yamaha pourrait exister. Mais le projet reste clair : progresser étape par étape.
Sofuoglu ne vend pas d’illusions.
« Avec un équipement optimal, il pourrait faire encore mieux. Je parle d’un équipement comparable à celui d’Aprilia ou de Ducati. Actuellement, avec la Yamaha actuelle, nous n’avons pas une moto au niveau de ces marques. Avec cet équipement, la véritable victoire sera de battre les autres Yamaha. »
C’est brutal. Lucide. Stratégiquement intelligent. Tant que la M1 ne sera pas au niveau d’Aprilia ou de Ducati, la victoire absolue reste un rêve.
En attendant, la mission est simple : être la meilleure Yamaha. Et dans l’apprentissage du MotoGP, c’est déjà un premier championnat à gagner.

























